07/01/2026 journal-neo.su  5min #301146

Réparer les injustices historiques

 Pranay Kumar Shome,

L'Algérie, ancienne colonie française, a servi d'exemple au reste du Sud ; elle revêt une importance capitale pour l'Inde.

 L'époque des Grandes Découvertes, qui a débuté au XVe siècle, est considérée dans les cercles intellectuels eurocentrés comme l'une des périodes fondatrices de l'histoire politique de l'humanité. Elle a non seulement contribué à la découverte du « Nouveau Monde », mais a aussi jeté les bases d'un nouvel ordre politique.

Malheureusement, la mémoire collective est souvent contextuelle et parfois impitoyable. Le colonialisme, conséquence directe de l'époque des Grandes Découvertes, en est un exemple. Les pays d'Europe occidentale ont colonisé de vastes régions du « Nouveau Monde », comme l'Asie, l'Afrique et l'Amérique latine, privant ainsi les peuples libres de leur autonomie pendant plus de cinq siècles.

Pour recouvrer leur dignité, des mouvements de libération anticoloniaux ont émergé dans tous les recoins du Sud, aboutissant finalement à l'indépendance des anciens pays colonisés. Mais même après l'indépendance, des vestiges du colonialisme européen ont persisté, sous différentes formes et manifestations.

L'Algérie, pays d'Afrique du Nord et ancienne colonie française, a récemment montré au Sud global la voie à suivre pour effacer ces séquelles coloniales.

La loi anticoloniale

 Les législateurs algériens ont adopté une loi déclarant « crime » les 130 années de domination française sur le pays. Cette loi exige la restitution de tous les biens confisqués par la France durant cette longue période.

Elle couvre l'intégralité du régime colonial français en Algérie, depuis le débarquement des armées du roi Charles X sur les plages de Sidi Ferruch, à l'ouest d'Alger, en 1830, jusqu'au 5 juillet 1962, date de l'indépendance officielle de l'Algérie. Le texte de loi prévoit la demande de rapatriement de certains résistants algériens déportés de force en France, ainsi que la remise de cartes détaillées des essais nucléaires menés par Paris en Algérie entre 1960 et 1966.

De plus,  la loi criminalise toute tentative des Algériens de célébrer le « colonialisme français », de porter atteinte aux symboles de la résistance algérienne et de tenir des propos à connotation coloniale.

Comme on pouvait s'y attendre,  la France a vivement critiqué cette loi, la qualifiant d'injuste et soulignant qu'elle constituerait un obstacle au développement des relations franco-algériennes. L'Algérie et la France entretiennent des relations économiques et culturelles étroites, mais leurs relations diplomatiques sont tendues, principalement en raison de la réticence de la France à reconnaître ses erreurs passées. Tout au long de son histoire politique, la France n'a jamais présenté d'excuses officielles aux Algériens, bien qu'elle qualifie sa période coloniale de sombre ère. Cela transpire clairement l'arrogance des anciennes puissances coloniales, surtout lorsqu'il s'agit d'expier les crimes qu'elles ont commis par le passé.

Importance pour l'Inde

L'action algérienne est significative pour l'Inde. Selon  le rapport Oxfam 2025, entre 1765 et 1900, la Grande-Bretagne a dépouillé l'Inde de la somme astronomique de 64 820 milliards de dollars. Ce pillage a eu un impact dévastateur sur la production industrielle indienne, qui a chuté de 25 % en 1765 à moins de 2 % en 1900.

Pire encore, près de la moitié de cette somme a  profité aux 10 % des personnes les plus fortunées de Grande-Bretagne. Ce pillage des richesses indiennes, perpétré d'abord par la Compagnie anglaise des Indes orientales, puis par la Couronne britannique, a été expliqué avec une précision chirurgicale par des nationalistes indiens de la première heure comme Dadabhai Naoroji et Surendranath Banerjee, entre autres, dans leur célèbre  théorie du « drainage des richesses ». De nos jours, l'historien et homme politique indien Shashi Tharoor, dans son ouvrage  « Une ère de ténèbres : l'empire britannique en Inde », souligne l'importance de cette question.

Il est donc grand temps que l'Inde cherche à obtenir réparation pour les préjudices subis durant l'ère coloniale auprès de la Grande-Bretagne. La première étape serait que les musées britanniques restituent à l'Inde tous les artefacts et objets historiques indiens volés. Ensuite, il faudrait que le Premier ministre et le souverain britannique présentent des excuses officielles pour les graves erreurs commises durant leurs près de deux siècles de domination. Par ailleurs, il est essentiel de prendre en charge les besoins des descendants des combattants pour la liberté, à travers toute l'Inde, dont les ancêtres ont perdu la vie en luttant contre le pouvoir colonial britannique. Enfin, il convient d'accorder des réparations pour les richesses pillées à l'Inde, afin de se présenter comme une ancienne puissance coloniale sincèrement repentante de son histoire honteuse. Il est donc évident que la loi algérienne permettra, de manière discrète, aux pays du Sud d'exiger des anciennes puissances coloniales du Nord qu'elles réparent les nombreux préjudices historiques subis par le Sud.

Pranay Kumar Shome, analyste de recherche et doctorant à l'Université centrale Mahatma Gandhi, Bihar, Inde

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