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Sur cette illustration, le logo de Zoom s'affiche sur l'écran d'un smartphone.
Les services publics français devront abandonner les outils américains comme Zoom et Teams au profit de Visio, une solution développée localement. Présentée comme plus sécurisée et moins coûteuse, cette application marque une nouvelle étape dans la stratégie de l'État visant à réduire sa dépendance technologique aux États-Unis.
La France affirme vouloir tourner le dos aux géants numériques américains. Dans une interview accordée à La Tribune Dimanche, le ministre délégué à la Fonction publique, David Amiel, a annoncé la fin de l'usage de logiciels comme Zoom ou Teams dans l'administration. À leur place, une solution nationale nommée Visio sera déployée de façon obligatoire d'ici 2027. « Nous sommes devenus dépendants de Teams, de Zoom. Il faut au sein de l'État se désintoxiquer », a-t-il déclaré.
Visio a été développée par la Direction interministérielle du numérique (DiNum). Selon les autorités françaises, cette application est « 100 % française » et déjà testée auprès de 40 000 agents. Elle offre, en plus de la visioconférence, une fonction de transcription automatique des réunions. Une circulaire du Premier ministre viendra officialiser dans les prochains jours son adoption dans toutes les structures publiques.
Cette décision intervient dans un contexte où l'administration française dit vouloir « reprendre le contrôle de ses outils numériques » et ne plus dépendre de services liés aux États-Unis, jugés peu fiables dans un monde de plus en plus polarisé.
Un discours d'autonomie numérique... face à Washington
Outre les questions de souveraineté, Paris met aussi en avant un argument économique. Le recours à Visio permettrait, selon le gouvernement, d'économiser plusieurs millions d'euros par an en supprimant les coûteuses licences étrangères. David Amiel souligne que la France doit poursuivre « le sevrage » déjà engagé, notamment dans le domaine du stockage des données sensibles, avec le développement de clouds souverains.
Le discours officiel évoque une stratégie défensive, affirmant que ces outils numériques peuvent être utilisés « contre nous en temps de crise ». Une déclaration révélatrice du climat de méfiance croissant vis-à-vis de Washington.
Les grandes lignes de ce plan numérique sont donc présentées comme un effort de « désintoxication », mais les décisions restent timides, car elles ne concernent que la fonction publique. La société française, elle, demeure largement soumise aux outils américains au quotidien, dans les entreprises comme chez les particuliers.
Contradictions diplomatiques exposées au grand jour
Le gouvernement français tente également de limiter l'usage des outils d'intelligence artificielle venus des États-Unis. Le modèle Mistral AI, développé en France, a été testé auprès de 10 000 agents pour éviter le recours à des solutions étrangères comme ChatGPT.
La France semble chercher une autonomie de façade sans pour autant remettre en cause la domination américaine sur le plan militaire ou stratégique.
Une révélation récente a mis en évidence le double langage de l'exécutif français. Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social plusieurs messages privés envoyés par Emmanuel Macron, dans lesquels le président français proposait en coulisses un sommet à Paris et se disait prêt à « travailler ensemble ». Des initiatives confidentielles, en décalage total avec la posture officielle de fermeté et d'indépendance affichée par l'UE vis-à-vis de Washington.