
C'est suite à deux interviews (ici et ici) que je me suis décidé à écrire ce post.
Dans la première, Gabe Newell, patron des talentueux studios Valve (à qui l'on doit entre autres: Half Life, Left 4 Dead, Team Fortress...) aborde plusieurs points; d'abord celui du prix des jeux qui, selon lui, devrait être variable au cours du temps (dans un sens comme dans l'autre), la mise à jour des jeux qui doit être extrêmement fréquente (exemple avec Team Fortress 2 qui a connu plus de 60 maj en 14 mois), la création de buzz avant la sortie des jeux (notamment via la parution d'artworks), le fait que les compagnies de jeux vidéos doivent devenir des compagnies de divertissements (avec par exemple, l'élargissement des licences pour des produits dérivés comme des comics) car de plus en plus de personnes deviennent fan de franchises (et donc de tous les produits qui y sont liés) plutôt que d'un simple jeu vidéo et enfin le fait qu'il faut absolument modifier la vision qu'ont les joueurs des DRMs (en les rendant plus souples, moins lourds et en leur permettant d'améliorer les jeux via les statistiques récoltées).
Dans la seconde, David Perry, fondateur des studios Shiny Entertainment (Coolspot, Enter the Matrix, Earthworm Jim, Messiah...) prophétise la mort du jeu en solo. Selon lui, l'avenir est dans le cloud computing qui passera par une totale dématérialisation: plus besoin de supports matériel ni de clients à télécharger... tout sera disponible et accessible en ligne via des serveurs dédiés. Dans un futur proche, seul le free-to-play va devenir un modèle viable (que ce soit sur PC ou sur consoles). Il pense également que les développeurs doivent être plus proches des joueurs (et de leurs attentes). Une autre voie possible sera le "social gaming" avec des joueurs plus impliqués et qui génèrent leur propre contenu.
Mon analyse:
Il y a beaucoup de choses intéressantes dans leur propos et en tant que joueur, je me sens (un peu) concerné.
Pour les dires de Gabe Newell, j'avoue être sceptique quand au fait d'avoir des prix variables et qui jouent au yo-yo même si forcément je suis plus que favorable à une baisse des prix (car à plus de 60 euros le jeu, c'est quand même scandaleux et ça ne fait que renforcer insidieusement le piratage). Sur le fait que les mises à jour devraient être plus fréquentes, c'est une évidence (surtout quand on voit le nombre de jeux qui sortent plein de bugs... et bien que je sais qu'il est impossible de les corriger tous, on aurait pas idée dans le commerce traditionnel de sortir un produit non fini!!); il est vrai que des maj avec des correctifs pour mieux équilibrer le jeu ou pour ajouter du contenu est toujours très apprécié des joueurs et leur fait sentir qu'ils sont un peu écoutés et pas seulement pris pour des vaches à lait qui dès qu'ils ont acheté un jeu, sont complètement délaissés par le studio/éditeur. Concernant le buzz à créer avant la sortie du jeu, je dis "pourquoi pas" mais je pense que ce système est déjà largement en place et que de nombreux jeux en développement ont su créer leur publicité (interview des développeurs, artworks, démos dans les salons de jeux vidéos...).
Ensuite, sur l'élargissement du domaine vidéoludique, je suis assez mitigé; bien que je sois favorable à une vision plus large et donc à la création de produits dérivés (musique, bd, comics...), j'ai bien peur que certains abusent, qu'une vision très (trop?) mercantile se mettent en place et qu'en toute logique, le côté créatif en pâtissent au détriment du marketing à outrance. D'ailleurs, les adaptations de licences de jeux vidéos en film sont majoritairement ratés (Mortal Kombat, Tomb Raider, Tortues Ninja, Street Fighter, Resident Evil, Max Payne, Doom...) et le contraire (des adaptations de licences en jeux vidéos) sont également bien souvent des daubes (Mission Impossible, les 4 fantastiques, Minority Report, Blade, Bad Boys... je tiens à préciser ici que je parle de jeux vidéos sortis; je pense que la plupart n'y ont jamais joués voire n'en ont même jamais entendus parlé... c'est normal, ces jeux sont tellement mauvais qu'ils sont vite relégués à l'arrière des bacs!).
Et enfin, concernant les DRMs, il est bien évident que si on ne veut pas qu'ils servent à favoriser (quel beau paradoxe!) le piratage (exemple du cas du jeu Spore), il faudra vraiment les améliorer. J'avoue ne pas être convaincu par les arguments de Gabe Newell à ce sujet mais bon, il a le droit au bénéfice du doute!
Sur ce qu'à dit David Perry (qui au passage, n'a pas fait un (bon) jeu depuis bien longtemps), je suis très sceptique quand à sa vision du futur du jeux vidéos dans un avenir proche (ce qu'il dit sera peut être possible d'ici 20 ou 30 ans...) mais aussi dans le fait que cela signifie forcément la mort du jeu solo (même si c'est actuellement une tendance visible sur ce marché). Quand au free-to-play, c'est peut être une voie mais Dave évite de parler d'une des bases de ce système: comment gagne t'on de l'argent? Il existe plusieurs solutions: celle de la publicité dans les jeux ou celle de pouvoir acheter (avec de l'argent réel) des améliorations (aucune ne rendant plus puissant mais permettant, par exemple, de personnaliser son héro). Ce système est déjà utilisé dans certains jeux (Rappelz, Flyff, Street Gears, Second Life...) avec plus ou moins de succès mais pour l'instant, il est intéressant de noter que tous ces productions ne se jouent qu'offline (peut être cela est il à mettre en relation avec le premier point évoqué). Concernant sa dernière assertion, il donne peu de détails mais le développement du "social gaming" est un point de vue intéressant (surtout quand on connait la popularité grandissante des MMORPGs qui possède un fort volet "social" et communautaire). Sur les UGC par les joueurs, j'ai du mal à saisir le cadre possible (et les nombreux problèmes que cela engendrerait) mais ça pourrait être, en effet, une très bonne chose. Cela favoriseraient à coup sûr, comme l'a affirmé Mr. Perry, l'implication des utilisateurs.
En conclusion, deux points de vue très attrayants et assez complémentaires je trouve. Malheureusement, ce ne sont "que" deux patrons de studios et ils ne détiennent pas réellement le pouvoir de vraiment changer la situation (à contrario des éditeurs... mais qui eux font rarement évoluer les choses (dans le bon sens)).
Nicolas Clémot Débat, Jeux vidéos Jeux vidéos