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23/05/2022 reseauinternational.net  25 min #208668

Guerre d'Ukraine - Jours 86-87-88 : la Pologne joue les pyromanes

par Le Courrier des Strateges.

L'Union européenne est en train de mettre le doigt dans un engrenage : la Pologne essaie de prendre pied subrepticement en Ukraine. Imaginons qu'elle arrive à ses fins, la Hongrie sera en droit de réclamer l'Ukraine subcarpathique. Et puis, quand la Pologne demandera un accroissement de sa représentation au sein des institutions européennes, comment réagiront l'Italie, l'Espagne, la France ? Sans parler de l'Allemagne : pourquoi ne demanderait-elle pas une cogestion des terrritoires qui lui ont été confisqués en 1945 ? La guerre d'Ukraine signifie un retour au principe de réalité. Pour l'Union européenne, il pourrait bien signifier l'éclatement.

La Bataille d'Ukraine

20 mai 2022

En suivant  Southfront.org :

Dans la région de Kharkov, les unités russes se battent pour la zone tampon le long de la frontière russe et pour le contrôle total de la rive gauche du fleuve Seversky Donets dans la région de Stari Saltov. Aucune avancée significative des forces armées ukrainiennes n'a été signalée récemment. Les forces armées russes ont lancé une contre-offensive sur le village de Ternovaïa.

Dans la région d'Izioum, les forces dirigées par les Russes ont repris leur progression vers l'ouest. Après avoir sécurisé leurs positions dans la ville de Velikaïaa Kamichevaha, elles se sont déplacées vers le village de Grouchevaha.

Les affrontements positionnels se poursuivent au sud d'Izioum et à l'est d'Oskol. Une certaine progression des forces russes a été signalée dans la zone située au sud de Iampol. Elles auraient avancé vers le village d'Ozernoïe situé à proximité.

Dans la région de Liman, l'armée ukrainienne est presque encerclée. En faisant sauter un barrage sur la rivière Seversky Donets pour freiner l'avancée russe, les militaires ukrainiens ont coupé la voie de retraite de leurs unités à Liman.

À la périphérie de la ville de Severodonetsk, des tirs d'artillerie massifs sur les positions militaires ukrainiennes se poursuivent. Les forces dirigées par la Russie ont pris le contrôle des villages de Schedrischevo au nord et de Sirotino au sud de la ville. La zone forestière située à la périphérie nord-est de la ville a également été morcelée. Les combats se poursuivent dans la zone de Voronovo, au sud-est de la ville. Les unités de la République populaire de Lougansk sont en train de couper le groupement de l'armée ukrainienne à Severodonetsk, qui compte environ 3 à 400 militaires, de leurs camarades déployés à Lisitchansk. À Lisitchansk, il y aurait plus de 10 000 combattants ukrainiens.

Les affrontements se poursuivent le long de la route menant à Lisitchansk depuis le sud-est. Les forces conjointes dirigées par la Russie ont pris le contrôle de la moitié du village de Tochkovka. Des combats acharnés se poursuivent dans la zone située entre Orekhovo et Gorskoïe.

Dans la région de Popasna, les forces dirigées par la Russie encerclent les forces armées ukrainiennes dans plusieurs localités. La défense des Kiéviens a été percée dans trois directions à la fois. Les villages de Troitskoïe au sud, Tripillïa et Vladimirovka à l'ouest, la gare de Kamichevakha et Vladimirovka au nord sont tombés sous le contrôle de la République populaire de Donetsk.

Dans la ville de Marioupol, tous les combattants de l'usine Azovstal se sont rendus. Ils ne sont pas les seuls militaires ukrainiens à avoir déposé les armes au cours de la journée écoulée : vingt militaires de la 95e brigade d'assaut aéroportée se sont rendus sur les lignes de front de la République populaire de Donetsk.

La fin de la bataille de Marioupol

Il y avait, au départ, environ 12 000 soldats ukrainiens et combattants fascistes kiéviens pour défendre Marioupol. La reddition des 2400 derniers combattants d'Azovstal - essentiellement des miliciens fascistes qui s'étaient réfugiés dans l'usine après avoir échoué à défendre Berdiansk - entre le 16 et le 20 mai signifie que désormais toute la mer d'Azov est sous contrôle russe.

On insistera sur les points suivants :

  • les néonazis ukrainiens ne sont pas des combattants remarquables. Ils n'ont pas défendu Berdiansk très longtemps au début de la guerre ; ils n'ont pas mené une « défense héroïque » de la ville de Marioupol mais se sont réfugiés dans l'usine d'Azovstal en prenant en plus des civils en otages.
  • les troupes kiéviennes opposent aux Russes et aux armées républicaines d'une part des troupes équipées et entraînées par l'OTAN mais qui ne manœuvrent pas. Soit que leur formation soit incomplète soit que l'idéologie kiévienne de tenir la « terre ukrainienne » coûte que coûte les en empêche. D'autre part des militants fascistes qui font penser aux Waffen SS par leur manque de formation au combat - ils ont passé plus de temps à se faire tatouer des signes nazis et à défiler aux flambeaux qu'à apprendre l'art de la guerre. Ils sont finalement plus forts pour la guerre des mots et pour se planquer au milieu des civils ou dans des hôpitaux ou des écoles (afin de faire accuser les Russes par les médias occidentaux de crimes de guerre) que pour se battre selon la vieille éthique guerrière de l'Occident, fondée sur le respect de l'adversaire et la protection des gens désarmés.

En soi, on ne devrait pas être surpris. Les fascistes n'ont jamais été que des brutes théâtrales ; leur stratégie a toujours plus relevé de la façon de procéder de la hyène ou du vautour, animaux essentiellement charognards. Sans l'héritage de l'armée prussienne, les nazis ne seraient pas allés loin. Les nazis stricto sensu étaient plus habiles à tuer des millions d'individus désarmés qu'à combattre l'armée soviétique.

Il reste que la chute d'Azovstal n'a malheureusement pas dégrisé les Occidentaux aujourd'hui plongés dans une totale confusion des valeurs et pour qui les combattants de Marioupol étaient des soldats de la liberté. Heureusement, il y a de fortes doses d'antidote, comme  ce billet jubilatoire de Peter Hitchens dont nous traduisons un extrait :

Un peu de féroce humour britannique ne peut pas faire de mal !

« J'ai éclaté de rire chez Marks & Spencer lorsque j'ai découvert qu'ils vendaient désormais un produit appelé « poulet de Kyiv ».

Il s'agit apparemment d'un produit identique à l'ancien « poulet de Kiev », mais avec de la propagande en plus. On m'a dit qu'il y a maintenant aussi un « No Chicken Kyiv » pour les végétaliens, sans aucun poulet.

Je n'ai jamais rencontré une telle vague de sentiments ignorants depuis la frénésie qui a suivi la mort de la princesse Diana. Personne ne sait rien de l'Ukraine. Tout le monde a des opinions féroces à ce sujet.

L'autre soir, j'ai choqué une éminente universitaire d'Oxford en l'informant que les charmants, angéliques, saints et parfaits Ukrainiens avaient bloqué l'approvisionnement en eau de la Crimée en 2014.

Elle a été choquée à juste titre par cet acte de méchanceté et d'incivilité, mais il était bien plus choquant que cette personne très instruite ne connaisse pas ce fait important.

De la même manière, presque personne, dans l'éducation, la politique ou le journalisme, ne connaît les racines mauvaises et racistes du nationalisme ukrainien, l'histoire horrible du vicieux Stepan Bandera (aujourd'hui héros national ukrainien), ou le mépris discriminatoire de l'État de Kiev pour la langue russe. Si le Canada traitait ses francophones comme l'Ukraine traite ses russophones, il y aurait une indignation internationale.

Le pire de tout est l'ignorance généralisée du fait que le président Volodymyr Zelensky, un homme admirable à mes yeux, a été élu sur un programme de paix avec la Russie. Mais lorsqu'il a essayé de faire ce qu'il avait promis, il a été bloqué par une partie de sa propre armée, qui l'a publiquement affronté et humilié.

Dans le même temps, ses rivaux politiques, y compris les néo-nazis qui existent bel et bien en Ukraine, sont descendus dans la rue pour dénoncer toute forme d'accord. Le président Zelensky s'est effondré. Et la guerre est arrivée.

J'ai déjà mentionné ici que le premier acte de violence de cette guerre était en fait le putsch de la foule soutenu par l'Occident qui a renversé le gouvernement légal de l'Ukraine en 2014.

C'était le véritable début de toute cette horreur. Et si cela n'excuse pas l'invasion idiote et brutale de Poutine, cela aide beaucoup à l'expliquer.

Écoutez, je respecte ceux qui prennent le parti de l'Ukraine dans cette guerre. Ils ont un point de vue valable que je ne partage pas. Mais ce que je conteste, c'est la nature totalement unilatérale de l'opinion publique ici. Elle est si mauvaise que c'est un désavantage positif de savoir quoi que ce soit sur le sujet.

Et elle a atteint son apogée la semaine dernière lorsque les défenseurs ukrainiens de l'aciérie de Marioupol, dont beaucoup sont en fait les néo-nazis du bataillon Azov qui portent fièrement des emblèmes SS sur leurs uniformes officiels, se sont rendus.

La couverture médiatique britannique de cet événement s'est efforcée de ne pas mentionner les néo-nazis et d'éviter d'utiliser le mot « reddition ». Au lieu de cela, la garnison de Marioupol a été « évacuée » vers le territoire contrôlé par la Russie. Des images les montrent désarmés et fouillés par des soldats russes. Mais nous sommes tellement sous l'emprise d'une vision unilatérale de ce conflit que nous ne pouvons même pas admettre qu'ils ont capitulé.

Le refus d'accepter une réalité aussi évidente est un signe de folie.

Personnellement, je n'ai aucune idée de l'intérêt britannique à soutenir servilement la politique américaine consistant à semer le trouble en Ukraine et à pousser la Russie au combat.

Peut-être quelqu'un pourrait-il me l'expliquer, autour d'un plat de « poulet de Kyiv » et d'une bouteille de vodka. Mais pour qu'un débat puisse avoir lieu, nous devons commencer à accepter qu'il y a deux faces pour une même pièce de monnaie ».

Quel contraste avec le chœur hystérique de la plupart des médias et dirigeants britanniques!

21 mai 2022

En comparant les informations collectées avec  Southfront.org :

Les forces dirigées par les Russes ont pris de l'ampleur sur l'autre partie importante de la ligne de front - dans la zone de l'agglomération de Severodonetsk-Lisitchansk, et à l'est de celle-ci, au sud d'Izioum.

Après avoir pris le contrôle de la ville de Popasna, au sud de Lisitchansk, les unités russes et alliées y ont étendu depuis plusieurs jours leurs positions en capturant plusieurs localités voisines. Dans la soirée du 21 mai, les forces dirigées par les Russes ont atteint Nirkovo et Vribovka et ont établi une position solide sur la route entre Bakhmout (Artimovk) et Lisitchansk.

À l'est de Lisitchansk, les forces russes restent sur la ligne Chipilovka, Belgorivka, Serebrïanka, Dronovka.

Les combats se poursuivent près des villes de Liman et Seversk. L'armée russe utilise sa position à Iampol pour contrôler l'autoroute entre ces villes.

La situation militaire au sud d'Izioum pourrait être décrite comme des batailles positionnelles prolongées dans le cadre de la lente progression russe dans la région. Si l'on résume l'évolution de la situation dans les localités susmentionnées au cours des jours précédents, il est possible de conclure que l'armée russe et ses alliés ont réalisé des progrès importants. Cependant, les forces de Kiev seront toujours en mesure de ralentir l'avancée russe à Seversk, Slaviansk, Kramatorsk et Artimovsk - dont elles entendent faire autant de nouveaux Marioupol.

La situation autour de la ville de Kharkov reste relativement stable, les forces armées russes et les unités de Kiev étant impliquées dans des combats de position sans aucune opération offensive majeure. La ligne de front s'est également stabilisée autour des villes de Nikolaïev et de Zaporojie dans le sud de l'Ukraine.

Il est fort probable que les opérations militaires actives ne commenceront pas avant la libération complète de Slaviansk et de Kramatorsk par les forces russes.

Plus tôt, le 21 mai, le ministère russe de la Défense a publié un autre rapport officiel sur son opération en cours en Ukraine. Selon le communiqué, une frappe avec des missiles de croisière Kalibr basés en mer a détruit un important lot d'armes et d'équipements militaires livrés par les États-Unis et les pays européens près de la gare de Malin dans la région de Jitomir.

Dans le même temps, une frappe de missiles aériens a détruit des entrepôts de carburant destinés aux véhicules blindés des forces de Kiev dans la région d'Odessa, à l'usine portuaire d'Odessa.

En outre, les missiles russes ont frappé 3 postes de commandement, dont celui de la 109e brigade de défense territoriale près de Bakhmout (Artimovsk), 36 zones de concentration d'hommes et de matériel militaire de l'armée ukrainienne, ainsi que 8 dépôts de munitions à Galitsinovo, dans la région de Nikolaïev, à Nirkovo en République populaire de Lougansk, à Krasnïi Liman et à Ocheretino en République populaire de Donetsk.

L'aviation russe a frappé 4 postes de commandement, 47 zones de concentration de personnel et de matériel militaire des forces de Kiev, ainsi qu'un dépôt de munitions près de Drobichevo.

***

La Pologne joue avec le feu et pourrait bien dynamiter l'Union européenne

L'Union européenne est dépassée par les événements

 M.K. Bhadrakumar comprend mieux la situation des Européens que les Européens :

« Sur le plan militaire, Kiev et ses conseillers occidentaux espéraient coincer d'importantes forces russes à Marioupol, mais ils ont été dépassés. Le commandant de l'armée d'Azov, Sviatoslav « Kalina » Palamar a été emmené hier de l'usine sidérurgique Azovstal dans un véhicule blindé russe spécial. Tout cela va démoraliser l'armée ukrainienne.

Par conséquent, l'annonce américaine de 40 milliards de dollars supplémentaires pour l'Ukraine peut être considérée comme un coup de fouet au moral. L'aide militaire américaine combinée pour l'Ukraine s'élève désormais à 54 milliards de dollars, ce qui représente environ 81% du budget de défense de la Russie pour 2021. Mais, comme le diraient les Américains, un déjeuner gratuit ça n'existe pas. La loi Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act de 2022, signée par Biden en mai, s'inspire de la législation utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour fournir des armes aux pays alliés, et stipule que ces aides sont en fait des dettes qui doivent être remboursées par l'Ukraine à terme.

Washington peut réclamer une compensation si l'Ukraine ne parvient pas à rembourser sa dette, par exemple en lui fournissant des produits agricoles bon marché, en proposant des accords commerciaux préférentiels aux entreprises américaines, etc.

L'administration Biden espère probablement s'assurer que les groupes d'intérêt aux échelons supérieurs de la direction à Kiev poursuivent l'effort de guerre. L'Ukraine est un pays notoirement corrompu et on peut s'attendre à des profits de guerre à grande échelle. Une grande partie de l'aide sera volée par des fonctionnaires corrompus.

Pour l'avenir, la diplomatie américaine est confrontée à une situation difficile. L'UE a pratiquement mis en veilleuse l'interdiction du pétrole russe et a cessé de parler de l'arrêt de l'approvisionnement en gaz russe. La dynamique politique en Europe est en train de changer. Après avoir approuvé cinq précédents trains de sanctions contre la Russie avec une rapidité et une unanimité remarquables, les dirigeants européens sont arrivés à un point où les sanctions contre la Russie entraînent des coûts croissants et un risque accru de dommages pour leurs propres économies, ce qui met leur unité à l'épreuve.

La France, l'Allemagne et l'Italie, parmi de nombreux autres pays de l'UE, ont accepté le nouveau régime russe de paiement des fournitures de gaz qui contourne effectivement les sanctions de l'UE. Potentiellement, le retard actuel des sanctions pétrolières de l'UE aura probablement un effet domino.

Ces dernières semaines, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Olaf Scholz et le Premier ministre italien Mario Draghi ont multiplié les discours de cessez-le-feu (et les négociations avec Moscou). Leurs propos semblent à contre-courant de ce que disent les Britanniques et les Américains. En d'autres termes, les trois capitales les plus puissantes du continent européen se sont mises à chanter sur un registre différent, souhaitant que la guerre se termine rapidement et que tout « revienne à la normale » dès que possible. Le fait est que des divergences sur les objectifs de guerre des alliés apparaissent. »

 Dans les souterrains d'Azovstal, les troupes russes ont retrouvé un téléphone par satellite qui équipe l'OSCE. Un indice de plus que l'OSCE a trahi son obligation de neutralité.

Faut-il rappeler que le Général de Gaulle imaginait une organisation de la sécurité européenne « de l'Atlantique à l'Oural » sans les États-Unis. Les Accords d'Helsinki de 1975 (CSCE) puis de Paris (OSCE), incluant les États-Unis et le Canada, ont représenté, de la par du signataire français, une trahison de la ligne d'indépendance française et de l'intérêt européen.

La Pologne en pyromane

 Kiev anticipe une défaite : selon « Actualités mondiales et françaises », Kiev se prépare à attribuer un statut juridique spécial aux citoyens polonais.
Ceci dans le contexte où le nombre de Polonais combattant en Ukraine augmente fortement ( notamment à Kharkov, où des Polonais se sont déployés en tant que mercenaires).

 Cela permet de penser à des choses originales, comme par exemple, sur la façon de faire participer la Pologne dans le conflit sans officialiser son engagement. @burrowingowl ajoute une rumeur : la possibilité que de tels arrangements puissent se voir ajouter des clauses secrètes, par exemple sur le statut de certains territoires d'Ukraine frontaliers avec la Pologne.

Et @rybar complète : «   Aujourd'hui 22 mai, le président polonais Duda s'est rendu à Kiev où il a rencontré le dirigeant Zelensky. Les deux dirigeants ont fait plusieurs déclarations importantes :

- Zelensky a annoncé l'apparition d'un projet sur le statut spécial des citoyens polonais en Ukraine. Ses détails ne sont pas encore tout à fait clairs, mais nous parlons d'une expansion significative des droits des citoyens polonais sur le territoire de l'État sous contrôle des autorités de Kiev. Selon certaines informations, les Polonais pourront même occuper des postes étatiques.

- Zelenski a également annoncé la simplification du passage frontalier entre l'Ukraine et la Pologne. Duda a répondu que cela « permettra de repousser toute menace ». Auparavant, le dirigeant polonais avait promis que la frontière entre les deux États disparaîtrait dans un proche avenir.

- Duda a de nouveau déclaré que l'Ukraine devrait devenir membre de l'UE. Il n'a pas donné de date précise.

- Les accords signés démontrent la volonté des autorités polonaises de profiter de la situation et d'augmenter considérablement leur influence militaro-politique, économique et culturelle dans les régions occidentales de l'Ukraine.

Dans un avenir prévisible, il y aura davantage de documents bilatéraux similaires.

- Cela ne signifie pas que demain ou même dans un mois, les troupes polonaises entreront sur le territoire ukrainien. Cependant, tous ces accords ouvrent une immense fenêtre d'opportunité à Varsovie et lui libèrent les mains pour une invasion directe du territoire de l'Ukraine, et l'annexion des terres ukrainiennes.

- En gros, puisque l'UE ne veut pas intégrer l'Ukraine, il suffit de changer le nom du pays en « Pologne » et la question est réglée »

Nous assistons à une véritable folie, résultat de l'abandon du cadre naturel des relations internationales : la souveraineté nationale et les frontières.

La plus grande folie est bien entendu celle de la Pologne. Elle se verra un jour confrontée à des réclamations de l'Allemagne sur les territoires perdus en 1945. Cela commencera vraisemblablement lorsque la Pologne demandera une augmentation de ses droits au sein de l'Union européenne du fait d'un accroissement de puissance.

La Grande-Bretagne aussi, atteinte d'une douce folie !

 Le Mirror explique - avec entre autres sources Christopher Steele, l'auteur du Russiagate contre Donald Trump - que Vladimir Poutine est très malade. Le problème, c'est que les services britanniques n'arrivent pas à se mettre d'accord : pour les uns il a la maladie de Parkinson ; pour les autres un cancer ! D'une manière générale, le monde dirigeant occidental tient ferme à la croyance selon laquelle un coup d'État serait en préparation contre un président russe populaire à 80%. Et sans voir que si des critiques s'expriment éventuellement dans le monde dirigeant russe, c'est pour demander à Vladimir Poutine de laisser moins de portes ouvertes à la négociation.

 Le Spectator est très inquiet de l'état de l'opinion italienne :

« Les sondages d'opinion italiens sont une lecture sinistre pour tous ceux qui croient - comme Biden, Johnson et peut-être Zelenski - que le seul moyen d'amener Poutine à la table des négociations est la force, c'est-à-dire davantage de sanctions et d'armes. Une majorité d'Italiens (56%) pensent que l'Amérique de M. Biden adopte une approche trop optimiste et aveugle vis-à-vis de l'Ukraine et que l'Italie et l'UE devraient élaborer une politique distincte. Seuls 26% pensent que l'Amérique défend la démocratie et l'Europe et que l'armement de l'Ukraine est la bonne façon de faire face à Poutine. Près des deux tiers des Italiens (62%) pensent que l'Occident doit « à tout prix » trouver un moyen d'ouvrir des pourparlers de paix, tandis que seulement un quart (26%) pense que nous devons d'abord vaincre militairement la Russie.

La moitié des personnes interrogées pensent que l'envoi d'armes supplémentaires à l'Ukraine est une erreur - et seulement un quart (24%) pensent que c'est une bonne chose. Moins de la moitié (44%) pense que la Finlande et la Suède devraient rejoindre l'OTAN dès que possible. Si la majorité est favorable à des sanctions (mais pas sur le gaz, dont près de la moitié provient de Russie), seuls 14% pensent que les sanctions sont utiles ».

Le reste du monde s'organise sans l'Occident

 Tension entre les dirigeants allemands de Bruxelles et ceux de Berlin : Christian Lindner ne veut pas entendre parler de lever de la dette pour reconstruire l'Ukraine. En revanche, il est d'accord pour utiliser à cet effet les avoirs gelés de la Banque centrale de Russie. Le ministre allemand des Finances a déclaré aussi que ce serait plus difficile de confisquer définitivement les avoirs des particuliers russes.

Les dirigeants russes avaient un moment acheté de l'euro, pensant qu'il s'agissait d'une diversification de leurs réserves face au dollar...

«   L'un des plus grands fournisseurs d'énergie du Royaume-Uni a prévenu que jusqu'à 40% de ses clients seront en situation de précarité énergétique d'ici octobre et a demandé au gouvernement d'aider les foyers en difficulté.

Le patron d'E.On UK, Michael Lewis, a déclaré que la hausse des prix de l'énergie est « sans précédent » et qu'un nombre croissant de ses clients ont des arriérés de paiement.

M. Lewis a déclaré qu'environ un client sur huit avait déjà du mal à payer ses factures, avant même que le temps ne devienne plus froid et que le nouveau plafond des prix de l'énergie n'entre en vigueur en octobre, ce qui devrait entraîner une hausse significative.

« Nous avons besoin de plus d'interventions en octobre et elles doivent être très importantes », a-t-il déclaré à l'émission Sunday Programme de la BBC ».

Un peu de lucidité dans  Les Echos sous la plume de Vincent Collen : « C'est un paradoxe de plus en plus difficile à justifier. Malgré  la guerre en Ukraine, jour après jour, les Européens financent l'armée russe en achetant le gaz à prix d'or. Malgré les sanctions, les grandes déclarations et les promesses d'embargo, les Vingt-Sept envoient  200 millions de dollars par jour à Gazprom, l'entreprise publique qui détient le monopole des exportations du gaz russe par pipeline, selon les calculs de Thierry Bros, professeur à Sciences Po. De quoi couvrir le budget de la Défense de Russie, évalué à 180 millions de dollars par jour sur la base des dépenses de l'an dernier par le Center for Research on Clean Air and Energy ».

Et pendant ce temps, voilà ce qu'on lit dans le très officiel  Global Times :

« Les BRICS devraient être ouverts aux pays influents qui représentent mieux les voix des économies de marché émergentes dans le monde, ce qui permettra à l'organisation de devenir plus forte et plus unie. Un BRICS plus robuste servira également à détourner les efforts de certains pays pour intensifier les turbulences mondiales, ont déclaré les observateurs après que les ministres des gouvernements ont soutenu l'expansion du BRICS.

Les accords sur les pays qui pourront rejoindre l'organisation ne pourront être conclus qu'après des discussions et une procédure approfondies entre les membres des BRICS, ont déclaré les experts chinois, ajoutant que les membres actuels du G20 qui souhaitent rejoindre les BRICS peuvent être classés par ordre de priorité, et que l'Indonésie et d'autres économies émergentes pourraient être des candidats probables.

« La Chine propose d'étudier les normes et procédures d'expansion des BRICS, afin de former progressivement un consensus », a déclaré le conseiller d'État et ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi lors d'une réunion en ligne des ministres des Affaires étrangères des BRICS.

Selon la déclaration commune publiée par les ministres, ils ont soutenu la promotion des discussions entre les membres des BRICS sur le processus d'expansion, et ils ont convenu de clarifier davantage les principes directeurs, les normes, les critères et les procédures de ce processus d'expansion.

L'inclusion de nouveaux membres au sein de l'organisation pourrait mieux soutenir le rôle positif de l'organisation dans la gestion des affaires internationales et compenser l'impact négatif de la tentative de certains pays d'intensifier la confrontation géopolitique et de renverser la mondialisation en formant des blocs politiques, a déclaré Song Guoyou, directeur adjoint du Centre d'études américaines de l'université Fudan au Global Times samedi.

Une expansion des BRICS pourrait également jeter les bases pour que l'organisation reste forte parmi les différents groupes internationaux et face à un ordre mondial turbulent, a déclaré au Global Times un expert en affaires internationales basé à Pékin, sous couvert d'anonymat.

Quant à savoir quels pays peuvent être envisagés pour entrer dans l'organisation, l'expert a déclaré que cela sera décidé après des procédures détaillées et des discussions entre les pays membres actuels des BRICS, a déclaré l'expert, notant que « Chaque pays peut avoir sa préférence pour soutenir différents nouveaux membres, et finalement les BRICS parviendront à un accord compromis par la coordination et le dialogue ».

Les cinq pays des BRICS, initialement formés en 2009, comprennent désormais la Chine, le Brésil, la Russie, l'Inde et l'Afrique du Sud, qui les a rejoints en 2010.

Wang Yiwei, directeur de l'Institut des affaires internationales de l'Université Renmin de Chine, a suggéré dans une interview accordée au Global Times samedi que les pays qui appartiennent aux membres du G20 et qui sont également intéressés par l'adhésion aux BRICS peuvent être considérés en premier lieu.

L'Indonésie, par exemple, en tant que représentant fort des économies de marché émergentes et plus grand pays musulman, est susceptible d'être un candidat potentiel, a noté Wang.

En outre, l'Argentine, l'un des pays du G20, a déjà exprimé sa volonté d'évoluer vers une coordination toujours plus étroite avec les pays des BRICS, selon les médias.

L'objectif de l'inclusion de nouveaux membres étant de renforcer l'organisation, les candidats susceptibles de l'affaiblir ou de la diviser seront définitivement écartés, selon les experts.

Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré que la force des BRICS réside dans leur diversité et leur représentation. Les membres des BRICS espèrent approfondir la coopération avec d'autres marchés émergents et pays en développement, et ils s'attendent également à ce que l'attrait des BRICS augmente.

Une consultation « BRICS Plus » a eu lieu vendredi soir dans le cadre de la réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères des BRICS. Les ministres des Affaires étrangères ou leurs représentants d'Argentine, d'Égypte, d'Indonésie, du Kazakhstan, du Nigeria, des Émirats arabes unis, d'Arabie saoudite, du Sénégal et de Thaïlande y ont participé ».

Et pour enfoncer le clou, une analyse de Susan Thornton, peu suspecte de russophilie :

« En 2022, quatre grands sommets multilatéraux auxquels participe traditionnellement la Russie se tiendront en Asie de l'Est : les BRICS, le sommet de l'Asie de l'Est, le G20 et l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation). La Chine accueillera le sommet des BRICS à la fin du mois de juin. Le président russe Vladimir Poutine y apparaîtra presque certainement, car les autres membres - Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud - se sont abstenus de condamner l'invasion de la Russie.

Les trois autres sommets asiatiques se tiendront en novembre, le Cambodge accueillant le sommet de l'Asie de l'Est du 11 au 13 novembre. S'il est peu probable que l'ASEAN désinvite la Russie, si les États-Unis boycottent le sommet, ils laisseront le champ libre à la Chine. Le sujet a été abordé lors du sommet États-Unis-ASEAN le 13 mai à Washington, mais le mantra de l'ASEAN est « l'inclusivité » et la Russie est un partenaire important.

Les luttes autour de la participation de la Russie perturbent déjà le G20, prévu les 15 et 16 novembre en Indonésie. Les États-Unis et d'autres ministres des Finances ont interrompu les présentateurs russes lors d'une session des ministres des Finances du G20 en avril et les États-Unis ont demandé l'exclusion de la Russie du prochain sommet. Mais le G20 est une organisation fondée sur le consensus et de nombreux membres du G20, dont la Chine, rejettent l'exclusion de la Russie.

La Thaïlande accueillera l'APEC juste après le G20. Au-delà de l'invitation russe, elle devra aussi se débattre avec la réalité que l'objectif emblématique de l'APEC, à savoir l'intégration économique régionale, a fait marche arrière sur fond de protectionnisme rampant, de régimes de sanctions en cascade et de manifestations populaires de solidarité politique telles que les boycotts. Réunis pour la première fois depuis 2018, les bouleversements économiques découlant à la fois de la guerre en Russie et des frictions entre les États-Unis et la Chine risquent de prendre le dessus sur le programme d'ouverture des marchés de l'APEC.

La Chine, pour sa part, saisira les opportunités laissées par un vide de leadership diplomatique américain en Asie. L'administration Biden a tenté d'affirmer un agenda régional par le biais de réunions régulières de la Quadrilatérale (États-Unis, Japon, Inde et Australie) et a essayé de compenser la négligence récente par Washington de l'Asie du Sud-Est en accueillant les dirigeants de l'ASEAN à Washington. Mais la Chine a fait avancer l'accord de partenariat économique global régional (RCEP) et continue de vanter les mérites de l'intégration régionale et des projets de connectivité locaux. L'agenda économique américain dans la région a jusqu'à présent été absent.

Dans le sillage des sanctions extraordinaires contre la Russie, la Chine se prépare à faire face à de nouvelles séries de sanctions américaines sur les droits de l'homme, la technologie et la sécurité. Pékin profitera du conflit pour redoubler d'efforts en matière de dédollarisation et pour séduire ses partenaires régionaux et du Sud. La perspective de sanctions similaires à celles imposées par la Russie ne modifiera pas les calculs de la Chine quant à ses objectifs et intérêts stratégiques, mais elle redoublera d'efforts pour se protéger de telles mesures.

Les gouvernements d'Asie de l'Est, qui étaient déjà malmenés par l'escalade rapide des tensions entre les États-Unis et la Chine, sont désormais confrontés à de nouvelles préoccupations. Alors que les alliés occidentaux se tournent vers les structures du G7, de l'OTAN et de la Quadrilatérale, la majorité des pays en dehors du G7 ayant leurs propres intérêts ne resteront pas sur la touche en attendant des instructions. Il est probable qu'ils poursuivront leur approche inclusive de la « grande tente », qui maximise leurs options diplomatiques et leur marge de manœuvre, en particulier en cette période d'incertitude ».

source :  Le Courrier des Stratèges

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