24/05/2026 elucid.media  3min #314845

Psychotropes « tendance » sur Tiktok : la banalisation inquiétante des antidépresseurs

Par  Ariane Denoyel

#Lexaprogirl, #zoloftgang... Sur TikTok fleurissent d'innombrables vidéos où de très jeunes gens, surtout des femmes, se félicitent de leur nouvelle vie sous antidépresseurs, parfois évoqués comme un "nouvel accessoire lifestyle". Le hashtag "antidépresseur" a dépassé 1,3 milliard de vues sur TikTok, signalait  Radio France en novembre 2025. Généralement  peu efficaces, ces traitements peuvent entraîner des effets indésirables lourds et durables, ainsi que des dépendances, s'alarment plusieurs experts.

Le Parisien croit détecter la levée  d'un tabou dans la floraison de sujets liés aux antidépresseurs sur TikTok et Instagram. Étonnant, quand on sait que 10 à plus de 20 % de la population des pays post-industriels,  dont le nôtre, en prend. Et que la santé mentale défaillante des jeunes est presque devenue un "marronnier" pour les médias.

"Quand on se casse une jambe, on met un plâtre, quand on a une infection, on prend des antibios, pourquoi ne pas se soigner quand on est déprimé ? C'est comme une béquille", assure sur TikTok une jeune femme soigneusement coiffée, apprêtée et éclairée. Les influenceuses vantent un quotidien comme passé par un filtre Instagram : lissé, lifté, "recontouré". Avec l'émergence d'une nouvelle personnalité, épanouie, libérée. Plusieurs d'entre elles décrivent ce qui ressemble à une réalité alternative, où les soucis et l'angoisse glissent sur elles sans les affecter. Elles assurent avoir d'abord craint d'être jugées, avoir eu peur des effets indésirables, honte de devoir demander de l'aide, puis avoir sauté le pas. Elles encouragent sans réserve leur public à les imiter.

La  médicalisation croissante de la santé mentale et de toute forme de mal-être psychique - très souvent en contradiction avec les données scientifiques, qui recommandent de commencer par la psychothérapie - préoccupe le Pr Bruno Falissard (1), pédopsychiatre :

"Les médicaments comme les ISRS, antidépresseurs les plus couramment prescrits, comportent des effets indésirables et sont médiocrement efficaces dans la dépression, surtout chez les jeunes. Pour autant, il ne faut pas tomber dans l'anti-médication, car pour certains ados, un psychotrope peut changer positivement la vie. Mais la vision"neurologique"des souffrances psychiques laisse croire que le problème réside dans le cerveau, pas dans la société."

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