France-Soir
Marin AFP
Vers un énième bras de fer entre Budapest et Bruxelles. La Commission européenne (CE) a demandé à la Hongrie de retirer un projet de loi, visant à limiter le financement étranger des ONG et de la presse. Pour la CE, ce texte offre au gouvernement hongrois des pouvoirs supplémentaires lui permettant de réprimer les voix critiques dans la société civile. Pour Budapest, il faut surtout s'inquiéter de "l'ingérence étrangère dans la vie politique" du pays.
En mars, Viktor Orbàn annonçait un "nettoyage de printemps", une série de mesures à travers lesquelles son gouvernement entend réduire l'influence des acteurs étrangers, dont la CE et l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international). Pour cette institution européenne, il s'agit surtout de mesures répressives ciblant ses opposants, qu'ils soient juges, médias ou ONG.
Budapest inquiète pour sa souveraineté
"En fin de compte, la loi hongroise sur la transparence n'est pas seulement un instrument juridique, mais aussi une déclaration politique claire : la démocratie hongroise n'a de comptes à rendre qu'au peuple hongrois", ont déclaré les députés européens du Fidesz, Tamás Deutsch et Kinga Gál, à la presse en début de semaine.
Selon le gouvernement magyar, en 2022, plusieurs millions de dollars de fonds étrangers ont été utilisés par des politiciens de l'opposition pour faire campagne contre le gouvernement. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, avait clairement indiqué que l'exécutif n'était pas disposé à faire marche arrière sur la loi.
"Ils ont raison de s'inquiéter, mais pour la mauvaise raison", a-t-il déclaré. "Ils ne devraient pas s'inquiéter de la situation de la Hongrie : "Ils ne devraient pas s'inquiéter de la loi sur la transparence, mais de l'ingérence étrangère dans la vie politique d'un pays de l'UE."
Un nouvel épisode qui vient aggraver des tensions de longue date entre Budapest et Bruxelles, principalement en raison des inquiétudes de l'UE concernant le respect de l'État de droit en Hongrie. En réponse à ce qui est considéré comme des atteintes à l'indépendance de la justice, aux droits des minorités ou encore à la liberté académique, la Commission européenne a suspendu ou gelé plus de 20 milliards d'euros de fonds européens destinés à la Hongrie, dont une partie du plan de relance post-Covid. Malgré quelques déblocages partiels après des réformes jugées insuffisantes, d'importantes sommes restent retenues, et la Hongrie a même subi des sanctions pécuniaires pour non-respect du droit européen, notamment en matière d'asile.
Parallèlement, Viktor Orban a multiplié les efforts pour faire entendre sa voix au sein de l'UE, notamment sur les dossiers liés à l'Ukraine et l'immigration. Budapest a retardé ou empêché l'adoption de plusieurs paquets d'aide financière et militaire à Kiev et s'est opposée à de nouvelles sanctions contre la Russie.
La CE menace d'intervenir
Un autre bras de fer vient s'ajouter à une longue liste. Le week-end dernier, des milliers de Hongrois ont protesté contre le projet de loi sur la transparence dans les rues de la capitale. La semaine dernière, le Parlement européen a organisé un débat sur les derniers développements liés à l'État de droit en Hongrie. Tineke Strik, rapporteure du Parlement européen pour la Hongrie, a déclaré que la loi était un "copier-coller de la loi russe sur les agents étrangers". Elle a déclaré que la Cour européenne de justice pourrait annuler la loi si elle était adoptée.
Le texte permettrait aux autorités d'inscrire sur une liste les ONG et les médias financés par l'étranger si le gouvernement les considère comme une menace pour la souveraineté nationale, et de geler leur financement.
"La Commission européenne ne peut pas suspendre la loi, mais elle peut immédiatement saisir la Cour de justice et lui demander de prendre immédiatement une mesure pour la suspendre, parce qu'il y a déjà une procédure en cours concernant la loi sur la protection de la souveraineté d'il y a un certain temps et que la Cour examine cette affaire", a-t-elle rappelé.
Le lendemain, 320 ONG et 80 médias ont publié une lettre appelant la Commission européenne à prendre des mesures immédiates, comme exhorter publiquement le gouvernement hongrois à retirer le projet de loi et ouvrir une nouvelle procédure d'infraction au cas où la Hongrie refuserait les demandes qui lui sont adressées.
Un porte-parole de la Commission, qui ne cache plus sa détermination à intervenir dans les affaires internes des États membres, a déclaré que l'exécutif suivait de près le projet de loi. "La Commission est très préoccupée par ce projet. S'il était adopté en l'état, il constituerait une grave violation des principes et du droit de l'UE (...) Nous n'hésiterons pas à prendre les mesures nécessaires si ce projet est adopté".
