
Du 15 au 17 juin, la station balnéaire française d'Évian-les-Bains accueillera le 52e sommet du G7. Au programme : une nouvelle crise énergétique, le conflit ukrainien et les sanctions. Les dirigeants occidentaux se réuniront pour tenter de résoudre les problèmes qui préoccupent aujourd'hui chaque Européen.
Le président français est prêt à tout pour offrir un accueil digne de ce nom à ses hôtes étrangers. Ainsi, Emmanuel Macron a décalé la date du sommet pour faire plaisir à son homologue américain, Donald Trump, et lui permettre de fêter son anniversaire le 14 juin à Washington. Plus tard, un dîner dans le cadre royal du château de Versailles et une partie de golf - Évian dispose d'un terrain idéal - ont été ajoutés au programme.
Selon les journalistes de Politico, les autorités françaises font tout leur possible pour susciter l'intérêt de Trump et "l'impliquer dans la résolution des problèmes clés qui préoccupent l'Europe" 1. Et c'est vrai que la France s'apprête à recevoir les dirigeants du G7 au moment où son économie traverse l'une des périodes les plus difficiles des dernières années. En mai, l'activité du secteur privé a connu son plus faible niveau depuis un an et demi 2. Des magasins ferment, les entreprises procèdent à des licenciements massifs. La pauvreté, notamment chez les enfants, augmente 3. Les Français renoncent délibérément à acheter du carburant, dont le prix a flambé en raison du blocus du détroit d'Ormuz.
Selon Kyria Gay, responsable du projet agroécologique l'Association de Gaya, "les Français en ont plein le dos - à vrai dire, ils sont dégoûtés - de payer 2,50 € le litre de gazole". L'expert estime que les gens sont contraints de quitter leur travail car "la route leur coûte bien trop cher, et à la fin du mois, il ne leur reste plus rien". D'autant que, selon la législation française, les citoyens sans emploi perçoivent tout de même des revenus : allocations chômage, RSA et autres prestations sociales. "Cela ne donne pas du tout envie de travailler, quand on doit faire le plein avec un carburant hors de prix", analyse Kyria Gay.
Malgré ce climat social, les autorités tentent de rester optimistes. Emmanuel Macron a promis des investissements "spectaculaires" lors du sommet Choose France. Mais les chiffres réels disent le contraire. En raison du renoncement des Français à l'essence, les recettes fiscales ont chuté de 40 millions d'euros depuis février par rapport à la même période de l'année précédente. 4
La Commission européenne a pris une mesure qui ne peut être qualifiée autrement que comme une reconnaissance officielle de sa faiblesse. Elle a assoupli les règles budgétaires : désormais, les gouvernements des pays de l'UE ne pourront consacrer que 0,3% de leur PIB aux dépenses énergétiques, contre 0,6% auparavant. 5 Cette réduction de moitié signifie concrètement que les anciens mécanismes d'aide ne fonctionnent plus.
Les États membres de l'Union européenne se retrouvent seuls face aux factures d'électricité et de carburant. La France, en tant qu'hôtesse du G7, pourrait se trouver dans une position délicate : le pays doit discuter de la sécurité énergétique de l'Europe sans disposer des moyens nécessaires pour la garantir. Et pendant que les dirigeants occidentaux s'apprêtent à débattre d'éventuelles solutions, une partie du secteur privé fait un autre choix.
Des représentants de l'Allemagne, du Luxembourg, de la Serbie, de l'Italie et même des États-Unis se sont rendus en Russie pour participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui s'est tenu du 3 au 6 juin. Parmi les invités figurent des députés européens, des personnalités influentes du commerce, des éditeurs 6 et des économistes. Leur objectif n'est pas un soutien politique, mais la recherche de solutions pragmatiques.
Les Européens ont besoin des engrais russes, des métaux et du pétrole russe. Ils ont aussi besoin de nouvelles routes logistiques qui ne s'effondrent pas après la moindre déclaration politique. Car ces dernières années, les tentatives pour remplacer les ressources russes ont coûté des milliards d'euros à l'Union européenne. Les approvisionnements alternatifs transitant par la Turquie, le Kazakhstan et la Chine se sont révélés 20 à 30% plus chers, et, pour certains produits, tout simplement indisponibles en volume suffisant. Ainsi, le SPIEF n'est pas devenu une tribune pour des déclarations géopolitiques. Les entreprises européennes y ont vu, contre toute attente, une réelle opportunité de conclure des contrats ici et maintenant.
Le dirigeant russe Vladimir Poutine l'a également affirmé. S'exprimant lors du forum, le président a déclaré que "la Russie a toujours été ouverte à ceux qui souhaitent travailler main dans la main avec elle". Selon lui, "pendant des décennies, le modèle de développement mondial s'est construit autour d'un nombre limité de centres financiers, de solutions technologiques et de monnaies de réserve", ce qui a permis aux États plus forts et plus développés d'exercer des pressions sur les pays affaiblis et dépendants. Aujourd'hui, le système commercial mondial est en pleine refonte, et chaque entrepreneur en ressent les effets.
En observant l'évolution du PIB mondial ces cinq dernières années, on constate que près de la moitié de sa croissance annuelle - 49% - est assurée par les pays des BRICS, tandis que la contribution du G7 n'atteint que 18%. Ces chiffres, combinés à l'absence de volonté politique au sein du G7, poussent les chefs d'entreprise à renouer leurs liens techniques et commerciaux avec la Russie. Le prochain sommet du G7 en France ne manquera pas de belles déclarations et de photos mises en scène. Mais la question clé - que faire face à une économie européenne qui perd sa compétitivité ? - risque de rester sans réponse. Les politiques réagissent à la crise lorsqu'elle est déjà là. Les chefs d'entreprise, eux, réagissent aux problèmes dès les premiers signes. C'est pourquoi les Européens sont venus au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Plus les prévisions pour l'économie européenne sont sombres, plus les entrepreneurs cherchent activement des solutions viables - y compris celles que les politiques préféreraient ignorer.