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16/10/2021 wsws.org  7 min #196529

La flambée des prix des denrées alimentaires suscite la faim dans le monde

16 octobre 2021

L'Indice mondial de la faim (IMF) de 2021, publié jeudi, a révélé une montée en flèche de la faim parmi les populations pauvres et les travailleurs du monde entier.

L'avant-propos, rédigé par les responsables de Welthungerhilfe et de Concern Worldwide, les organisations responsables de l'IMF, indique que le rapport «met en évidence une situation de faim catastrophique, qui est le résultat d'un cocktail toxique de crise climatique, pandémie de Covid-19 et conflits de plus en plus graves et prolongés».

La hausse des prix des denrées alimentaires est un facteur essentiel de l'augmentation de la faim dans le monde au cours de l'année écoulée. L'inflation galopante et la perturbation de la chaîne d'approvisionnement du capitalisme mondial font grimper les prix de tous les biens de consommation de base. L'autorité américaine chargée de l'information sur l'énergie a indiqué que près de la moitié des ménages américains qui utilisent le gaz naturel pour se chauffer paieront en moyenne de 30 à 50 pour cent plus cher cet hiver que l'année dernière.

Le revenu horaire réel des travailleurs américains a chuté de 1,9 pour cent depuis janvier. Les travailleurs des pays du monde entier font face à une situation similaire, qui est devenue invivable. De plus en plus incapables de payer leur loyer, d'acheter une nourriture adéquate, de se procurer du carburant, ils sont poussés à lutter.

Ils font face à un système social, le capitalisme, qui les exploite, les surcharges de travail, puis les laisse sans les produits de base de la vie. Les producteurs de biens du monde se retrouvent sans moyens de survie. Cette situation n'est nulle part plus palpable qu'avec la montée en flèche de la faim dans le monde.

Le rapport IMF sur la faim paraît une semaine après que les Nations unies ont organisé un événement de haut niveau, Action en faveur de la prévention et de l'éradication de la famine dès maintenant. Le directeur général de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (OAA), Qu Dongyu, a déclaré à l'assemblée: «Nous sommes aujourd'hui confrontés à des crises alimentaires sans précédent sur de multiples fronts. La famine et les décès liés à la faim sont une réalité actuelle... Alors que nous approchons de la fin de l'année 2021, la situation a continué à se détériorer».

Le rapport indique que la faim reste à des «niveaux graves, alarmants ou extrêmement alarmants dans près de 50 pays» et note qu'«après des décennies de déclin, la sous-alimentation (...) augmente dans le monde.»

Selon le IMF, trois facteurs sont à l'origine de l'augmentation des niveaux de la faim dans le monde, qui a conduit 41 millions de personnes «au bord de la famine»: «les conflits, le changement climatique et les ravages économiques causés par le Covid-19.»

Alimentés par l'inflation et les bouleversements économiques provoqués par la pandémie, les prix alimentaires mondiaux s'envolent. L'indice OAA des prix alimentaires (IOPA), qui mesure l'évolution des prix internationaux d'un panier de produits alimentaires, a indiqué en septembre que les prix étaient 32,8 pour cent plus élevés qu'un an auparavant. Les prix des produits de base les plus élémentaires ont augmenté encore plus fortement; le blé a augmenté de 41 pour cent et le maïs de 38 pour cent par rapport à septembre 2020.

Ces chiffres recèlent une immense misère. Selon un article publié dans Nature Food en juillet, trois milliards de personnes n'avaient pas les moyens d'avoir une alimentation saine avant la pandémie. La flambée des prix des denrées alimentaires, et la hausse des prix des biens de consommation en général, ont nettement aggravé la situation. Alors que 43 pour cent de la population mondiale n'avait pas les moyens de s'offrir un régime alimentaire sain avant l'épidémie Covid-19, ce chiffre aura atteint 50 pour cent à la fin de 2020.

Une augmentation de 32 pour cent du prix des aliments a un impact profond sur les pauvres. Dans les pays sous-développés, la majorité de la population consacre entre 40 et 60 pour cent du revenu du ménage à l'alimentation. Aux États-Unis, les 20 pour cent les plus pauvres de la population consacrent entre 30 et 40 pour cent de leurs revenus à la nourriture. La hausse des prix signifie soit une incapacité à payer le loyer et d'autres dépenses, soit une réduction de la qualité et du nombre total de calories des aliments consommés.

La faim et la malnutrition massives à laquelle fait face une grande partie de la classe ouvrière mondiale sont une catastrophe sociale et non naturelle. C'est un crime immense qui a été commis par la classe capitaliste dans le monde entier.

Les trois facteurs de la faim dans le monde identifiés par la IMF - les conflits, la dislocation économique de la pandémie et le changement climatique - sont tous les résultats du caractère irrationnel et rapace du capitalisme.

La forte augmentation de la faim dans le monde au cours de l'année dernière est avant tout le résultat de la mauvaise gestion criminelle de la pandémie de Covid-19 par les gouvernements capitalistes du monde entier. Parmi les effets économiques de la pandémie sur la consommation alimentaire mondiale, la OAA a cité «la flambée des prix des denrées alimentaires, les restrictions de mouvement qui limitent les activités commerciales et pastorales; la hausse de l'inflation, la baisse du pouvoir d'achat».

Il y a maintenant 2,37 milliards de personnes dans la catégorie «insécurité alimentaire». La plupart d'entre elles subsistent grâce à un ou deux petits repas par jour d'une qualité nutritionnelle insuffisante, qui se résument souvent à des céréales accompagnées d'une maigre source de gras et d'un légume.

Dans le monde entier, des parents qui travaillent jeunent pour s'assurer qu'il y a de la nourriture dans l'assiette de leurs enfants. Ils inventent des moyens d'allonger leur nourriture. Ils trouvent le moyen de cuisiner les restes. Ils atténuent les douleurs de la faim avec du café instantané. Ils mangent du riz avec une pincée de pâte de poisson et un peu d'huile végétale.

Dans la plupart des pays du monde, les produits de première nécessité sont vendus par petites unités, car c'est tout ce que la plupart des gens peuvent se permettre. Le riz est acheté à la tasse, l'huile dans un petit sac en plastique fermé.

Les problèmes de malnutrition et de faim touchent la classe ouvrière, même dans le pays le plus riche du monde. Les centres-villes américains sont des déserts alimentaires, où la source la plus proche d'aliments sains est souvent à des kilomètres et inaccessible par les transports en commun. Tout ce que l'on trouve dans le magasin d'alcools voisin, c'est du porc préfabriqué et des boîtes de céréales. Les files d'attente devant les banques alimentaires s'étendent souvent sur un pâté de maisons. Un Américain sur cinq a fait appel à une banque alimentaire en 2020.

Chaque jour, plus de sept cents millions de personnes, soit 8,8 pour cent de la population mondiale, se couchent le ventre vide, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. La faim et la malnutrition sont synonymes d'espérance de vie réduite, de retard dans le développement mental, de décès prématuré d'êtres chers, de veuves, d'orphelins et de parents sans enfants.

La crise de la pandémie, la volonté de la classe capitaliste de forcer les travailleurs à retourner à l'usine et la flambée des prix de la nourriture et des autres produits de base alimentent une croissance explosive de la lutte de classe mondiale. Les travailleurs du monde entier commencent à bouger, en opposition à la classe capitaliste et au mépris des syndicats propatronaux qui, pendant des décennies, ont étranglé leurs luttes. Ils sont engagés dans un combat pour leur vie dans une lutte sur la façon dont les ressources de la société seront allouées.

La vaste richesse de l'humanité, le produit de notre travail collectif, est suffisante pour nourrir, habiller, loger et fournir une vie riche et significative à chaque humain sur cette planète.

Ces immenses ressources sont toutefois contrôlées par une poignée de milliardaires et de super-riches, qui ont profité de façon parasitaire de l'exploitation de la classe ouvrière mondiale et qui dilapident cette richesse. Ils se sont enrichis grâce à la pandémie. Au cours de l'année 2020, les milliardaires du monde ont apporté une richesse personnelle supplémentaire de presque deux mille milliards de dollars.

Elon Musk, Richard Branson et Jeff Bezos se font concurrence pour effectuer des vols de vanité dans l'espace, alors qu'une majorité de la population mondiale ne peut pas se permettre une alimentation saine. La société peut se permettre de nourrir tout le monde sur terre, mais elle ne peut pas se permettre les milliardaires.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2021)

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