29/11/2025 elcorreo.eu.org  7min #297532

 Venezuela : Le véritable objectif du Commandement Sud sur les côtes vénézuéliennes

Le Retour Des Canonnières

par  Jorge Elbaum*

Le major général du Corps des Marines Smedley Butler était l'un des trois militaires les plus décorés de l'histoire des États-Unis. Il a reçu deux médailles d'honneur, la plus haute distinction accordée à un militaire pour son héroïsme au combat. Après sa retraite, en 1931, il a publié un texte intitulé « La guerre est un racket ». Et quatre ans plus tard, en novembre 1935, un article dans le New York Times intitulé «  J'ai peut-être donné quelques pistes à Al Capone ». Dans cette chronique, Butler déclarait « avoir servi pendant 30 ans et quatre mois dans les Marines. J'ai le sentiment d'avoir agi pendant tout ce temps comme un bandit hautement qualifié, au service des grandes entreprises de Wall Street et de leurs banquiers (...) En un mot, j'ai été un gangster au service du capitalisme (...) J'ai été récompensé par des honneurs, des médailles et des promotions. Mais quand je regarde en arrière, je pense que j'aurais pu donner quelques conseils à Al Capone. En tant que gangster, il opérait dans trois quartiers d'une ville. En tant que Marine, j'opérais sur trois continents ».

La géopolitique s'est imposée comme une discipline en faisant appel à des références historiques. Ses analystes sont en dialogue permanent avec les événements du passé : ils les imitent, les rejettent ou les adaptent. Mais ils tiennent toujours compte du contexte historique pour adapter ses enseignements au présent. Actuellement, les États-Unis actualisent ces références. Tout en s'impatientant pour redéfinir la configuration de l'Amérique latine et des Caraïbes, ils refusent d'accepter que des changements structurels profonds se soient produits dans la région, conséquence de son affaiblissement économique relatif. Depuis le début du XIXe siècle, la doctrine Monroe a d'abord fait appel à la « diplomatie de la canonnière », puis à la Doctrine du Grand Bâton [Voir aussi la Doctrina Drago]. Ces deux dispositifs ont ensuite été combinés pour donner naissance à la Doctrine de la sécurité nationale et à la disparition de personnes comme pratique du terrorisme d'État.

Depuis deux siècles, leur objectif stratégique est de contrôler les gouvernements de la région afin d'accéder, sans réglementation préalable, à leurs ressources naturelles. À cela s'ajoute désormais la nécessité d'empêcher toute coopération symétrique avec les membres du BRICS+. Pour atteindre ces deux objectif, les Etats Unis doivent empêcher toute tentative de souveraineté, qu'elle soit politique, commerciale ou productive. L'offensive militaire contre le Venezuela, le naufrage de bateaux dans le Pacifique colombien, l'ingérence dans les élections argentines, les opérations secrètes au Honduras, au Chili et en Colombie – visant à imposer de futurs présidents serviles comme Javier Milei – et la criminalisation politique des dirigeants populaires (Fernando Lugo, Manuel Zelaya, Jorge Glass, Pedro Castillo, Evo Morales, Lula, Cristina Kirchner, Julio de Vido) font partie d'un même schéma d'intervention sur le sous-continent. Il s'agit d'une tentative brutale de reconfigurer la région afin de l'intégrer dans une sphère d'influence unique opposée au Sud global, dirigée par la République populaire de Chine et la Fédération de Russie. Pékin est devenu l'antagoniste prioritaire en se transformant en l'usine mondiale la plus productive et la plus compétitive. Moscou, pour avoir refusé de se soumettre aux 32 pays membres de l'OTAN.

Dans ce contexte, le cas de la République bolivarienne du Venezuela apparaît comme essentiel dans l'offensive de Washington. D'une part, parce que les réserves pétrolières de Caracas sont les plus importantes au monde et que ses réserves de gaz occupent la huitième place mondiale. Selon les calculs de  l'Agence fédérale d'information sur l'énergie, les États-Unis disposent de douze ans de réserves de gaz prouvées, au niveau de la consommation annuelle actuelle. L'autre facteur qui alimente la guerre psychologique et l'intimidation militaire est lié à l'exemple néfaste de Chávez, qui défendait sa souveraineté avec des forces armées bolivariennes fidèles au mandat anti-impérialiste transmis par Hugo Chávez. Le troisième élément concerne le renforcement des relations de Caracas avec les BRICS+, qui excluent Washington en tant que partenaire potentiel de la croissance actuelle et future du Venezuela. Pour s'assurer le contrôle politique — et l'accès à ses ressources —, Washington insiste pour briser le chavisme, car il est devenu un phare de souveraineté régionale pour le reste du sous-continent. Un mauvais exemple.

Le prétexte de la guerre contre le narcoterrorisme cache l'intention de provoquer un changement de régime. Pour y parvenir, la Maison Blanche étudie un ensemble d'options basées sur la guerre psychologique, soutenues par l'ostentation d'une force navale qui exhibe quotidiennement sa capacité meurtrière sur des bateaux désarmées. Ce défilé de puissance militaire comprend l'ostentation intimidante du porte-avions considéré comme le plus puissant au monde, le Gerald Ford, peu rentable pour un affrontement contre des narcotrafiquants potentiels déployés à l'est et à l'ouest du Panama. La diffusion quotidienne dans les médias des bombardements remplit la mission de rendre la militarisation acceptable et naturelle.

À partir de ce déploiement, le menu de  Marco Rubio comprend sept options concaténées, alternées et/ou superposées :

  1. La mise en place d'un coup d'État interne, impulsé et financé par les opérations secrètes de la CIA, que Trump a autorisées il y a un mois.
  2. La création d'une situation de troubles sociaux internes permettant une  intervention militaire humanitaire.
  3. Un attentat contre la vie du président Nicolás Maduro ou de l'un des hauts responsables des Forces armées bolivariennes, afin de légitimer uen vacance du pouvoir.
  4. La tentative d'enlèvement de certains de ces responsables en faisant appel à la Force Delta de l'armée ou à l'équipe 6 des SEAL de la marine.
  5. L'attaque à la roquette de sites stratégiques et/ou d'installations militaires, similaire à celles menées contre la République islamique d'Iran en juin dernier.
  6. Une  invasion limitée, visant à contrôler les puits de pétrole, les aéroports ou les radars, comme dans les cas de la Libye et de la Syrie.
  7. Une invasion étendue, qui nécessiterait plus de 150 000 militaires américains. Cette dernière alternative supposerait l'établissement d'un conflit sur un territoire de près d'un million de kilomètres carrés, ce qui entraînerait une guerre irrégulière, un profond bouleversement en Amérique latine et une perturbation mondiale imprévisible.

Le menu Rubio omet en outre d'analyser les capacités bolivariennes, notamment celles connues sous le nom de « résistance populaire prolongée et offensive de défense militaire et policière », destinées à se déployer dans une organisation réticulaire de vingt mille positions de combat réparties sur le territoire vénézuélien. Il y a plus de trois décennies, Noam Chomsky écrivait :

«... la seule façon pour les États-Unis d'attaquer un ennemi beaucoup plus faible est de mener une énorme offensive propagandiste qui le présente comme le mal absolu, voire comme une menace pour notre propre survie ».

Il faisait référence à l'Irak, mais dans la logique impériale, les noms des pays peuvent être interchangés.

Jorge Elbaum* para  Página 12

 Página 12. Buenos Aires, 15 de novembre de 2025.

 *Jorge Elbaum est sociologue, Docteur dans Siences. Économiques. President du «  Llamamiento Argentino Judío ».

Traduit de l'espagnol depuis  El Correo de la Dáspora par : Estelle et Carlos Debiasi.

 El Correo de la Diaspora. Paris, le 25 novembre 2025.

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