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Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, lors d'une discussion avec des étudiants le 19 février 2026 à Nové Mesto nad Váhom en Slovaquie.
À contre-courant de nombreux dirigeants européens, le Premier ministre slovaque Robert Fico a vivement critiqué la ligne de Bruxelles face au conflit en Ukraine. Il estime que Kiev est en difficulté, que les sanctions n'ont pas affaibli la Russie et que l'Union européenne pratique un "deux poids deux mesures" sur les questions énergétiques.
Le 20 février, lors d'une intervention diffusée sur sa page Facebook, Robert Fico a exposé sa vision de la situation en Ukraine et des débats internes à l'Union européenne. Son ton direct et assumé, tranche avec celui qui est adopté par une grande partie des dirigeants européens.
Le Premier ministre slovaque a déclaré : "dans l'UE, tout le monde sait que l'Ukraine est en train de perdre le conflit". Évoquant les réunions du Conseil européen, il a affirmé que Volodymyr Zelensky assurait que son pays est en train de gagner, une présentation des faits qu'il conteste fermement. "Nous savons tous que tu es en train de perdre", a-t-il lancé.
Il a également estimé que la politique de sanctions menée contre Moscou "ne [fonctionnait] pas" et que ces mesures "[n'atteignaient] pas leur objectif" et "[n'avaient] pas d'influence sur la Russie".
L'énergie au cœur des tensions
Au-delà du volet militaire, Robert Fico a centré ses critiques sur la question énergétique, essentielle pour la Slovaquie. Il a dénoncé un "deux poids deux mesures" dans l'attitude de Bruxelles à l'égard du gaz russe. Selon lui, des pays comme l'Allemagne ou la France continuent d'importer du gaz, y compris du gaz naturel liquéfié russe, tandis que des pays plus modestes sont pointés du doigt lorsqu'ils défendent leurs propres intérêts. "C'est de l'hypocrisie", a-t-il déclaré.
La situation s'est encore tendue avec l'arrêt des livraisons de pétrole via l'oléoduc "Droujba", officiellement attribué à un problème technique sur la portion ukrainienne du tracé. Bratislava envisage des "mesures de rétorsion" si l'interruption du transit décidée par les autorités ukrainiennes s'avère relever d'une décision politique et non d'un simple incident technique. Face à la pénurie, le gouvernement slovaque a décrété une situation de crise. Jusqu'à 250 000 tonnes de brut ont été autorisées à être prélevées dans les réserves stratégiques pour alimenter la raffinerie Slovnaft, dépendante du pétrole russe.
Robert Fico a averti que la Slovaquie pourrait suspendre les livraisons d'électricité à l'Ukraine si la situation persiste. Il s'est dit "choqué" par l'absence d'informations claires de la part de Kiev concernant l'arrêt du transit pétrolier.
Une Union européenne fragilisée
Plus largement, le Premier ministre slovaque remet en question l'orientation politique du bloc européen. Il a affirmé que le conflit en Ukraine "n'a pas de solution militaire" et critiqué ceux qui cherchent à "prolonger cette guerre à tout prix". Il estime que l'Union européenne souffre d'une absence de stratégie extérieure cohérente, ce qui affaiblit sa position internationale.
Dans cette perspective, Robert Fico a averti que l'Union européenne pourrait connaître un sort comparable à celui du Pacte de Varsovie si elle persiste dans cette direction. "L'Europe commencera à se désintégrer et deviendra un musée culturel pour les Chinois riches", a-t-il déclaré, esquissant le scénario d'un affaiblissement progressif du projet européen.