{"198689":{"id":"198689","parent":"197850","time":"1638369365","url":"https:\/\/basta.media\/Obligation-vaccinale-Guadeloupe-Martinique-defiance-chlordecone-neocolonialisme-mouvement-social","category":"R\u00e9seau social","title":"En Guadeloupe : de l'obligation vaccinale \u00e0 la crise sociale, la piq\u00fbre est devenue politique","image":"http:\/\/www.newsnet.fr\/img\/newsnet_198689_d756fd.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"en-guadeloupe-de-l-obligation-vaccinale-a-la-crise-sociale-la-piqure-est-devenue-politique","admin":"newsnet","views":"120","priority":"3","length":"7917","lang":"","content":"\u003Cp\u003EAux Antilles, l'obligation vaccinale a \u00e9t\u00e9 la \u00ab\u00a0goutte d'eau\u00a0\u00bb qui a mis ces territoires d'Outre-mer en \u00e9bullition. Derri\u00e8re la m\u00e9fiance envers le vaccin anti-Covid pointe la d\u00e9fiance envers l'\u00c9tat fran\u00e7ais.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/www.newsnet.fr\/img\/newsnet_198689_d756fd.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAvant qu'elle ne devienne sociale, la crise aux Antilles est d'abord sanitaire, d\u00e9clench\u00e9e par l'opposition d'une partie de la population de Guadeloupe et de Martinique \u00e0 l'obligation vaccinale pour les soignants. Dans les deux territoires, les chiffres de la couverture vaccinale contre le Covid restent faibles. Fin novembre, 39,4 % des Martiniquais et moins de 47 % des Guadeloup\u00e9ens ont un sch\u00e9ma vaccinal complet. L'instauration du passe sanitaire, \u00e0 la fin octobre dans les Antilles, n'a pas provoqu\u00e9 le m\u00eame sursaut que dans l'Hexagone.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab\u00a0On nous ment sur l'efficacit\u00e9 de ce vaccin\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, dit Sandhya F\u00e9ras, infirmi\u00e8re au CHU de Pointe-\u00e0-Pitre. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0Notre meilleur argument c'est le Premier ministre Jean Castex qui nous l'a donn\u00e9\u00a0: il doit avoir re\u00e7u deux, trois, soixante-dix doses et il est quand m\u00eame positif au virus\u00a0!\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E rench\u00e9rit Aubert Archim\u00e8de, kin\u00e9sith\u00e9rapeute guadeloup\u00e9en, suspendu pour ne pas s'\u00eatre fait vaccin\u00e9. Une partie des Antillais juge que la balance b\u00e9n\u00e9fice-risque du vaccin penche du mauvais c\u00f4t\u00e9. La faute \u00e0 des informations jug\u00e9es \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0peu claires\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E voire contradictoires par 54 % des Guadeloup\u00e9ens, selon l'institut de sondages Qualistat, bas\u00e9 aux Antilles, qui a r\u00e9alis\u00e9 une \u003Ca href=\"https:\/\/www.qualistat.fr\/index.php\/qualistat-vous\/etudes\/97-societe\/362-synthese-etude-vaccination-cd971-nov-2021\"\u003Eenqu\u00eate d'opinion\u003C\/a\u003E sur les Guadeloup\u00e9ens et le vaccin Covid-19. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0On entend qu'un tel est mort du vaccin, qu'un tel a d\u00e9velopp\u00e9 de dramatiques effets secondaires\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, rapporte Andr\u00e9e, habitante de Basse-Terre travaillant dans l'\u00e9ducation. Les rumeurs, transmises par le bouche-\u00e0-oreille, par messages Whatsapp ou Facebook, ont vite fait de se r\u00e9pandre.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn filigrane, se pose aussi la crainte d'un vaccin non adapt\u00e9 aux populations noires, expose l'enqu\u00eate d'opinion de Qualistat. Au cours des groupes de parole organis\u00e9s pour l'\u00e9tude, des Guadeloup\u00e9ens s'\u00e9tonnaient aussi qu'aucun vaccin n'ait encore \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s contre le zika ou le chikungunya, deux virus r\u00e9pandus dans l'\u00eele. Beaucoup pr\u00e9f\u00e8rent se tourner vers les pratiques de soin traditionnelles. La pharmacop\u00e9e locale regagne en popularit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab\u00a0L'agence r\u00e9gionale de sant\u00e9 a jou\u00e9 les gros bras\u00a0\u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EParall\u00e8lement, la dangerosit\u00e9 du virus ne cesse d'\u00eatre questionn\u00e9e. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0M\u00eame durant la quatri\u00e8me vague qui a \u00e9t\u00e9 meurtri\u00e8re, on continuait \u00e0 nous accuser de mensonge, \u00e0 dire qu'il n'y avait personne en r\u00e9animation\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, t\u00e9moigne Benjamin Garel, ancien directeur du CHU de Fort-de-France. Des voix fortes, dont de leaders syndicaux, accusent les autorit\u00e9s de manipuler les chiffres afin de restreindre les libert\u00e9s des Antillais, via des couvre-feux et des confinements successifs. Rappelant qu'\u00e0 l'or\u00e9e de la pand\u00e9mie, quand la premi\u00e8re vague \u00e9pid\u00e9mique submergeait l'Hexagone, l'\u00c9tat ne s'\u00e9tait pas g\u00ean\u00e9 pour confiner la Martinique et la Guadeloupe alors m\u00eame que le virus y circulait peu.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa communication officielle est particuli\u00e8rement \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0mal per\u00e7ue\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E aux Antilles, souligne Ericka Merion, directrice associ\u00e9e de l'Institut Qualistat. Les paroles de l'agence r\u00e9gionale de sant\u00e9 (ARS) et de la pr\u00e9fecture convainquent peu\u00a0: \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0Les fonctionnaires \u00e0 leur t\u00eate, blancs majoritairement, ne restent que pour des mandats de quelques ann\u00e9es\u003C\/i\u003E, d\u00e9taille Ericka Merion. \u003Ci\u003ELes Guadeloup\u00e9ens ne les trouvent pas forc\u00e9ment l\u00e9gitimes pour leur dire ce qui est bon pour eux.\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDes erreurs dans la strat\u00e9gie de l'ARS sont point\u00e9es du doigt. Afin d'acc\u00e9l\u00e9rer la vaccination, mais aussi pour des raisons logistiques de conservation des doses, l'agence a mis\u00e9 sur les vaccinodromes plut\u00f4t que de s'appuyer sur les m\u00e9decins de ville, faisant fi des relations de confiance construites au fil du temps. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0L'ARS n'a pas fait de strat\u00e9gie diff\u00e9renci\u00e9e, elle ne s'est pas appuy\u00e9e sur les associations de quartiers ou les m\u00e9diateurs. Elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 jouer les gros bras\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, a critiqu\u00e9 Patrick Karam, vice-pr\u00e9sident du Conseil repr\u00e9sentatif des Fran\u00e7ais d'Outre-mer, sur la cha\u00eene Canal 10. La forme m\u00eame du vaccinodrome et sa vaccination en public n'a pas aid\u00e9 \u00e0 convaincre les ind\u00e9cis.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab\u00a0Une bonne partie l'a fait la mort dans l'\u00e2me\u00a0\u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab\u00a0Certains pr\u00e9f\u00e9reraient se faire vacciner sans que \u00e7a se sache. Il y a l'id\u00e9e qu'accepter le vaccin, c'est trahir une cause\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, rapporte Ericka Merion. La \u00ab\u00a0piq\u00fbre\u00a0\u00bb est devenue politique dans des territoires dont l'identit\u00e9 se construit parfois dans l'opposition vis-\u00e0-vis de l'\u00c9tat. Cet \u00c9tat qui a \u00ab\u00a0trahi\u00a0\u00bb les Antillais, les a \u00ab\u00a0abandonn\u00e9s\u00a0\u00bb - pour citer les gr\u00e9vistes. Guadeloupe et Martinique font face depuis des ann\u00e9es \u00e0 de graves scandales sanitaires, dont le manque d'eau courante (voir notre \u003Ca href=\"https:\/\/basta.media\/Panorama-d-une-Guadeloupe-a-l-abandon-et-en-proie-a-la-corruption-ou-les-services-de-base-ne-sont-meme-plus-assures\"\u003Earticle\u003C\/a\u003E) ou la pollution au chlord\u00e9cone, un insecticide hautement toxique mais r\u00e9pandu massivement dans les bananeraies entre 1972 et 1993, gr\u00e2ce \u00e0 des d\u00e9rogations minist\u00e9rielles [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E]. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0L'empoisonnement au chlord\u00e9cone, l'\u00c9tat s'en fiche. Alors pourquoi, soudainement concern\u00e9 par notre sant\u00e9, s'acharne-t-il \u00e0 rendre ce vaccin obligatoire\u00a0?\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E questionne Sandhya Far\u00e8s, qui conclut que \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0c'est suspect\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est le caract\u00e8re obligatoire de la vaccination qui a surtout suscit\u00e9 l'opposition, en particulier parmi les soignants. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0Sans \u00e7a, les gens se seraient davantage fait vacciner\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, pense Andr\u00e9e, de Basse-Terre. La confusion est d'ailleurs souvent faite entre opposition \u00e0 l'obligation vaccinale, que revendiquent les syndicats, et opposition au vaccin. Pr\u00e8s de 90 % des soignants hospitaliers et lib\u00e9raux de Guadeloupe sont d\u00e9sormais vaccin\u00e9s. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0Une bonne partie l'a fait contrainte, la mort dans l'\u00e2me\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, estime Aubert Archim\u00e8de. Jocelyn Zou, sapeur-pompier guadeloup\u00e9en du syndicat Force ouvri\u00e8re, \u00e9galement concern\u00e9 par l'obligation vaccinale, affirme qu'un \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0certain nombre a des faux certificats\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComme dans l'Hexagone, c'est le personnel param\u00e9dical (infirmi\u00e8res et infirmiers, aide-soignantes...) qui affiche le plus de r\u00e9sistance. Une poign\u00e9e de m\u00e9decins locaux sont \u00e9galement suspendus. Parmi eux, Marie-Aline Faraux, radiologue depuis plus de vingt ans. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0En tant que Guadeloup\u00e9enne, du fait de l'histoire de mon peuple, j'ai une d\u00e9fiance accrue vis-\u00e0-vis de tout ce qui est forc\u00e9\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, explique-t-elle. L'obligation vaccinale fait ainsi \u00e9cho \u00e0 un n\u00e9ocolonialisme latent.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn Guadeloupe, les ouvriers de la banane malades d'un pesticide d\u00e9vastateur et oubli\u00e9s de l'\u00c9tat fran\u00e7ais\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab\u00a0L'abolition de l'esclavage n'a pas mis fin \u00e0 l'\u00e9cologie coloniale\u00a0\u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 26 novembre, le gouvernement a propos\u00e9 un sursis \u00e0 l'obligation vaccinale, jusqu'au 31 d\u00e9cembre, aux personnels de Guadeloupe et de Martinique. Les individus suspendus seront r\u00e9int\u00e9gr\u00e9s s'ils s'engagent par \u00e9crit \u00e0 un \u00ab\u00a0\u00e9change individuel\u00a0\u00bb. Marie-Aline Faraux, elle, ne c\u00e9dera rien tant que la loi ne sera pas lev\u00e9e. \u003Ci\u003E\u00ab\u00a0C'est une lutte qui, au fond de moi, entre en r\u00e9sonance avec ce qu'ont subi mes anc\u00eatres. Eux n'avaient pas le choix. Moi je dis non, quitte \u00e0 faire des sacrifices\u00a0\u00bb\u003C\/i\u003E, assure la radiologue.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMarion Lecas\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPhoto\u00a0: Le collectif Lyannaj Sant\u00e9, regroupant des soignants lib\u00e9raux oppos\u00e9s au vaccin, dont la plupart sont suspendus de leurs fonctions, le 24 novembre 2021 \u00e0 Pointe-\u00e0-Pitre. \u00a9 Marion Lecas.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ENotes\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation a annonc\u00e9 fin novembre qu'un d\u00e9cret reconnaissant le cancer de la prostate comme maladie professionnelle \u00e0 la suite de l'usage de ce pesticide sera pris avant la fin de l'ann\u00e9e.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/basta.media\/Obligation-vaccinale-Guadeloupe-Martinique-defiance-chlordecone-neocolonialisme-mouvement-social\"\u003Ebasta.media\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}