02/01/2026 reseauinternational.net  4min #300582

2026 : «Ça ne peut pas être pire, hein ?» Chronique optimiste d'un monde qui a déjà tout essayé

par Mounir Kilani

Chaque fin d'année politique commence désormais par la même phrase, lancée avec un rire nerveux :
«Bon... ça ne peut pas être pire que 2025, hein ?»
Un rituel. Comme applaudir à l'atterrissage alors que l'avion a perdu deux moteurs, ou souhaiter «bonne santé» à un système sous perfusion.

•  2025 fut l'année où l'exception est devenue la règle, et la règle une option. Une urgence permanente, mais jamais la même. On gouvernait au conditionnel, on communiquait à l'indicatif, on pensait à l'impératif - surtout pour restreindre. Tout était historique : sommets, crises, reculs, à tel point que l'Histoire elle-même a fini par demander un arrêt maladie.

On a gouverné par le slogan, et 2026 promet d'en faire une méthode. Les décisions ne sont plus justifiées, elles sont simplement présentées. Peu importe qu'elles fonctionnent, pourvu qu'elles tiennent en une phrase précédée de «il faut» ou de «nous n'avons pas le choix». La politique n'est plus l'art du possible, mais celui du narratif résilient : on ne résout plus, on recontextualise ; on ne recule pas, on «s'adapte» ; on n'échoue pas, on «ouvre un chantier». L'État ne promet plus des résultats, mais des processus - et comme les processus n'ont pas de fin, la déception devient durable.

•  Voici donc 2026, accueillie comme un enfant imprévu à qui l'on dit quand même : «Bienvenue, mais évite de toucher aux institutions, elles sont fragiles».
Les dirigeants affichent un optimisme de catalogue : «Tout est instable, mais regardez, on a une nouvelle stratégie». La même que l'an dernier, rebaptisée. Les experts affirment avoir «tiré les leçons de 2025». On ignore lesquelles, mais elles ont été tirées très fort, puisqu'on ne les voit plus.

L'opposition reste indispensable - surtout pour expliquer qu'elle aurait fait pareil, autrement. Elle dénonce, tout en rassurant les marchés, les partenaires, les alliés, les alliés des alliés et l'algorithme. Elle promet l'alternance sans rupture, le changement sans secousse, la réforme sans conflit : une politique sans conséquences, devenue preuve de sérieux. Le citoyen, lui, hésite entre l'abstention et l'ironie passive.

•  Ce citoyen 2026 est multitâche : il survit à l'inflation tout en s'adaptant au discours officiel, s'indigne tout en comparant les abonnements, doute tout en payant ses impôts. Il n'y croit plus, mais il espère quand même, par superstition. Son avis est «pris en compte» quelque part, dans un serveur probablement hors service.

On parle beaucoup du futur : intelligence artificielle, transition, modernisation. C'est pratique : le futur ne vote pas et ne demande pas de comptes. Chaque difficulté du présent est renvoyée à une solution future, innovante, inclusive et durable - combinaison qui garantit qu'aucune solution concrète n'arrivera trop vite. Le futur devient une zone de stockage politique.

•  Les médias ont trouvé le ton juste : grave mais rassurant, inquiet mais responsable, catastrophiste mais sponsorisé. Chaque journal commence par une mauvaise nouvelle, suivie d'une pire, d'un expert expliquant pourquoi c'est compliqué, et se termine par un chien héroïque ou une innovation qui «pourrait changer le monde»... d'ici 2048.

À l'international, 2026 prolonge la tradition : communiqués nombreux, surprises rares, inquiétude feutrée. On «condamne fermement», on «appelle à la retenue», on «réaffirme les principes», tout en expliquant que le contexte est complexe. La paix reste un objectif - mais pas urgent. La guerre est regrettable - mais souvent explicable.

•  La phrase «ça ne peut pas être pire» est le nouveau «il était une fois». Un conte de fées pour adultes fatigués, une incantation pour faire tenir debout une année de plus. En 2026, l'optimisme n'est plus une conviction, c'est une tactique de survie cognitive. On ne croit plus au grand soir, mais on se force à croire au petit matin.

L'inquiétude n'est plus dans la catastrophe, mais dans l'acceptation tranquille du déclin. Le vrai drame n'est pas le bruit de l'effondrement, mais le murmure de la résignation. Alors, peut-être que le seul acte véritablement optimiste qui reste est de refuser la fatalité du scénario, de chuchoter «hors texte», de briser le quatrième mur de la routine politique.

L'espoir, en 2026, n'est pas dans l'attente d'un sauveur, mais dans le refus collectif et têtu de jouer indéfiniment notre propre rôle dans une tragédie devenue sitcom.

Alors répétons-le, mais cette fois comme un pari, aussi minuscule et têtu qu'un brin d'herbe dans le béton :

«2026... Et si on exigeait que ce soit un peu mieux ?»

(Rideau. Un silence lourd succède aux applaudissements polis. Le budget est en déficit, mais la salle, lentement, se lève et sort - pour discuter, dans le froid, de la pièce qu'elle vient de voir.)

 Mounir Kilani

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