{"195006":{"id":"195006","parent":"193733","time":"1631439882","url":"https:\/\/www.legrandsoir.info\/afghanistan-les-guerres-eclatent-quand-elles-sont-necessaires-et-se-terminent-de-la-meme-facon.html","category":"documentaires","title":"Afghanistan : les guerres \u00e9clatent quand elles sont n\u00e9cessaires.... et se terminent de la m\u00eame fa\u00e7on","image":"http:\/\/www.newsnet.fr\/img\/newsnet_195006_HQq3lAqYaC0.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"afghanistan-les-guerres-eclatent-quand-elles-sont-necessaires-et-se-terminent-de-la-meme-facon","admin":"newsnet","views":"331","priority":"3","length":"50302","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Cimg style=\" width:300px;\" src=\"http:\/\/www.newsnet.fr\/img\/newsnet_195006_9d4d4f.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EVictor Sarkis\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E« Ils pensaient que j'allais arriver avec une carte leur indiquant qui \u00e9taient les bons et les m\u00e9chants », d\u00e9clare un ancien conseiller anonyme d'une \u00e9quipe des forces sp\u00e9ciales [am\u00e9ricaines] \u00e0 l'agence Sigar en 2017. « Il leur a fallu du temps pour comprendre que je n'avais pas ces informations entre les mains.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu d\u00e9but, ils n'arrêtaient pas de me demander : \"Mais qui sont les m\u00e9chants ? Où sont-ils ?[1]\" ».\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E« Ils se sont d\u00e9livr\u00e9s du Malin, mais les m\u00e9chants sont rest\u00e9s, et le Mal est d\u00e9sormais neuf fois pire[2] ».\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn matière de g\u00e9opolitique, il est bon de partir du fait que le Mal n'existe pas. C'est une cat\u00e9gorie th\u00e9ologique, qui ravira peut-être les philosophes et les moralistes, mais qui n'est d'aucune utilit\u00e9 en la matière. La g\u00e9opolitique est avant tout constitu\u00e9e de rapports de forces concrets et objectifs - eux-mêmes très souvent directement d\u00e9termin\u00e9s par des rapports sociaux de production -, mais certainement pas d'id\u00e9es abstraites, et encore moins de grands principes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn s'est beaucoup gauss\u00e9 de De Gaulle pour sa petite phrase sur « l'Orient compliqu\u00e9 », voulant y voir l\u00e0 une marque de x\u00e9nophobie quelque peu d\u00e9complex\u00e9e, mais on a beaucoup oubli\u00e9 l'autre partie de la phrase : « Vers l'Orient compliqu\u00e9, je volais avec des id\u00e9es simples ». D\u00e9laissant quelque peu l'\u00e9motion - tout \u00e0 fait l\u00e9gitime par ailleurs, mais on ne fait pas de g\u00e9opolitique avec des \u00e9motions - qu'a pu causer le retour au pouvoir des Talibans en Afghanistan, le 15 août 2021, nous aimerions analyser de façon « inactuelle », et pour ainsi dire presque « h\u00e9g\u00e9lienne », cet \u00e9v\u00e9nement g\u00e9opolitique important. En citant ici De Gaulle, loin de nous l'id\u00e9e de vouloir nous placer sous le patronage d'un quelconque relativisme culturel qu'en tant que marxistes orthodoxes nous ne goûtons point (\u00e0 l'Europe la simplicit\u00e9, \u00e0 l'Orient la complexit\u00e9), encore moins sous celui d'un souverainisme de droite id\u00e9aliste (aussi respectable soit-il par les temps qui courent), mais au contraire pour montrer que cet « Orient compliqu\u00e9 », avec tous ses d\u00e9tours, se laisse très bien appr\u00e9hender par une analyse mat\u00e9rialiste des rapports de forces. Tant et si bien que les « id\u00e9es simples » dont il faudrait se d\u00e9partir ne seraient pas tellement un certain ethnocentrisme occidental (quoi que cela ne ferait pas de mal \u00e0 nos politiques, et aux plumitifs qui leur servent de valets de chambre), qu'une r\u00e9pugnance, devenue profession de foi dans nos contr\u00e9es, envers les id\u00e9es du mat\u00e9rialisme dialectique.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour comprendre la situation afghane, il faut toujours se souvenir que l'Histoire fonctionne par alternances de tunnels, et d'embranchements, un peu comme les \u00e9checs par ailleurs : certains coups sont tellement importants qu'ils surd\u00e9terminent les suivants, qui se voient pour ainsi dire priv\u00e9s de toute autonomie v\u00e9ritable. Ainsi, la Commune de 1871 fut incontestablement un \u00e9vènement ouvert, donnant lieu \u00e0 un v\u00e9ritable embranchement, et laissant aux contemporains des choix profonds \u00e0 faire, de port\u00e9e universelle. A l'inverse, la p\u00e9riode qui suivit l'\u00e9crasement de la Commune fut incontestablement, en Europe, et particulièrement en France, une sorte de tunnel historique interminable, auquel seul ce choc gigantesque que fût la première guerre mondiale donna fin. Ce fut la p\u00e9riode du compromis, de la m\u00e9diocrit\u00e9 politique et intellectuelle, dont la IIIe R\u00e9publique fut le symbole \u00e9clatant. Pour les contemporains de ces p\u00e9riodes de tunnels, les choses sont dures, car ils doivent payer des choix qui ont \u00e9t\u00e9 faits avant eux, le temps que l'Histoire en purge toutes les cons\u00e9quences, en attendant qu'un nouvel embranchement historique se pr\u00e9sente devant eux.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est \u00e9vident que nous traversons aujourd'hui (plus pour longtemps nous l'esp\u00e9rons) une p\u00e9riode de tunnel historique qui nous r\u00e9duit, peu ou prou, \u00e0 l'impuissance, et que nous payons cher les cons\u00e9quences du d\u00e9sossage en règle du mouvement ouvrier dont les ann\u00e9es 80 et 90 ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins. Pour pouvoir comprendre la trag\u00e9die afghane actuelle, il faut donc comprendre qu'elle est la fille de la r\u00e9action anti-communiste internationale qui a frapp\u00e9 l'Afghanistan au d\u00e9but des ann\u00e9es 80.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EL'Afghanistan, une nation \u00e0 l'unit\u00e9 difficile\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes difficult\u00e9s actuelles et pass\u00e9es de l'Afghanistan viennent en partie du fait que son existence en tant que nation unifi\u00e9e a toujours \u00e9t\u00e9 probl\u00e9matique, et n'a en r\u00e9alit\u00e9 jamais \u00e9t\u00e9 vraiment faite, même durant la p\u00e9riode communiste.\u003Cbr \/\u003E\nEn effet, l'Afghanistan est une mosaïque de peuples, qui parlent des langues diff\u00e9rentes - il est d'ailleurs presque impossible de savoir aujourd'hui quel est le poids d\u00e9mographique exact de chaque ethnie, car aucun recensement officiel n'a jamais \u00e9t\u00e9 fait. On peut sommairement distinguer 4 grands groupes. Premièrement les Pachtounes, qui vivent plutôt au sud (leur ethnie se partagent \u00e0 cheval sur le Pakistan), et qui sont des sunnites dont la langue appartient au groupe des langues iraniennes au sens large. Les Pachtounes sont g\u00e9n\u00e9ralement plus ruraux que les autres ethnies. Deuxièmement, les Tadjiks, qui vivent plutôt au nord, et qui sont des sunnites qui parlent une variante de persan, et qui forment une \u00e9lite plus urbanis\u00e9e et cultiv\u00e9e. Troisièmement, les Hazaras, une minorit\u00e9 chiite persanophone, qui vivent au centre du pays, et qui sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant plus pauvres que les autres ethnies. Ces deux derniers groupes, les Tadjiks et les Hazaras, bien que d'origine, de religion et de situation sociale souvent diff\u00e9rents, partagent la même langue de communication, le dari, sorte de persan m\u00e9di\u00e9valisant, et langue de culture en Afghanistan. Enfin, quatrièmement, les divers groupes turcophones qui vivent au nord (Ouzbeks, Turkmens, et autres), au poids d\u00e9mographique, et donc politique, moindre, mais pas nul.\u003Cbr \/\u003E\nOn voit donc que le tableau national manque d'unit\u00e9, et que les frontières actuelles de l'Afghanistan doivent beaucoup aux imp\u00e9rialismes pass\u00e9s, et aux hasards de l'Histoire : la seule raison par exemple pour laquelle les Pachtounes sont s\u00e9par\u00e9s entre le Pakistan et l'Afghanistan fut que l'Empire britannique a pu conqu\u00e9rir au XIXe siècle une partie des territoires sur lesquels vivaient les Pachtounes, et qui feront partie du Raj britannique, puis du Pakistan, mais pas tous, qui feront quant \u00e0 eux partie de l'Afghanistan. Même chose pour le nord : certaines ethnies sont \u00e0 cheval sur deux États (Tadjiks, Turkmens, Ouzbeks), car l'Empire tsariste n'a pas pu aller plus loin militairement au XIXe siècle. Culturellement, l'Afghanistan est pratiquement une extension de l'Iran, mais sans que cette influence culturelle très forte n'ait pu d\u00e9boucher sur une assimilation politique. L'Afghanistan moderne est donc historiquement d'abord un État-tampon, qu'aucun empire n'a pu assimiler au XIXe siècle, et qui n'a dû son existence qu'\u00e0 un compromis n\u00e9goci\u00e9 entre puissances rivales (principalement la Russie et l'Angleterre). Cet aspect de compromis se retrouve \u00e9galement dans les deux langues nationales officielles, le dari et le pachto, qu'utilisent au quotidien respectivement près de 50 % de la population.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EUne unit\u00e9 toujours probl\u00e9matique durant la tentative de construction du socialisme\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA une nation manquant d'unit\u00e9 n'a pas manqu\u00e9 de r\u00e9pondre un parti communiste divis\u00e9. En effet, le Parti d\u00e9mocratique populaire d'Afghanistan (PDPA) qui a pris le pouvoir en 1978, \u00e0 la suite de la r\u00e9volution de Saur, \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 compos\u00e9 de deux factions qui ne cesseront jamais d'avoir des relations antagoniques, malgr\u00e9 une tentative forc\u00e9e d'unification par les sovi\u00e9tiques en 1977[3] : le Parcham, et le Khalq. A l'origine, il s'agit du nom des deux quotidiens du PDPA, le premier en dari, le second en pachto. Du fait cependant des origines sociales diff\u00e9rentes des membres pratiquants ces deux langues, cette simple diff\u00e9rence linguistique s'est mu\u00e9e en diff\u00e9rence de ligne et de strat\u00e9gie.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe Parcham \u00e9tait le quotidien dari, donc de composition sociale plus urbaine et intellectuelle. Il mettait l'accent sur une modernisation et une d\u00e9mocratisation pouss\u00e9e de l'Afghanistan sur le modèle d'une alliance avec les forces progressistes du pays. Il \u00e9tait moins offensif sur le terrain social, et refusait d'attaquer de front la religion (ainsi, dans la p\u00e9riode où cette faction \u00e9tait au pouvoir, tous les d\u00e9crets officiels commençaient par la formule liturgique : « au nom de Dieu, le bienfaisant, le mis\u00e9ricordieux, etc. »).\u003Cbr \/\u003E\nLe Khalq en revanche \u00e9tait le quotidien pachtoune, donc de composition plus paysanne et rurale. Il souhaitait aller plus loin qu'une modernisation progressive du pays, et s'engager franchement sur la voie de la construction du socialisme, malgr\u00e9 l'arri\u00e9ration du pays. Il souhaitait s'attaquer de front \u00e0 la religion, et tenir un discours social plus offensif, avec un rôle plus directeur pour le parti, l\u00e0 où le Parcham souhaitait laisser l'initiative \u00e0 un large Front unifi\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est clair dans cette affaire que les deux factions se sont rendues coupables d'excès politiques, le Parcham penchant souvent vers l'opportunisme social-d\u00e9mocrate, et le Khalq parfois dans la d\u00e9rive gauchiste, au sens \u00e9tymologique et l\u00e9niniste du terme[4]. Il est donc difficile d'accabler un camp au d\u00e9triment de l'autre.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est \u00e9vident dans ces conditions, sans même parler des interventions \u00e9trangères pour d\u00e9truire la construction du socialisme afghan, que celle-ci \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fort compromise par le dualisme très fort du parti dès l'origine.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EUne r\u00e9volution nationale....\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl n'est pas ici question de retracer, même brièvement, toute l'Histoire de la r\u00e9volution afghane. Il nous faut seulement ici tordre le coup \u00e0 l'id\u00e9e reçue que la r\u00e9volution afghane n'aurait \u00e9t\u00e9 qu'un « coup de Moscou », et une « r\u00e9volution de palais », \u00e9loign\u00e9e des masses. La r\u00e9volution afghane a suivi en r\u00e9alit\u00e9 un sch\u00e9ma très classique : celui d'une r\u00e9volution qui commence « par le haut », grâce \u00e0 des \u00e9lites plus ou moins \u00e9clair\u00e9es, et qui se radicalise « par le bas », après que les masses s'en sont empar\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn effet, celle-ci commence en 1973, quand le cousin du roi, Mohammad Daud, profite d'une convalescence de ce dernier pour faire un coup d'État, abolir la monarchie et instaurer la r\u00e9publique, avec le soutien de la faction mod\u00e9r\u00e9e du PDPA. C'est la première phase de la r\u00e9volution afghane, qui dure jusqu'en 1978 : la phase « bourgeoise », au sens progressiste du terme[5]. L'objectif de Daud est d'abord de moderniser l'Afghanistan et de l'industrialiser, \u00e0 la façon d'un « despote \u00e9clair\u00e9 », par le haut. Il nomme ainsi dans son gouvernement 7 ministres issus du Parcham, mais laisse volontairement de côt\u00e9 les membres du PDPA issus du Khalq, qui sont donc \u00e9cart\u00e9s de cette première phase.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 1978, la r\u00e9volution atteint une phase plus radicale : Daud se sent de plus en plus les mains li\u00e9es aux communistes, qui contrôlent de plus en plus l'arm\u00e9e. Il tente de r\u00e9primer le PDPA, mais \u00e9choue, et se retrouve victime d'un coup d'État lors duquel il disparaît. Le PDPA prend alors le pouvoir seul, et les postes sont \u00e9quitablement r\u00e9partis entre le Khalq, avec Taraki comme premier ministre, et le Parcham, avec Karmal, qui deviendra par la suite premier ministre, après l'intervention sovi\u00e9tique. Le PDPA commence alors une politique d'\u00e9galisation des groupes ethno-liguistes, et s'attaque \u00e0 la question du droit des femmes. Dans un premier temps, du fait du poids du Parcham, il se montre prudent sur la question religieuse, mais le Khalq gagne rapidement en influence, et se fait plus offensive sur ces questions, supprimant ainsi les r\u00e9f\u00e9rences religieuses dans le domaine juridique[6]. Après l'\u00e9t\u00e9 1978, les Pacharmis sont temporairement \u00e9cart\u00e9s du pouvoir, et la phase proprement sociale de la r\u00e9volution peut commencer : une r\u00e9forme agraire est d\u00e9cid\u00e9e, l'usure et les prêts \u00e0 hypothèque sont interdits, et les dettes des paysans pauvres sont annul\u00e9es. Les pachtounes ruraux et les masses sont gagn\u00e9s par la r\u00e9volution, et celle-ci commence \u00e0 être leur œuvre propre, bien que des r\u00e9voltes \u00e9clatent rapidement un peu partout en Afghanistan, orchestr\u00e9es par les grands propri\u00e9taires terriens ayant tout \u00e0 perdre dans une r\u00e9forme agraire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003E....et une contre-r\u00e9volution internationale\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn septembre 1979, Taraki est assassin\u00e9 par un autre membre du Khalq, Hafizullah Amin, qui r\u00e9vèle rapidement ses intentions opportunistes : arrêter la r\u00e9volution, en pactisant avec les insurg\u00e9s islamistes pour parvenir \u00e0 un compromis. Jusqu'ici, l'URSS s'est tenu relativement \u00e0 l'\u00e9cart de la r\u00e9volution, ne fournissant qu'un soutien purement tactique au PDPA, par le biais de conseillers. Au moment de l'internationalisation de la r\u00e9volution afghane, l'essentiel de ce qui s'y est produit est donc essentiellement le r\u00e9sultat d'un rapport de force national. On sait d'ailleurs aujourd'hui qu'au moment de l'assassinat de Taraki, les am\u00e9ricains financent d\u00e9j\u00e0 depuis plusieurs semaines les mouvements d'insurrections[7]. Ceux-ci le font d'ailleurs ouvertement avec l'id\u00e9e de contraindre les sovi\u00e9tiques \u00e0 intervenir militairement[8]. Ce qui ne manque pas d'arriver, en d\u00e9cembre 1979, imp\u00e9ratifs g\u00e9opolitiques et de d\u00e9fense nationale obligent.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA partir de ce moment-l\u00e0, le r\u00e9gime du PDPA est sur la d\u00e9fensive, et le Parcham reprend le dessus. Il n'est point besoin ici de rappeler \u00e0 quel point, afin d'\u00e9craser la r\u00e9volution communiste, les USA et les m\u00e9dias occidentaux ont soutenu les obscurantismes les plus r\u00e9actionnaires. Nous en avons trait\u00e9 ailleurs, et nous y renvoyons le lecteur, images et sources \u00e0 l'appui[9].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous connaissons malheureusement la suite de l'Histoire : l'URSS s'enlise dans ce conflit, que les am\u00e9ricains s'acharnent \u00e0 rendre de plus en plus violent et atroce, et le PDPA perd son ancrage national dans cette v\u00e9ritable « guerre civile internationale ». Pire encore, le Parcham prenant de plus en plus de place, de nombreux membres du Khalq passeront petit \u00e0 petit dans le camp d'en face, beaucoup allant même jusqu'\u00e0 fournir les cadres pour des groupes islamistes[10]. Le devenir du Khalq en particulier, et des masses pachtounes en g\u00e9n\u00e9ral, doivent interpeller les communistes : comment des populations ayant fournis les masses des partis et des factions les plus anti-religieuses dans les ann\u00e9es 70 et 80 en Afghanistan ont-elles pu subitement devenir les bases des partis et factions les plus r\u00e9actionnaires et religieuses, les Talibans en tête, très majoritairement pachtounes aussi, depuis les ann\u00e9es 90 ? Des esprits superficiels y verront peut-être une preuve de « l'identit\u00e9 des contraires », ou que « les extrêmes se touchent ». Mais la v\u00e9rit\u00e9 est bien plus âpre : c'est que les masses, priv\u00e9es d'une orientation progressiste claire, ne peuvent que se raccrocher \u00e0 ce qu'il leur reste, et ce qui leur permet, aussi timidement soit-il, de lutter, fût avec une orientation r\u00e9actionnaire. C'est une leçon douloureuse qu'il ne faut pas oublier, et qui devrait inciter \u00e0 la prudence quant \u00e0 la v\u00e9n\u00e9rabilit\u00e9 des « traditions ancestrales », et le caractère « immuable des peuples ».\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EL'\u00e9mergence des talibans, des ann\u00e9es 90 \u00e0 nos jours\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA ce titre, il faut faire une lecture nuanc\u00e9e, ce qui n'empêche absolument pas de les combattre fermement, du ph\u00e9nomène des « talibans » (« \u00e9tudiants en religion » en arabe et dari). En effet, depuis les ann\u00e9es 90 et la destruction du PDPA, l'Afghanistan est priv\u00e9e de toute orientation r\u00e9ellement progressiste. La situation \u00e0 la chute du r\u00e9gime de Najirbullah en 1993 est catastrophique : le pays est purement et simplement aux mains d'une demi-douzaine de seigneurs de guerre tribaux (dont le fameux Massoud), qui se partagent le pays comme une tarte[11].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'unit\u00e9 même du pays semble compromise, et un sc\u00e9nario \u00e0 la yougoslave est de plus en plus envisageable. C'est alors que les Talibans, un groupe de religieux extr\u00e9mistes venus du Pakistan, et form\u00e9s avec le soutien am\u00e9ricain dans les ann\u00e9es 80, entrent dans la danse[12]. Leurs ennemis locaux sont avant tout ces seigneurs de guerre qui veulent se partager l'Afghanistan : ces deux groupes sont issus de l'alliance am\u00e9ricano-pakistanaise, mais leur affrontement n'\u00e9meut pas trop les USA, trop heureux de profiter de la « fin de l'Histoire » des ann\u00e9es 90. En bons opportunistes, ils laissent leurs poulains s'entre-d\u00e9chirer, avec la certitude de pouvoir de toutes façons \u00e0 la fin s'accoquiner avec le vainqueur, et s'adonner \u00e0 un business juteux.\u003Cbr \/\u003E\nEt c'est l\u00e0 que l'on voit que l'Histoire, malgr\u00e9 ses d\u00e9tours sinueux, sera toujours in fine rationnelle : malgr\u00e9 leur caractère r\u00e9actionnaire et souvent monstrueux, les Talibans ont malgr\u00e9 tout incarn\u00e9s face aux seigneurs de guerre une forme d'homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 juridique nationale - fût-elle extrêmement barbare[13]. Avec les seigneurs de guerre, l'Afghanistan \u00e9tait livr\u00e9e \u00e0 l'arbitraire juridique total, avec un code juridique par fief, et des luttes incessantes entre seigneurs de guerre. Les Talibans ont peut-être impos\u00e9 une « paix des cimetières », avec une interpr\u00e9tation ultra-rigoriste de la charia, il n'empêche que cela a pu paraître \u00e0 un certain nombre d'Afghans pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la guerre permanente des seigneurs de guerre. On pourra s'en \u00e9mouvoir, trouver cela injuste ou immoral, ou blâmer celui qui ne fait qu'\u00e9noncer ce fait objectif, mais que peut-t-on reprocher \u00e0 des masses \u00e0 qui l'on a au pr\u00e9alable ôt\u00e9 toute r\u00e9elle perspective progressiste ? La fuite n'est pas une option g\u00e9opolitique, d'autant quand on voit la façon dont sont trait\u00e9s les r\u00e9fugi\u00e9s de guerre, et on ne fait pas de politique hors-sol, en invoquant des forces sociales inexistantes dans une nation pour combattre un autre camp. Les masses font avec ce qu'elles ont sous la main, et ce n'est pas la première fois que la ruse de la raison se jouera de nos \u00e9lites occidentales faussement « \u00e9clair\u00e9es » en confiant la conservation d'une unit\u00e9 de la nation afghane \u00e0 des forces aussi r\u00e9actionnaires et pro-am\u00e9ricaines que les talibans. Tout ce qui est r\u00e9el est rationnel, tout ce qui est rationnel est r\u00e9el, même les talibans et leur double victoire d'hier et d'aujourd'hui, n'en d\u00e9plaisent \u00e0 nos BHL de droite et de gauche[14].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ELe retour au pouvoir des Talibans : catastrophe absolue, ou bien remplacement d'un mal par un autre ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED'autant que les talibans de 2021 ne sont pas ceux de 2001. En disant cela, nous ne voudrions nullement dire qu'ils ont « chang\u00e9s », ou qu'ils seraient moins pires : simplement que les rapports de forces internationaux et nationaux ont chang\u00e9 en profondeur. Un mouvement n'est pas son id\u00e9ologie, ni ce qu'il d\u00e9clare. Un mouvement se r\u00e9duit parfaitement aux forces sociales qui le composent et le soutiennent. Or, on sait parfaitement que les Talibans, et ce depuis plusieurs ann\u00e9es dans les zones qu'ils contrôlent, ont par exemple autoris\u00e9s dans les zones rurales les filles \u00e0 aller \u00e0 l'\u00e9cole[15]. Ce n'est pas par f\u00e9minisme qu'ils ont proc\u00e9d\u00e9 ainsi, mais pour se gagner les populations locales, en leur faisant, par simple jeu de rapport de force, des concessions. De même ont-ils prot\u00e9g\u00e9s les chiites Hazaras, autrefois leurs ennemis jur\u00e9s, de Daesh, afin de l'empêcher de s'implanter en Afghanistan[16]. Il faut donc comprendre qu'en 20 ans, les rapports de forces internes \u00e0 l'Afghanistan ont chang\u00e9, et qu'il est d\u00e9sormais impossible aux Talibans de se comporter comme auparavant. Ce sera tout le contraire d'un gouvernement progressiste bien sûr, mais il est vraisemblable qu'il ne sera pas le mal absolu qu'on se plaît \u00e0 nous d\u00e9crire dans les m\u00e9dias.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA ce titre, il faut toujours se demander lorsqu'un groupe politique en remplace un autre s'il est v\u00e9ritablement « pire » que lui, et si oui, comment la population locale peut-elle le tol\u00e9rer, fût-ce par une non-intervention. Les m\u00e9dias occidentaux ont en effet beaucoup pleur\u00e9 sur les merveilleux droits que les afghans et les afghanes avaient conquis grâce \u00e0 l'intervention militaire am\u00e9ricaine, et que les Talibans menaçaient maintenant de leur retirer. Mais le r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent de Ashraf Ghani et avant lui de Hamid Karzaï \u00e9tait-il si merveilleux que veulent bien nous le dire les m\u00e9dias \u00e0 longueur de temps ? Ou bien sa r\u00e9alit\u00e9 effective \u00e9tait-elle si peu reluisante qu'il n'\u00e9tait pas très difficile aux Talibans de paraître, fut-ce peut-être frauduleusement, moins pires aux yeux de la population locale ?\u003Cbr \/\u003E\nQue cela plaise ou non, il faut commencer par dire qu'on ne mesure pas la g\u00e9opolitique \u00e0 la longueur de la jupe que peuvent porter les femmes : \u00e0 l'aune de l'Histoire universelle et de ses enjeux, c'est peu de dire qu'un tel critère apparaîtra vite comme \u00e9tant totalement anecdotique.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est vrai que les Talibans de 2001 \u00e9taient notoirement corrompus, et vendaient les infrastructures du pays aux USA. Mais une simple anecdote, vaudevillesque, suffira \u00e0 montrer que le r\u00e9gime pro-USA \u00e0 Kabou l'\u00e9tait tout autant. Lors de sa fuite, l'ancien pr\u00e9sident Ashraf Ghani a emport\u00e9 pas moins de 169 millions de dollars en liquide par h\u00e9licoptère, mais faute de place dans celui-ci, il a \u00e9t\u00e9 contraint d'en laisser encore plus sur le tarmac[17] ! Racontars, diront certains, mais r\u00e9v\u00e9latrice de l'\u00e9tat de corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de ce r\u00e9gime.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe New York Times, pas franchement ce qui se fait de mieux en matière d'internationalisme prol\u00e9tarien ou d'anti-am\u00e9ricanisme, avait publi\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es des t\u00e9moignages \u00e9difiants d'anciens soldats am\u00e9ricains revenus d'Afghanistan[18]. La description des pratiques auxquelles se livraient quotidiennement les chefs de guerre soutenus par les am\u00e9ricains d\u00e9passe le stade de l'abjection, et ne sauraient que r\u00e9volter tout un chacun. Au point qu'un ancien soldat ne peut que constater la chose suivante : « nous avons mis au pouvoir des gens pires que les Talibans ». En effet, ceux-ci avaient au moins tent\u00e9 entre 1995 et 2001 de lutter contre la pratique abjecte du « Bacha Bazi », sorte d'esclavage sexuel de jeunes garçons que pratiquent traditionnellement les seigneurs de guerre afghans, - pratique que les am\u00e9ricains ont volontairement ignor\u00e9 chez leurs alli\u00e9s, et qu'ils ont laiss\u00e9 faire avec une permissivit\u00e9 coupable - sous couvert de relativisme culturel douteux[19].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn s'est par ailleurs \u00e0 juste titre indign\u00e9 pour le traitement honteux que les Talibans r\u00e9servaient aux femmes, forçant d'après nombre t\u00e9moignages \u00e0 en marier beaucoup dès 14 ans. Mais qui s'est indign\u00e9 que les seigneurs de guerre en fassent autant, avec la b\u00e9n\u00e9diction de la hi\u00e9rarchie militaire am\u00e9ricaine comme le r\u00e9vèle les t\u00e9moignages du NY Times[20] ? A force de couvrir les abjections du « camp du Bien » (les seigneurs de guerre pro-US), il s'est av\u00e9r\u00e9 que celles du « camp du Mal » (les Talibans) s'en sont sortis renforc\u00e9s, et même pour certains locaux, finalement moins pires. Il est noble de soutenir la cause du droit des femmes, mais c'est une bien injuste chose que de le faire pour de mauvaises raisons[21]. Comment dans ces circonstances, et devant la r\u00e9alit\u00e9 de la pratique du pouvoir par le r\u00e9gime pro-US, et que le gouvernement am\u00e9ricain connaissait très bien, peut-on pr\u00e9tendre sincèrement que le retour des Talibans au pouvoir constitue r\u00e9ellement une catastrophe pour les Afghans, et que ces derniers seront pires que ceux-l\u00e0 ? On voit mal comment ils pourraient être pires, et il est simplement \u00e0 craindre que les choses ne s'am\u00e9liorent pas, et restent sur beaucoup d'aspects en l'\u00e9tat.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EVers une nouvelle reconfiguration g\u00e9opolitique de la r\u00e9gion\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl reste enfin \u00e0 \u00e9voquer le dernier aspect de la question, et pas le moindre : celui de la reconfiguration g\u00e9opolitique de la r\u00e9gion. Les États-Unis laissent en effet le champ libre en quittant la r\u00e9gion, encore que la question du calendrier exact de leur retrait d'Afghanistan soit encore en suspend[22]. Cela fait plusieurs ann\u00e9es que les diff\u00e9rents gouvernements am\u00e9ricains, de Obama \u00e0 Biden, en passant par Trump, promettent le retrait des troupes US. Or, depuis la d\u00e9faite des forces progressistes en Afghanistan, il est apparu assez clairement \u00e0 tous les observateurs s\u00e9rieux qu'il n'existait pas en Afghanistan de force nationale suffisamment forte pour pouvoir diriger le pays, en dehors de Talibans[23]. Il \u00e9tait donc \u00e9vident depuis plusieurs ann\u00e9es que ceux-ci finiraient tôt ou tard par revenir au pouvoir, surtout au vu des forces que les am\u00e9ricains ont laiss\u00e9es et form\u00e9es sur place, - c'est-\u00e0-dire inexistantes, comme l'ont bien montr\u00e9 leur d\u00e9route \u00e9claire, avant même le d\u00e9part total des forces am\u00e9ricaines[24].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOr, le retour aux affaires des Talibans comme ceux de 2001 aurait \u00e9t\u00e9 une catastrophe pour les r\u00e9gimes frontaliers, ou proches de par leur sphère d'influence, de l'Afghanistan (la Russie, la Chine, et l'Iran). On arrivait donc au paradoxe suivant : en partant et en laissant au pouvoir les protecteurs du djihadisme international qu'\u00e9taient les Talibans, les am\u00e9ricains auraient laiss\u00e9 derrière eux une bombe \u00e0 retardement pour la Russie, la Chine et l'Iran - et ce alors qu'aucune de ces puissances n'a ni les moyens, ni l'envie d'intervenir militairement. Il \u00e9tait donc dès lors \u00e9vident, \u00e0 partir du moment où les États-Unis ne voulaient plus g\u00e9rer le problème, ou alors de façon catastrophique, que ces pays allaient être contraints de r\u00e9gler par eux même le problème, de façon non-militaire.\u003Cbr \/\u003E\nPour la Russie, l'existence d'une Afghanistan talibane, et centre du djihadisme international, aurait \u00e9t\u00e9 une grave menace pour sa s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, car les djihadistes auraient tent\u00e9s de mobiliser les populations musulmanes de la f\u00e9d\u00e9ration de Russie, pour aboutir \u00e0 des \u00e9pisodes semblables \u00e0 ceux de la guerre de Tch\u00e9tch\u00e9nie, et que la guerre de Syrie avait failli ressusciter. Avoir un tel État \u00e0 sa frontière, c'\u00e9tait prendre le risque de voir le terrorisme int\u00e9rieur ressurgir, et de voir d\u00e9stabiliser les anciennes r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques d'Asie centrale, qui entretiennent toujours avec la Russie des liens \u00e9conomiques et culturels très forts.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour la Chine, le problème \u00e9tait encore plus urgent, au vu des difficult\u00e9s qu'elle connaît dans la province du Xinjiang : l'Afghanistan aurait pu être une base arrière pour les diff\u00e9rents groupes terroristes et ind\u00e9pendantistes du Xinjiang, leur fournissant un soutien mat\u00e9riel et logistique. Lorsque l'on voit l'usage que la propagande atlantiste a pu faire des troubles au Xinjiang des ann\u00e9es 2010, cons\u00e9cutifs \u00e0 la guerre de Syrie faut-il le rappeler, on peut ais\u00e9ment comprendre que des Talibans au pouvoir en Afghanistan et soutenant les groupes islamistes ind\u00e9pendantistes auraient \u00e9t\u00e9 du pain b\u00e9ni pour eux[25]. Il y avait donc urgence pour la Chine \u00e0 anticiper le problème, afin de le traiter \u00e0 la racine, et \u00e0 ne pas le laisser d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer.\u003Cbr \/\u003E\nQuant \u00e0 l'Iran, les Talibans sont un mouvement de fondamentalistes sunnites violemment anti-chiites. Outre que l'existence d'un tel r\u00e9gime \u00e0 sa frontière aurait \u00e9t\u00e9 pour l'Iran une menace g\u00e9opolitique de premier plan, l'existence d'une forte minorit\u00e9 en Afghanistan de Hazaras chiites aurait oblig\u00e9 l'Iran \u00e0 la solidarit\u00e9 interconfessionnelle, laissant planer le spectre d'une r\u00e9sistance arm\u00e9e, comme ce fût le cas dans les ann\u00e9es 90[26], aussi coûteuse qu'aventureuse.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn comprend donc que dans ces conditions, et de façon assez ind\u00e9pendante, ces trois pays ont tent\u00e9s depuis plusieurs ann\u00e9es des initiatives diplomatiques avec les Talibans, initiatives qui ont commenc\u00e9 \u00e0 porter leurs fruits ces derniers jours[27]. Ce n'est pas que ces trois pays portent particulièrement les Talibans dans leurs cœurs, mais le r\u00e9alisme g\u00e9opolitique leur commande de pr\u00e9f\u00e9rer des Talibans r\u00e9duits \u00e0 être un mouvement strictement national plutôt que de courir le risque de les voir revenir au pouvoir avec l'ambition d'être la nouvelle plate-forme du djihadisme international, voire pire, que Daesh profite du vide que causerait une disparition des Talibans pour s'implanter en Afghanistan[28]. Et c'est sans doute ici que se situe la principale diff\u00e9rence entre les Talibans de 2001 et ceux de 2021 : les premiers \u00e9taient un mouvement international, h\u00e9bergeant ouvertement les op\u00e9rations d'Al-Qaïda, tandis que les seconds sont devenus un mouvement purement national, ayant même abandonn\u00e9 les ambitions d'imp\u00e9rialisme transfrontaliers qui les caract\u00e9risaient autrefois. Le mouvement est d\u00e9sormais plus \u00e0 la recherche d'une respectabilit\u00e9 internationale, et se montre plus soucieux que par le pass\u00e9 d'être reconnu internationalement comme gouvernement l\u00e9gitime. Le compromis de raison plus que de cœur pass\u00e9 entre les Talibans et le triumvirat Russie-Chine-Iran semble donc être le suivant : reconnaissance internationale contre l'engagement \u00e0 ne pas devenir la nouvelle plateforme du djihadisme mondiale, et autres concessions. Les Talibans ont ainsi mis sous le boisseau leur discours anti-chiite, et les pays frontaliers parient sur le fait que leur d\u00e9sir de reconnaissance internationale permette de les limiter \u00e0 un agenda strictement national. L'avenir dira si le pari aura \u00e9t\u00e9 payant, mais \u00e0 vrai dire, en l'\u00e9tat actuel des choses, il semble qu'il n'y a pas r\u00e9ellement d'autres positions possibles[29] : personne n'est capable de faire tomber les Talibans actuellement, et tout le monde serait bien en peine de dire par qui exactement ils pourraient être remplac\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAprès 20 d'interventions militaires directes, et 40 ans d'interventions politiques OTANesques intempestives, on ne peut que souhaiter au peuple afghan la paix et la tranquillit\u00e9, et une int\u00e9gration \u00e9conomique aux nouvelles routes de la soie que dessinent la Chine et les autres puissances r\u00e9gionales, et que puissent renaître des forces progressistes organis\u00e9es dans cette nation. Tous ceux qui ne souhaitent au peuple afghan, tout en fermant d'ailleurs les frontières[30], qu'une guerre civile internationale interminable ne sont que des fous belliqueux qui prônent bien fort des guerres lointaines, \u00e0 condition bien sûr de ne pas y prendre part[31].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EConclusion : une d\u00e9faite am\u00e9ricaine totale, et un imp\u00e9rialisme sur la d\u00e9fensive\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECet \u00e9pisode de la guerre d'Afghanistan, que l'on espère seulement, pour le bien du peuple afghan, être l'un des derniers, confirme d'abord et avant tout l'incurie complète et l'impuissance de l'imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain. Trump avait \u00e9t\u00e9 le symptôme superstructurel de cette perte de vitesse de l'imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, et son acceptation consciente, et Biden en est la confirmation. De ce point de vue comme sur d'autres, il y a en r\u00e9alit\u00e9 plus de continuit\u00e9s entre Trump et Biden que de rupture - le style outrancier du premier mis \u00e0 part. Les États-Unis n'ont plus les moyens d'être les maîtres absolus du monde, et ils commencent seulement \u00e0 l'accepter. Et il y a tout \u00e0 penser que cet \u00e9chec magistral n'est que le pr\u00e9lude \u00e0 une s\u00e9rie d'autres, qui n'iront qu'en s'aggravant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais par ailleurs, cet \u00e9chec d\u00e9montre \u00e9galement l'incomp\u00e9tence totale des diff\u00e9rentes administrations am\u00e9ricaines, qui auront cr\u00e9e d'elles-mêmes leur propre \u00e9chec. On a en effet beaucoup compar\u00e9 la chute de Saïgon avec celle de Kaboul, en superposant volontiers des images semblables. Mais toute analogie a ses limites, et une image est souvent plus trompeuse qu'autre chose. Si les États-Unis ont perdu en Afghanistan en 2021, ils ne le doivent pas \u00e0 la valeur de leur adversaire, mais \u00e0 leurs propres manquements.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes communistes vietnamiens des ann\u00e9es 1970 \u00e9taient porteurs d'un projet fort d'\u00e9mancipation de port\u00e9e universelle, souhaitant que les masses s'emparent de la transformation de la soci\u00e9t\u00e9. Leur approche de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait totalement rationaliste, et le courage des combattants du Vietmihn, l'intelligence de leurs g\u00e9n\u00e9raux n'\u00e9taient plus \u00e0 d\u00e9montrer. Ils \u00e9taient soutenus par le puissant mouvement ouvrier international, au premier rang duquel l'URSS, et les masses ouvrières d'Occident. Face \u00e0 un adversaire d'une telle qualit\u00e9, les am\u00e9ricains d'alors n'ont pas tant perdu \u00e0 cause de leurs manquements qu'\u00e0 cause de la valeur de leurs adversaires.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn ne saurait en dire autant de leur \u00e9chec face aux Talibans. Ceux-ci sont porteurs d'une id\u00e9ologie complètement r\u00e9actionnaire, et portent le particularisme et le fanatisme religieux de la façon la plus caricaturale qui soit. Cette approche obscurantiste et religieuse du r\u00e9el ne peut qu'amener \u00e0 le consid\u00e9rer de façon biais\u00e9e et irrationnelle. Il ne peut dans les masses du monde entier soulever aucun enthousiasme. Ses soutiens internationaux (le Pakistan notamment) sont dict\u00e9s par des calculs g\u00e9opolitiques bassement int\u00e9ress\u00e9s, et court-termistes. Ses membres sont notoirement corrompus, et n'ont fait preuve d'aucune qualit\u00e9 \u00e9clatante. Le soutien qu'il peut recevoir dans la population ne peut être dû qu'\u00e0 la lassitude l\u00e9gitime du peuple afghan après 40 ans de guerres, et sa haine de l'envahisseur am\u00e9ricain et des seigneurs de guerres f\u00e9odaux. Leur islam est en r\u00e9alit\u00e9 un produit d'importation, et \u00e9tranger aux traditions afghanes, eux qui sont venus du Pakistan, et form\u00e9s aux \u00e9coles saoudiennes. La seule raison de leur victoire est l'incomp\u00e9tence de leurs adversaires, et leur corruption encore plus grande que la leur.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est pourquoi les suites de ces deux \u00e9v\u00e9nements ne sauraient se ressembler. Les États-Unis ont su se ressaisir dans les ann\u00e9es qui ont suivi la chute de Saïgon, pour finalement l'emporter sur l'URSS, car il leur restait encore des qualit\u00e9s \u00e0 faire valoir face \u00e0 leurs adversaires. Un tel aggiornamento ne saurait se produire de nos jours : au contraire, Joe Biden a d\u00e9clar\u00e9 après la prise de Kaboul que les États-Unis partaient car la mission avait \u00e9t\u00e9 « accomplie » (sic !)[32]. On a du mal \u00e0 imaginer une telle d\u00e9claration au lendemain de la perte de Saïgon par les imp\u00e9rialistes... La v\u00e9rit\u00e9 est donc que le système imp\u00e9rialiste mondial est tellement corrompu qu'il ne peut plus d\u00e9sormais se r\u00e9former, et qu'il est donc condamn\u00e9 \u00e0 pourrir sur pied, comme nous le voyons chaque jour un peu plus.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe g\u00e9n\u00e9ral vietnamien Giáp, dont nous avons comm\u00e9mor\u00e9 ce mois-ci le 110e anniversaire, avait d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l'\u00e9poque de la guerre contre les am\u00e9ricains : « Les Am\u00e9ricains nous font la guerre avec la science, mais nous, nous leur faisons la guerre scientifiquement ». Il voulait dire par l\u00e0 que les Am\u00e9ricains imp\u00e9rialistes n'avaient \u00e0 l'\u00e9poque qu'un rapport instrumental et ext\u00e9rieur \u00e0 la rationalit\u00e9 et \u00e0 la connaissance scientifique, alors que les communistes vietnamiens avaient int\u00e9gr\u00e9 de façon interne et profonde l'exigence de rationalit\u00e9 port\u00e9e par la science. On mesure \u00e0 une telle d\u00e9claration l'avanc\u00e9e du processus de putr\u00e9faction du capitalisme imp\u00e9rialiste actuel : le capitalisme n'est même plus capable de faire la guerre avec la science, fût-ce en l'utilisant de façon ext\u00e9rieure et instrumentale, mais il ne peut d\u00e9sormais la faire que malgr\u00e9 la science, et même souvent contre elle. Que cette victoire de l'irrationalisme au sein du camp imp\u00e9rialiste soit le pr\u00e9lude de sa fin, et la mesure de sa d\u00e9cr\u00e9pitude, car comme le disait Goethe,\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003E« m\u00e9prise la science et l'entendement, les dons les plus pr\u00e9cieux de l'humanit\u00e9, et alors tu te donnes au diable, et tu es perdu »\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EVictorSARKIS\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ER\u00e9f\u00e9rences\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E↑1 \u003Ca href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/international\/afghanistan-papers-ce-que-revelent-les-documents-obtenus-par-le-washington-post-20191209\"\u003Elefigaro.fr\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑2Hegel, citant Faust, Encyclop\u00e9die des sciences philosophiques\u003Cbr \/\u003E\n↑3Sur ce sujet, voir l'excellente s\u00e9rie d'articles : « le faucille et le Minaret » : \u003Ca href=\"https:\/\/www.editoweb.eu\/nicolas_maury\/La-faucille-et-le-Minaret-Il-etait-une-fois-les-communistes-du-Yemen-et-d-Afghanistan-entre-1967-et-1992-premiere-partie_a6633.html\"\u003Eeditoweb.eu\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑4Au sens par exemple où l'opposition ouvrière de 1921 pouvait être qualifi\u00e9e de « gauchiste ».\u003Cbr \/\u003E\n↑5Il est a noter que c'est lors de cette phase, pourtant la plus mod\u00e9r\u00e9e, qu'\u00e9clate en 1975 la première insurrection arm\u00e9e islamiste, contre « l'ath\u00e9e » Daud, dans laquelle un certain.... Massoud fait ses premières armes. On comprend donc le caractère totalement r\u00e9actionnaire du personnage dans le contexte afghan, et le ridicule auquel s'exposent ceux qui se r\u00e9clament encore de lui et de son h\u00e9ritage. Les v\u00e9ritables progressistes sauront où les placer : \u00e0 la droite de Mohammed Daud, le despote \u00e9clair\u00e9 !\u003Cbr \/\u003E\n↑6 \u003Ca href=\"https:\/\/www.editoweb.eu\/nicolas_maury\/La-faucille-et-le-Minaret-Il-etait-une-fois-les-communistes-du-Yemen-et-d-Afghanistan-entre-1967-et-1992-seconde-partie_a6658.html\"\u003Eeditoweb.eu\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑7 \u003Ca href=\"https:\/\/www.les-crises.fr\/oui-la-cia-est-entree-en-afghanistan-avant-les-russes-par-zbigniew-brzezinski\/ \"\u003Eles-crises.fr\u003C\/a\u003E ;: « Mais la r\u00e9alit\u00e9 gard\u00e9e secrète est tout autre : c'est en effet le 3 juillet 1979 que le pr\u00e9sident Carter a sign\u00e9 la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du r\u00e9gime prosovi\u00e9tique de Kaboul ».\u003Cbr \/\u003E\n↑8« Le Nouvel Observateur : Malgr\u00e9 ce risque vous \u00e9tiez partisan de cette « covert action » (op\u00e9ration clandestine). Mais peut-être même souhaitiez-vous cette entr\u00e9e en guerre des Sovi\u00e9tiques et cherchiez-vous \u00e0 la provoquer ? Zbigniew Brzezinski : Ce n'est pas tout \u00e0-fait cela. Nous n'avons pas pouss\u00e9 les Russes \u00e0 intervenir, mais nous avons sciemment augment\u00e9 la probabilit\u00e9 qu'ils le fassent. »\u003Cbr \/\u003E\n↑9Voir ici : \u003Ca href=\"https:\/\/legrosrougequitache.fr\/lislamo-gauchisme-un-concept-pertinent\"\u003Elegrosrougequitache.fr\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑10Le g\u00e9n\u00e9ral Shahnawaz Tanai \u00e9tant un des plus tristement c\u00e9lèbres \u00e0 ce titre. En d\u00e9cembre 1989, 127 officiers militaires membres du Khalq sont arrêt\u00e9s pour avoir pr\u00e9par\u00e9 un coup d'État contre Najirbullah. 37 d'entre eux parviennent \u00e0 s'\u00e9chapper, et se montrent plus tard \u00e0 une conf\u00e9rence de presse avec Gulbuddin Hekmatyar (le chef du Parti islamiste, pilot\u00e9 par les USA) au Peshawar, au Pakistan.\u003Cbr \/\u003E\n↑11Pour approfondir, une vid\u00e9o explicative, \u00e0 partir de 6'', sur ce sujet : \u003Ca href=\"http:\/\/youtube.com\/watch?v=HQq3lAqYaC0\" target=\"_blank\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-chain\"\u003E\u003C\/span\u003E 1\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑12 \u003Ca href=\"https:\/\/www.chroniquesdugrandjeu.com\/2021\/08\/l-histoire-a-de-ces-tours.html \"\u003Echroniquesdugrandjeu.com\u003C\/a\u003E;: « Ces « \u00e9tudiants en th\u00e9ologie » sont les enfants spirituels de l'alliance am\u00e9ricano-pakistano-saoudienne de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Durant la guerre contre les Sovi\u00e9tiques, des millions d'Afghans s'\u00e9taient en effet r\u00e9fugi\u00e9s dans les zones tribales pakistanaises. Les jeunes reçoivent dans les madrasas une \u00e9ducation rigoriste fortement influenc\u00e9e par l'\u00e9cole de pens\u00e9e Deobandi, orthodoxie islamique cr\u00e9\u00e9e au XIXe siècle en Inde du Nord, ainsi que par le wahhabisme export\u00e9 par l'Arabie Saoudite. Les Am\u00e9ricains y vont aussi de leur contribution sous la forme de millions de livres scolaires violents qui appellent au djihad contre les Russes. Ces aimables manuels sont imprim\u00e9s par l'ami Gouttierre de l'universit\u00e9 du Nebraska, sous la supervision de la CIA et de l'USAID, l'agence \u00e9tatsunienne pour, ne riez pas, « le d\u00e9veloppement ». Les enfants, devenus maintenant jeunes adultes, se lancent sur l'Afghanistan en 1994, avec l'objectif d\u00e9clar\u00e9 de le lib\u00e9rer des seigneurs de la guerre corrompus et d'y instaurer une soci\u00e9t\u00e9 islamique pure. »\u003Cbr \/\u003E\n↑13L'efficacit\u00e9 du système juridique taliban en Afghanistan est devenu presque un lieu commun, car il est \u00e0 la fois simplissime et très formaliste : un juge, un Coran et une kalachnikov suffisent, et on peut obtenir dans les zones rurales un jugement très rapidement. Le r\u00e9sultat, notamment en matière de litiges agricoles est \u00e0 la fois assez facile \u00e0 pr\u00e9voir pour celui qui a recours \u00e0 la justice, et g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9 et peu contest\u00e9 par le perdant, deux qualit\u00e9s dont la justice afghane des seigneurs de guerre ou du gouvernement pro-US ne pouvaient se targuer. D'autant qu'il est un fait connu, en raison du formalisme juridique des Talibans, que le paysan pauvre peut tout \u00e0 fait avoir raison lors d'un recours en justice, même face \u00e0 un plus riche. On comprend facilement \u00e0 partir de ces \u00e9l\u00e9ments, dans un pays agricole comme l'Afghanistan, et très montagneux, où les terres arables sont pr\u00e9cieuses, comment les Talibans ont pu se trouver une certaine base sociale - certes pas majoritaire, mais toujours plus forte que celle du gouvernement pro-US.\u003Cbr \/\u003E\n↑14Qu'on ne nous accuse pas en \u00e9crivant cela de « d\u00e9fendre les Talibans », de les « excuser », ou autres inepties. Étudier rationnellement n'est pas justifier, tout comme le biologiste ne formule pas d'apologie de la tarentule en l'\u00e9tudiant. On a pu d\u00e9finir ironiquement la biologie comme \u00e9tant « la science de trouver int\u00e9ressant des organismes que tout le monde trouve monstrueux ». Que la g\u00e9opolitique marxiste soit donc la même chose, la science attentive aux mouvements que tout le monde trouve monstrueux.\u003Cbr \/\u003E\n↑15Tous les observateurs s'accordent pour constater que c'est bien un fait nouveau, et av\u00e9r\u00e9 - même s'il ne faut bien entendu pas en exag\u00e9rer la port\u00e9e, ni s'illusionner sur la qualit\u00e9 et le contenu des enseignements.\u003Cbr \/\u003E\n↑16 \u003Ca href=\"https:\/\/www.chroniquesdugrandjeu.com\/2015\/12\/detalibandade.html\"\u003Echroniquesdugrandjeu.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑17 \u003Ca href=\"https:\/\/abcnews.go.com\/International\/wireStory\/russian-embassy-afghan-leader-fled-cars-full-cash-79481886\"\u003Eabcnews.go.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑18Lire ici : \u003Ca href=\"https:\/\/www.nytimes.com\/2015\/09\/21\/world\/asia\/us-soldiers-told-to-ignore-afghan-allies-abuse-of-boys.html\"\u003Enytimes.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑19On mesure d'ailleurs \u00e0 quel point se concentrer exclusivement sur les questions soci\u00e9tales conduits \u00e0 être le jouet de la propagande atlantiste : combien les États-Unis n'ont-ils pas mis en avant le triste sort des femmes afghanes sous les Talibans afin de toucher la corde f\u00e9ministe dans le public occidental, pour que finalement la hi\u00e9rarchie militaire adopte comme doctrine non-officiel le relativisme culturel le plus opportuniste pour justifier les comportements abjects (viols, « Bacha Bazi ») de leurs alli\u00e9s afghans ! Voltaire pour combattre les Talibans, et Foucault pour couvrir les seigneurs de guerre, voil\u00e0 un joli système !\u003Cbr \/\u003E\n↑20« D'abord, leur a-t-on dit, l'un des commandants [pro-US] de la milice a viol\u00e9 une fille de 14 ou 15 ans qu'il avait aperçue en train de travailler dans les champs. Le capitaine Quinn a inform\u00e9 le chef de la police provinciale, qui a rapidement impos\u00e9 une sanction. « Il a pass\u00e9 un jour en prison, puis elle a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e de l'\u00e9pouser », a d\u00e9clar\u00e9 M. Quinn. Lorsqu'il a demand\u00e9 \u00e0 un officier sup\u00e9rieur ce qu'il pouvait faire de plus, on lui a r\u00e9pondu qu'il avait bien fait d'en parler aux autorit\u00e9s locales mais qu'il n'y avait rien d'autre \u00e0 faire. « Nous sommes f\u00e9licit\u00e9s pour avoir fait ce qu'il fallait, et un gars s'en est tir\u00e9 en violant une fille de 14 ans », a d\u00e9clar\u00e9 M. Quinn. »\u003Cbr \/\u003E\n↑21« Un autre commandant [pro-US] a assassin\u00e9 sa fille de 12 ans dans un pr\u00e9tendu crime d'honneur pour avoir embrass\u00e9 un garçon. « Il n'y a eu aucune r\u00e9percussion », se souvient M. Quinn. »\u003Cbr \/\u003E\n↑22La date pr\u00e9vue pour le retrait total des troupes US \u00e9tait initialement le 11 septembre 2021, choisie symboliquement par Biden, mais la prise pr\u00e9coce du pouvoir par les Talibans ne peut qu'acc\u00e9l\u00e9rer ce calendrier. On se dirige vraisemblablement vers un retrait au plus tard le 31 août, les Talibans ayant totalement exclus que les am\u00e9ricains puisse prolonger les \u00e9vacuations au-del\u00e0 de ce d\u00e9lai. Cela devrait suffire \u00e0 montrer les rapports de force existants entre les deux parties. \u003Ca href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/international\/article\/2021\/08\/22\/afghanistan-joe-biden-espere-toujours-la-fin-des-evacuations-avant-le-31-aout_6092074_3210.html\"\u003Elemonde.fr\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑23Le fils Massoud et l'ancien vice-pr\u00e9sident ont d\u00e9clar\u00e9 vouloir organiser une r\u00e9sistance dans la vall\u00e9e du Panshir, mais la chose a visiblement tourn\u00e9 court très vite, preuve s'il en est qu'il n'existe aucune autre force \u00e9tatique que les Talibans assez forte pour prendre le pouvoir nationalement : \u003Ca href=\"https:\/\/www.telegraph.co.uk\/world-news\/2021\/08\/23\/son-legendary-afghan-commander-preparing-surrender-last-anti\"\u003Etelegraph.co.uk\u003C\/a\u003E. Un soutien artificiel depuis le Tadjikistan (proxy pour d'autres puissances r\u00e9gionales) pourrait cependant rebattre les cartes, mais pas changer le fond de l'affaire.\u003Cbr \/\u003E\n↑24Le r\u00e9gime communiste de Najirbullah a au moins tenu plusieurs ann\u00e9es après le retrait des forces sovi\u00e9tiques, face \u00e0 des islamistes arm\u00e9s par toutes les puissances imp\u00e9rialistes. Celui de Ashraf Ghani sera tomb\u00e9 un mois avant le d\u00e9part officiel des am\u00e9ricains, contre des Talibans bien moins \u00e9quip\u00e9s. C'est dire l'ampleur du d\u00e9sastre.\u003Cbr \/\u003E\n↑25Sur la propagande atlantiste sur le Xinjiang, voir : \u003Ca href=\"http:\/\/jrcf.over-blog.org\/2020\/08\/ouighours-critique-de-la-propagande-atlantiste.html\"\u003Ejrcf.over-blog.org\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑26On mesure d'ailleurs \u00e0 cette affaire la parfaite stupidit\u00e9 g\u00e9opolitique des États-Unis : en 2001, l'Iran \u00e9tait ravie de voir les am\u00e9ricains se d\u00e9barrasser des Talibans, et les Pasdarans (branche id\u00e9ologique de l'arm\u00e9e iranienne) ont même aid\u00e9 l'arm\u00e9e am\u00e9ricaine \u00e0 les \u00e9craser, en leur fournissant des donn\u00e9es tactiques que les milices Hazaras pouvaient se procurer sur place. Tout cela pour que 2 ans après, en 2003, G. W. Bush proclame la croisade contre « l'Axe du Mal », qui soutiendrait le « terrorisme » en y incluant... l'Iran. Les États-Unis ont très largement cr\u00e9e d'eux-mêmes leurs propres ennemis, par pur hybris imp\u00e9rialiste. Que l'on aille cependant pas croire que cette hybris aurait pu être \u00e9vit\u00e9e : elle n'est que le symptôme de la crise n\u00e9cessaire et mortelle \u00e0 terme de l'imp\u00e9rialisme, et r\u00e9v\u00e9latrice de son niveau de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence.\u003Cbr \/\u003E\n↑27 \u003Ca href=\"https:\/\/www.chroniquesdugrandjeu.com\/2021\/08\/tombeau-des-empires-4.0.html\"\u003Echroniquesdugrandjeu.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ca href=\"https:\/\/www.chroniquesdugrandjeu.com\/2017\/04\/la-nouvelle-guerre-perdue-de-l-oncle-sam.html\"\u003Echroniquesdugrandjeu.com\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E↑28C'est effectivement paradoxalement principalement « grâce » aux Talibans que Daesh n'a pas pu s'implanter massivement en Afghanistan entre 2015 et 2017. On retrouve ici le conflit classique entre les islamistes partisans d'un Djihad international et transfrontalier, et les islamistes qui poursuivent un agenda strictement national. Les r\u00e9cents attentats montreront d'ailleurs la nature exacte du conflit entre Daesh et les Talibans.\u003Cbr \/\u003E\n↑29C'est pourquoi la plupart des discours tenus sur l'Afghanistan en France sont frapp\u00e9s de nullit\u00e9 politique, oscillant entre un irr\u00e9alisme total, et un caractère r\u00e9actionnaire. Mentionnons tout sp\u00e9cialement l'in\u00e9narrable Fabien Roussel, qui en appelle piteusement \u00e0 la « communaut\u00e9 internationale » pour r\u00e9gler la situation et faire tomber les Talibans ! Il semble que c'est \u00e0 peu près la solution tent\u00e9e depuis 20 ans, avec les r\u00e9sultats que l'on sait. Avant de proposer une solution, il vaudrait mieux se demander (i) si cette solution est seulement possible, et (ii) si cette solution n'est pas tout simplement totalement r\u00e9actionnaire, au cas où elle pourrait être mise en œuvre.\u003Cbr \/\u003E\nCf. \u003Ca onclick=\"sj(this)\" data-j=\"popup_twit,call__3_1426853132869451776_tweet\" class=\"txtx\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-tw\" style=\"font-size:16px;\"\u003E\u003C\/span\u003E 1426853132869451776\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E↑30Il est d'ailleurs \u00e0 noter que le pays qui accueille le plus de r\u00e9fugi\u00e9s afghans, malgr\u00e9 ses difficult\u00e9s \u00e9conomiques actuelles graves, est bien... l'Iran. Ce fait devrait servir de leçon \u00e0 plus d'un en Occident. cf. \u003Ca href=\"https:\/\/www.lorientlejour.com\/article\/1272516\/liran-souhaite-un-gouvernement-representatif.html\"\u003Elorientlejour.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n↑31Certaines informations semblent d\u00e9j\u00e0 faire part du jeu trouble du Tadjikistan, et peut-être derrière de l'Inde, dans une hypoth\u00e9tique livraison d'armes \u00e0 des rebelles en r\u00e9sistance : \u003Ca href=\"https:\/\/www.chroniquesdugrandjeu.com\/2021\/08\/roulette-russe.html\"\u003Echroniquesdugrandjeu.com\u003C\/a\u003E. La chose sera \u00e0 surveiller dans son \u00e9volution, les rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques r\u00e9gionales pouvant bien sûr toujours rallumer la mèche de la guerre civile. On comprend l\u00e0 comment soutenir sans r\u00e9fl\u00e9chir les uns et les autres dans la r\u00e9gion peut rapidement se r\u00e9v\u00e9ler hasardeux, voire criminel.\u003Cbr \/\u003E\n↑32 \u003Ca href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/monde\/usa\/joe-biden\/afghanistan-joebidenassume-sa-decision-de-partir_4740077.html\"\u003Efrancetvinfo.fr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E»» \u003Ca href=\"https:\/\/legrosrougequitache.fr\/afghanistan-les-guerres-eclatent-quand-elles-sont-necessaires-et-se-terminent-de-la-meme-facon\"\u003Elegrosrougequitache.fr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/afghanistan-les-guerres-eclatent-quand-elles-sont-necessaires-et-se-terminent-de-la-meme-facon.html\"\u003Elegrandsoir.info\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}