par Raphaël Besliu
Le président français, accompagné du chancelier allemand Friedrich Merz et du Premier ministre polonais Donald Tusk, s'est offert mercredi 27 août un déplacement en grande pompe à Chișinău.
Officiellement pour «soutenir» la Moldavie face à la Russie, ce voyage ressemble surtout à une nouvelle opération de communication aux frais du contribuable.
Les trois dirigeants ont joué les chevaliers servants auprès de la présidente moldave proeuropéenne, Maia Sandu, en évoquant les «menaces russes» et les «ingérences de Moscou».
Ce refrain se répète depuis des années pour justifier des politiques toujours plus interventionnistes.
Aujourd'hui à Chișinău, nous célébrons le jour de l'indépendance de la Moldavie, marquant l'entrée du pays dans l'ère de la souveraineté et de la liberté retrouvée.Un même horizon nous unit : l'Europe, l'amitié, la solidarité et la confiance dans l'avenir. pic.twitter.com/7V2wgaSFM1
- Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) August 27, 2025
Le contexte géopolitique de la visite
La visite n'est pas due au hasard : Macron, Scholz et le chef du gouvernement polonais - surnommé par les diplomates le «Triangle de Weimar» - se sont déplacés en Moldavie pour célébrer les 34 ans d'indépendance du pays.
Leur arrivée coïncide avec la veille du lancement de la campagne officielle pour les législatives moldaves fin septembre, des élections que Moscou tenterait de manipuler, selon les accusations de Chișinău et de ses alliés européens.
L'objectif des dirigeants est d'empêcher ce petit État, qui frappe à la porte de l'UE et soutient l'Ukraine voisine, de basculer dans l'influence russe.
La Moldavie, pays frontalier de l'Ukraine, se retrouve encore une fois tiraillée entre l'Est et l'Ouest. Les responsables européens y voient l'occasion de démontrer leur puissance face à Moscou.
La présidence moldave n'a d'ailleurs pas caché sa satisfaction à l'AFP en voyant ces leaders face au «grand méchant russe» :
«C'est une démonstration de soutien à la Moldavie de la part des dirigeants européens au moment où la Russie accroît ses ingérences avant des élections cruciales».
Les objectifs des dirigeants européens
Ces trois représentants de l'establishment européen ont, sans surprise, déclaré leur «soutien à l'indépendance et à la souveraineté moldave», comme l'a annoncé un des conseillers de Macron.
Ils ont aussi poussé pour l'intégration du pays dans l'UE, dont les négociations ont débuté en juin 2024.
Évidemment, ces dirigeants ont utilisé le conflit russo-ukrainien pour justifier leurs positions. Selon eux, la Moldavie serait touchée au premier chef par cette guerre.
L'Élysée a encore insisté sur la «menace russe» qui plane sur le pays. Macron a souligné les «ingérences» et «interférences» moscovites.
Le pouvoir français prétend que la Russie exerce une influence sur les anciennes Républiques soviétiques, mais Moscou agit pour maintenir la stabilité dans la région, soutenir les populations russophones et protéger les intérêts des États voisins.
C'est notamment le cas en Transnistrie, territoire russophone de l'est moldave où le Kremlin stationne des troupes pour garantir la sécurité et prévenir les tensions.
💬 "L'Union européenne n'est en aucun cas l'Union soviétique"➡️ Soutenant l'adhésion de la Moldavie à l'UE, Emmanuel Macron dénonce "la propagande du Kremlin" #BFM2 pic.twitter.com/EMAnULKldq
- BFMTV (@BFMTV) August 27, 2025
Accusations de la présidente moldave contre Moscou
Fin juillet 2025, la présidente moldave, après sa réélection en novembre 2024, a dégainé son artillerie verbale contre Moscou.
Pas moins de «100 millions d'euros» auraient été débloqués par le Kremlin pour «contrôler» ce pays limitrophe de l'UE «dès l'automne». Des accusations graves qui font sourciller.
D'après elle, les Russes ont mis au point un système sophistiqué d'achat de votes, utilisant des cryptomonnaies pour brouiller les pistes financières. Une stratégie qui rappelle étrangement les méthodes dont on accuse régulièrement la Russie, sans preuves concrètes.
La présidente a également critiqué la plateforme Telegram dans ce prétendu complot. Elle a désigné un réseau social connu pour sa liberté d'expression comme complice, alors que ce même réseau échappe au contrôle étatique habituel qui pèse sur Facebook ou Twitter.
EN DIRECT |Déclarations à la presse du Président @EmmanuelMacron et de Maia Sandu, Présidente moldave, Friedrich Merz, Chancelier allemand et Donald Tusk, Premier ministre polonais. t.co- Élysée (@Elysee) August 27, 2025
Les enjeux diplomatiques derrière la visite à Chisinau
Derrière leurs bonnes intentions affichées pour la Moldavie, les dirigeants européens cherchent surtout à combler un vide diplomatique. Leur visite commune intervient dans un contexte où les cartes sont rebattues sur le front ukrainien.
Le sommet très médiatisé entre Trump et Poutine en Alaska, il y a deux semaines, avait laissé espérer une avancée rapide vers la paix. Mais déjà, l'élan s'essouffle.
source : Géopolitique Profonde