
Par Nate Bear, le 7 janvier 2026
Les rumeurs faisant état de la fin de l'unipolarité ont été grandement exagérées.
L'unipolarité, c'est-à-dire un monde dominé et régi exclusivement par les États-Unis, est en train de disparaître.
Les États-Unis sont menacés par la multipolarité.
L'attaque contre le Venezuela confirme ces constats.
Un Venezuela vassalisé
Plus tôt dans la journée, les "conditions" permettant au Venezuela d'éviter une nouvelle attaque américaine ont été énoncées par l'État gangster américain.
Elles comprennent l'expulsion des entreprises et des responsables chinois, russes, iraniens et cubains du pays, ainsi que la rupture des liens économiques et stratégiques avec ces pays. Les États-Unis exigent également que le Venezuela ne produise du pétrole qu'avec Washington et leur cède le contrôle de toute la logistique, y compris des pétroliers et des expéditions, afin de bloquer les livraisons de pétrole aux pays rivaux.
Ceci révèle tout d'abord que la justification de l'attaque n'est que pure propagande impérialiste.
Les exigences des États-Unis envers le Venezuela n'ont aucun rapport avec le trafic de drogue.
Maduro n'a jamais été un trafiquant de drogue.
Hier, le ministère américain de la Justice a révisé l'acte d'accusation visant Maduro. L'acte d'accusation initial mentionnait plus de 30 fois le cartel de Los Soles, que Maduro aurait prétendument dirigé. Dans l'acte d'accusation révisé, le cartel n'est plus mentionné que deux fois.
Aucune des exigences ne concerne la drogue.
Elles concernent toutes le pétrole et la géopolitique.
Et ces exigences révèlent des informations cruciales pour l'avenir.
Les États-Unis testent un nouveau modèle d'impérialisme : au lieu d'envahir un pays et d'y installer un gouvernement fantoche, ils kidnappent le dirigeant et exigent une allégeance absolue du gouvernement encore en place. Ils exigent qu'il renonce à ses convictions, ses idéaux, ses politiques, ses électeurs et ses partisans, et qu'il change d'allégeance stratégique pour se rallier à l'ennemi. Sinon...
Les États-Unis ont passé des années à qualifier Maduro d'"antidémocratique" pour finalement exiger du Venezuela un régime ouvertement antidémocratique.
Cette stratégie fonctionnera-t-elle ?
La Chine achète les trois quarts du pétrole vénézuélien, mais ce volume ne représente qu'une faible part de ses importations. L'Iran et la Russie achètent le reste. Les États-Unis estiment qu'aucun de ces pays ne réagira réellement. L'empire estime que la multipolarité réelle, celle qui signifie qu'aucun pays ne peut agir en toute impunité sans respecter la loi, n'est pas encore d'actualité.
Et si je devais parier, je dirais qu'il a raison.
Quelle est l'alternative ? Le gouvernement, désormais aux mains de Delcy Rodriguez, refuse de se plier aux exigences américaines. Les États-Unis vont-ils envahir le pays et procéder à un changement de régime classique, infligeant encore plus de violence et de morts ?
Je ne suis pas convaincu.
L'autre alternative serait que la Chine (et/ou la Russie) entre en guerre pour le Venezuela.
Ça n'arrivera pas.
La puissance brute l'emporte. L'agression impériale s'impose à nouveau.
Du moins à court et moyen terme.
Paradoxalement, l'attaque montre que la multipolarité existe. Dans une certaine mesure.
Une multipolarité imparfaite.
Mais une forme de multipolarité tout de même.
Les sanctions américaines contre le Venezuela ont échoué. Le blocus imposé par Trump n'a pas fonctionné non plus. Le déploiement militaire et l'assassinat de pêcheurs n'ont pas fonctionné. Le pays ne s'est pas effondré. Le peuple ne s'est pas soulevé non plus contre le gouvernement. Au contraire, le gouvernement de Maduro a distribué des armes aux peuples pour qu'ils défendent le gouvernement contre une éventuelle invasion américaine. Ce n'est pas le genre de décision que l'on prend si l'on craint que le peuple ne se retourne contre son gouvernement.
Le Venezuela ne s'est pas effondré, car la Chine dispose désormais de la puissance économique nécessaire pour soutenir un allié face à la puissance hégémonique américaine.
S'il existe toujours une hégémonie mondiale, un pôle alternatif émerge tout de même.
Mais le monde est encore suffisamment unipolaire pour que les États-Unis estiment pouvoir attaquer le Venezuela sans conséquence.
Mais il est juste assez multipolaire pour avoir nécessité cette attaque.
En demandant au Venezuela de rompre tous ses liens avec la Chine, les États-Unis concèdent la menace que représente, à leurs yeux, la multipolarité. C'est reconnaître l'existence de ce pôle alternatif.
La Chine ne se lancera peut-être pas dans une guerre pour le Venezuela, dont elle achète une infime partie de son pétrole quotidien.
Par contre, elle pourrait entrer en guerre pour le pays qui lui fournit 15 % de ses importations quotidiennes de pétrole.
Ce pays n'est autre que l'Iran.
Les États-Unis ont opté pour un mode de contrôle impérial dont ils sont extrêmement satisfaits.
S'ils ne sont confrontés à aucune opposition sur le Venezuela et n'en supportent aucune conséquence, ce qui sera probablement le cas, ils tenteront de réitérer ce modèle.
Trump l'a clairement dit.
Mais faire de l'Iran un État vassal des États-Unis est une tout autre affaire. Couper l'Iran de ses exportations de pétrole vers la Chine marquerait une escalade d'un tout autre calibre.
Mais avec Trump sous l'emprise de Miriam Adelson et du lobby sioniste, et Netanyahu qui lutte pour sa survie politique et cherche désespérément à affronter le "grand méchant" de l'histoire, qui serait prêt à parier ?
Nous sommes sur le point de découvrir à quel point le nouveau monde est multipolaire.
Tous ceux qui ont prédit la fin de l'empire américain ont également soutenu que les États-Unis ne se retireront jamais sans faire de bruit.
Nous traversons désormais une phase où la puissance américaine ne se retirera pas en silence.
C'est le moyen de réaffirmer l'unipolarité face à la Chine. Une provocation du tyran de la cour de récré : cap, pas cap ?
C'est la réponse à cette provocation qui conditionnera en partie notre avenir.
Le pétrole
Il s'agit bien sûr aussi d'une question de pétrole.
De pic pétrolier et de pétrole sale.
Le bassin permien, épicentre de l'industrie pétrolière américaine, est en train de péricliter. La production devrait atteindre son pic vers 2027, alors que la demande mondiale de pétrole ne cesse d'augmenter. Les planificateurs américains élaborent des stratégies. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. Ce n'est pas un hasard si, au moment où la production pétrolière américaine atteint ses limites, l'empire a décidé de s'emparer d'une source alternative.
Après tout, c'est l'énergie qui sous-tend la puissance hégémonique.
Après le pic, les États-Unis continueront à pomper du pétrole. Mais il s'agira d'un pétrole de moindre qualité, plus coûteux à extraire, issu de la fracturation hydraulique. Un pétrole qui, en raison du méthane émis lors de l'explosion des roches pour l'obtenir, est nettement plus nocif pour le climat.
Ce qui nous amène à l'impact de l'extraction et de la combustion de tout ce pétrole sur l'atmosphère mondiale, ainsi que sur l'impact de la chaleur dégagée par une atmosphère ainsi configurée sur la géopolitique mondiale.
Le Groenland connaît actuellement une vague de chaleur historique.
Cette hausse des températures provoque la fonte des glaces et met à nu des sols autrefois recouverts de glace, qui contiennent des minéraux rares tels que la bastnasite et la monazite, nécessaires à la fabrication de batteries, de panneaux solaires et d'éoliennes. Le pays possède également d'importantes réserves de pétrole et de gaz, dont l' exploration est interdite en vertu d'un moratoire.
Les menaces américaines qui pèsent sur le Groenland en ce moment précis ne sont pas une coïncidence.
Les États-Unis veulent s'emparer de l'énergie du Groenland. Parce que cette énergie est plus accessible que jamais. Parce que l'énergie fait l'hégémonie. Et l'hégémonie fait l'avenir.
Les signes sont là.
En d'autres termes, la géopolitique se déroule exactement comme l'ont prédit les pessimistes.
L'essor de la Chine. La multipolarité. Le défi et la réponse de l'empire. Le pic pétrolier. Le réchauffement climatique. Multiplicateur d'effets sur multiplicateur d'effets.
Pour un empire doté d'une bureaucratie militaro-industrielle massive, qui cherche une nouvelle mission après l'échec de la "guerre contre le terrorisme", le moment semble idéal.
Et la guerre mondiale conventionnelle devient une éventualité de plus en plus plausible.
Et je ne parle pas ainsi pour faire sensation. Je ne suis pas pessimiste par souci de popularité.
Comme je l'ai écrit l'autre jour, je n'ai jamais eu l'intention de déprimer ou d'inquiéter les gens.
Mais les tendances sont là, et il serait particulièrement malhonnête de les ignorer.
L'Empire déploie sa puissance avec un enthousiasme et une jubilation que nous n'avions pas observés depuis longtemps.
Si cette puissance se heurte un jour à un obstacle infranchissable, l'échec ne sera que plus cuisant.
Et cela changera nos vies à jamais.
Traduit par Spirit of Free Speech