03/02/2026 francais.rt.com  3min #303733

Rwanda : Claude Muhayimana rejugé à Paris pour complicité de génocide

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Claude Muhayimana. [Photo d'archives]

Condamné à quatorze ans de prison en 2021 pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité, Claude Muhayimana, Franco-Rwandais (65 ans), revient, le 3 février, devant la Cour d'assises de Paris. Chauffeur accusé d'avoir transporté des miliciens sur des lieux de massacres lors du génocide des Tutsi en 1994, il encourt désormais la perpétuité.

Claude Muhayimana avait été reconnu coupable en première instance d'avoir participé au transport de miliciens Interahamwe vers plusieurs sites de massacres dans l'ouest du Rwanda, notamment à Karongi, Gitwa et Bisesero, entre le 7 avril et la fin juin 1994. Le tribunal de Paris avait estimé qu'il s'était « rendu complice d'exécutions sommaires, d'actes de torture et d'autres actes inhumains », lui infligeant quatorze ans de réclusion criminelle.

Incarcéré à la prison de Fresnes à l'issue du procès, Muhayimana avait été libéré le 21 décembre 2023, la chambre de l'instruction considérant que sa détention provisoire n'était plus nécessaire pour les besoins de la procédure. Il comparaîtra devant la cour d'assises à partir du 3 février, avec une nouvelle équipe de défense, pour répondre de faits imprescriptibles commis pendant le génocide.

Des témoignages contradictoires et des dénégations

Lors du procès de 2021, le Franco-Rwandais avait nié l'ensemble des accusations, affirmant qu'il se trouvait à son domicile ou transportait un corps pour des funérailles. La cour n'avait pas été convaincue, les témoignages de quinze personnes le voyant conduire des miliciens sur les sites de massacres s'avérant déterminants. Certains éléments avaient révélé que Muhayimana avait mandaté une avocate rwandaise pour rencontrer des témoins et tenter d'influencer leurs déclarations, suscitant des critiques du tribunal.

Son avocat actuel, Réda Ghilaci, maintient que son client est innocent et qu'il a « activement participé à sauver des vies ». Un second conseil, Hugo Latrabe, estime au contraire que les témoignages à charge sont « fragiles et contradictoires » et que « hormis ces témoignages, aucun élément matériel » ne prouve la complicité de Muhayimana.

Parcours et nationalité

Chauffeur d'un petit hôtel au moment des faits, Claude Muhayimana a quitté le Rwanda après le génocide, s'installant successivement au Zaïre, au Kenya, puis en France en 2001 avec de faux papiers. Il a demandé le statut de réfugié politique et s'est installé à Rouen, où il a obtenu la nationalité française en 2010. Trois ans plus tard, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) déposait plainte contre lui.

Le procès, qui s'étendra jusqu'au 27 février, se déroule en vertu de la compétence universelle, principe permettant à la justice française de juger les auteurs de crimes graves commis à l'étranger. La première semaine sera consacrée à la contextualisation du génocide et des massacres dans la région de Kibuye. Une cinquantaine de témoins, dont certains depuis Kigali via visioconférence, seront entendus les semaines suivantes, avant les plaidoiries et le jugement final.

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