
par François Meylan
Si la délégation française était déjà rentrée à la maison vendredi 22 mai, les délégations allemandes, espagnoles et suisses - pour ne mentionner que celles-ci - sont rentrées ce samedi 23 mai.
C'est dans le cadre d'un accueil nombreux et chaleureux que les sept membres suisses de la Global Sumud Flotilla - "sumud" signifie "résilience" en arabe - sont arrivés à l'aéroport international de Genève, en provenance d'Istanbul, vers 13:40.
Après des retrouvailles émouvantes avec les familles et les proches, le comité d'organisation suisse de la Global Sumud Flotilla a conduit une brève conférence de presse, souhaitant ménager et protéger psychologiquement les sept activistes confédérés qui ont été, comme tous les participants d'autres nationalités, soumis à des actes de torture de la part des forces armées israéliennes et des agents pénitentiaires ou plutôt des matons du tristement célèbre Ministre de la Sécurité nationale Itmar Ben-Guir.
Les passeports "forts" ont été moins malmenés que les autres
Anne Rochat qui avait déjà offert son témoignage à la presse helvétique depuis Istanbul 1 confirme ce que les portes paroles et victimes d'autres délégations ont déclaré. À savoir, une systématisation millimétrée des maltraitances physiques comme psychologiques. Les "fonctionnaires" de Ben-Guir manifestent une habileté expérimentée et un goût du sadisme qui ne sont plus à prouver pour torturer et traumatiser. Une conception de la détention pénitentiaire qui se situe aux antipodes des pseudos valeurs occidentales.
De plus est, dans le contexte d'une détention illégale, sans chef d'accusation valable et après une séquestration violente dans les eaux internationales de la Méditerranée.
Le constat est sans appel : le régime de Netanyahou n'est pas représentatif d'une démocratie au sens où on l'entend en Europe occidentale.
Par ailleurs, les coups, les blessures et les abus sexuels ont été dosés selon la nationalité du supplicié. Et le passeport suisse, tout comme l'allemand et le français sont considérés comme "passeports forts" pour lesquels on ménage un peu plus leurs titulaires. Notons qu'à l'heure où s'écrivent ces lignes, au moins trois participants de la Global Sumud Flotilla 2026 restent hospitalisés à Istanbul où ils ont dû être opérés pour des membres inférieurs brisés et pour des dommages aux cervicales.

Quel est le poids des lobbyistes en Suisse ?
La question est lancinante. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) semble avoir été, une fois de plus, en-dessous de tout. C'est-à-dire, mobilisation et efficacité sanctionnés d'un zéro pointé.
Si le Parlement helvétique s'est précipité à inscrire le Hamas sur la liste des organisations terroristes, il vient, une fois de plus, de refuser la reconnaissance d'un État palestinien. Pire encore, le groupe d'amitié parlementaire Israël - Suisse est le plus nombreux et le plus fort sous la coupole, avec 40 députés et sénateurs sur un total de 248 que comptent les chambres fédérales. Avec un but ultime affiché de manière décomplexée : défendre les intérêts de la Knesset au sein du gouvernement suisse. Ce qui devrait normalement interpeller à la fois les médias et la population du pays sur qui paie et sur qui élit ces représentants du peuple qui sont pour le moins que l'on puisse dire sous influence d'un État étranger. Sous d'autres latitudes, on parlerait tout bonnement d'acte de trahison et même de corruption.
Alors que le ministre suisse des affaires étrangères helvétique prend ses ordres à Jérusalem, la Suisse continue à ventre des armes à Israël
C'est dans le cadre d'une interview pour le média alternatif suisse Antithèse que l'ancien ambassadeur Jean-Daniel Ruch a confirmé que le Conseiller fédéral en charge des affaires étrangères Ignazio Cassis prenait ses ordres à Jérusalem. 2
Le même Ignazio Cassis qui est invité d'honneur au traditionnel repas du CICAD - l'équivalent du CRIF en France.
Par ailleurs, on reprocherait au CICAD de "gongler" intentionnellement et démesurément les statistiques relevant les actes antisémites en Suisse 3. Comme on reproche également au même CICAD de vivre grâce aux subventions publiques et de surcroît sur le dos des contribuables*** (4). 4
De son côté, le journaliste d'investigation Lorenz Naegeli, relayé par l'hebdomadaire Heidi News, le 23 janvier 2026, décrit l'influence du leader israélien de l'armement Elbit Systems en Suisse et décrit les composants à finalité militaire que vendent des firmes bien helvétiques telles que Swissto12, à Renens (VD), Imerys Graphite & Carbon, à Bodio (TI) et Alpes Laser, à Saint-Blaise (NE). 5
La recrudescence du fascisme et les sentinelles...
Et quand votre serviteur demande à un ex-membre de la Global Sumud Flotilla, délégation suisse, quel est le rapport coût / efficacité d'une telle expédition, il répond : "Certes, le peuple palestinien n'est pas le seul à souffrir. Mais en plus d'être dépossédé de sa terre, d'être spolié et d'être persécuté depuis 80 ans, le peuple palestinien est un témoin très embarrassant. Il est la victime de la corruption qui a sévit dans nos chancelleries occidentales, dans nos parlements, dans nos salles de rédactions au bénéfice d'intérêts particuliers et des profits des marchands d'armes, sous le couvert de propagande, d'une réthorique faussement religieuse et de discours messianiques. Aussi, celles et ceux qui dénoncent, d'une manière ou d'une autre, toute cette supercherie sont des sentinelles contre une forte recrudescence du fascisme en Occident. Preuve en est ces organisations juives et israéliennes qui œuvrent quotidiennement contre le sionisme fasciste et qui sont à leurs tours discriminées. Israël est un très bon client d'une industrie de l'armement très profitable. Cette même industrie soudoie nos gouvernements, nos médias et bien entendu la Maison-Blanche et la Commission européenne".

