publié le 20/01/2026 Par Alexandra Buste, Xavier Lalbin
Au cours des quinze prochaines années, la France va connaître une « grande transmission », c'est-à-dire le plus grand transfert de richesses de son histoire contemporaine : plus de 9 000 milliards d'euros de patrimoine détenus par les Français les plus âgés vont être ainsi transmis aux générations suivantes. L'occasion pour Jérôme Fourquet et Marie Gariazzo de consacrer leur récente étude (IFOP) aux enjeux de patrimoine, et de mettre en lumière l'accumulation inégalitaire la richesse en France. Et le constat est alarmant : les « premiers de cordée » peinent à se renouveler et l'héritage joue une rôle toujours plus croissant dans la constitution des fortunes.
Le club très fermé des 500 plus grosses fortunes françaises est composé pour presque moitié d'héritiers, une proportion qui atteint 60 % chez les 100 plus fortunés. Ceux qui n'ont pas hérité proviennent majoritairement de milieux déjà favorisés, leurs aïeux ayant déjà gravi quelques étages de la promotion sociale.
Autre constat peu surprenant, le capital paye beaucoup plus que le travail. L'enrichissement des gros patrimoines repose largement sur le tandem immobilier-bourse. L'exploitation des dispositifs fiscaux avantageux et des mécanismes sophistiqués d'investissement accessibles aux plus fortunés décuple les rendements du capital initial. L'ampleur de la concentration qui en résulte est phénoménale : 3 % des ménages possèdent ainsi la moitié des biens locatifs de Paris.
Malgré l'augmentation du taux de diplômés du bac, l'accès au Saint Graal des grandes écoles, moteur de la mobilité sociale « républicaine », demeure profondément inégalitaire. L'héritage est devenu central : bénéficier d'un don ou d'un héritage précoce augmente significativement la probabilité pour les jeunes de devenir propriétaires et de se construire un patrimoine.
Face à cette situation, l'opposition farouche des Français à l'augmentation des droits de succession, basée sur une surestimation de l'impôt réel et ignorant que 90 % des successions en sont exemptées, contribue à creuser davantage les inégalités dans le pays.
Une permanence des héritiers au sein des 500 plus grosses fortunes
Depuis 30 ans, le magazine Challenges publie la liste des 500 plus grandes fortunes françaises, qui regroupent à elle seules 1 128 milliards d'euros. La fortune minimale d'inclusion dans le classement est de 245 millions d'euros. Premier constat : 43 % de ces « happy few » sont des héritiers. Si l'on isole les 100 plus riches, dont chacun dispose d'un patrimoine supérieur à 1,3 milliard d'euros, la situation est encore plus fossilisée avec une part d'héritiers qui grimpe à 60 %.