29/10/2022 ismfrance.org  4min #218079

L'Onu fait perdre leurs vies et leur temps aux Palestiniens

Ramona Wadi, 25 octobre 2022. L'expansion coloniale d'Israël s'est emparée de la quasi-totalité de la Palestine, et pourtant l'ONU perd encore son temps à dire à tout le monde ce qui devrait être, et qui est véritablemen, d'une évidence aveuglante. L'occupation de la Palestine par Israël est illégale, selon un récent rapport de la Commission d'enquête indépendante des Nations unies, créée en mai 2021 et mandatée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. « La Commission estime qu'il existe des motifs raisonnables de conclure que l'occupation israélienne du territoire palestinien est désormais illégale au regard du droit international en raison de sa permanence et des actions entreprises par Israël pour annexer de facto et de jure des parties du territoire », conclut le rapport.

Des Palestiniens en deuil participent à la procession funéraire de Mohammad Nouri, l'adolescent assassiné par les troupes israéliennes d'occupation le 20 octobre 2022.

Le document sera présenté jeudi à l'Assemblée générale des Nations unies. Il relève « deux indicateurs qui peuvent être utilisés pour déterminer l'illégalité de l'occupation » : sa permanence et les activités d'annexion.

La position du rapport sur le discours sécuritaire d'Israël est d'une importance capitale. « Bien qu'Israël ait certaines préoccupations légitimes en matière de sécurité, la Commission constate qu'un nombre important de politiques et d'actions mises en œuvre par Israël en Cisjordanie ne sont pas destinées à répondre à ces préoccupations, mais plutôt que la sécurité est souvent utilisée pour justifier l'expansion territoriale d'Israël. »

Si le rapport n'établit rien de nouveau - les Palestiniens vivent ces violations bien documentées depuis des décennies - l'ONU devrait vraiment tenir compte du rapport et cesser de mettre en danger la vie des Palestiniens pour protéger la violence et l'expansion coloniales d'Israël en soutenant le discours sécuritaire de l'État d'apartheid. L'ONU prend soin de légitimer ce faux récit principalement dans le contexte de Gaza, lorsque l'entreprise coloniale décide que le moment est opportun pour transformer l'enclave en site d'essai d'armes.

Toutefois, comme l'indique le rapport, Israël a étendu son discours sécuritaire à tous les détails de la vie des Palestiniens, réduisant ainsi la liberté de mouvement et rendant la population colonisée perpétuellement en danger. Le rapport indique clairement que les violations commises par Israël, y compris son occupation militaire et son annexion, ne peuvent rester sans réponse, mais que fera l'ONU et comment s'accommodera-t-elle des contradictions qui ont été si clairement signalées ?

On ne peut éluder le fait que l'inaction de la communauté internationale a facilité la rapidité des violations commises par Israël ainsi que la permanence de son occupation coloniale et militaire. En effet, le fait que ce rapport ait été nécessaire pour établir l'illégalité de l'occupation de la Palestine par Israël est une preuve supplémentaire du soutien indéfectible de l'ONU à l'existence d'Israël. À vrai dire, ce rapport n'aurait pas été nécessaire si l'ONU n'avait pas été à l'origine du processus colonial par le biais du plan de partage de 1947, et n'avait pas ensuite défendu l'établissement colonial d'Israël, un domaine dans lequel l'organisation internationale est bien rodée.

Le Premier ministre israélien Yair Lapid a, comme on pouvait s'y attendre,  qualifié le rapport de l'ONU de « partial, faux, incitatif et manifestement déséquilibré ». Mais nous savions que c'est ce qu'il dirait, n'est-ce pas ?

Le rapport est clair sur la nécessité de s'attaquer aux illégalités et aux violations du droit international par Israël. L'ONU se tient au milieu, hypocritement, et il faut lui reprocher de faire perdre du temps à des commissaires indépendants dont les recommandations risquent d'être écartées ou simplement classées afin de protéger Israël. Plus important encore, l'ONU doit clarifier son rôle de soutien à la violence coloniale d'Israël, afin que le peuple palestinien puisse défendre sa propre cause pour sa libération et ne pas rester lié à des normes internationales qui, avant tout, normalisent Israël et ses actions racistes et coloniales.

Article original en anglais sur  Middle East Monitor / Traduction MR

* Ramona Wadi est rédactrice au  Middle East Monitor. Écrivain, chercheuse et journaliste indépendante, elle est également critique. Ses écrits couvrent une série de thèmes en relation avec la Palestine, le Chili et l'Amérique latine. Elle contribue régulièrement au  PalestineChronicle.com. Consultez son  site internet.

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