publié le 22/02/2026 Par Ariane Denoyel
La France : ses fromages, ses parfums, sa haute couture... et ses cancers. Notre pays a reçu en septembre dernier, via une étude publiée dans le Lancet, le titre peu envié de champion du monde de cette maladie. Les commentaires ont évoqué les expositions environnementales, mais surtout largement diffusé un discours culpabilisant sur les facteurs de risque - si vous avez un cancer, prenez-vous-en à vous-même. Bien évidemment, fumer, boire, manger n'importe quoi, négliger l'activité physique et se trouver en surpoids restent nocifs. Mais de nombreuses expositions évitables sont passées sous silence. Notamment un continent caché : les expositions professionnelles, qui touchent principalement les plus modestes. Le travail représente un cancérogène majeur et le cancer tue massivement plus les personnes défavorisées. Et tout est en place pour que l'invisibilisation continue.
N.B. Sauf mention contraire, nos interlocuteurs déclarent n'avoir pas de conflits ou liens d'intérêts
Le 11 février, l'Assemblée nationale a débattu, sans vote, de la pétition contre la proposition de loi (PPL) du sénateur LR Laurent Duplomb, qui a récolté plus de deux millions de signatures en 2025. Le parlementaire a déposé le 30 janvier une nouvelle proposition, prévoyant toujours la réintroduction de l'acétamipride. Les néonicotinoïdes, dont fait partie cet insecticide, sont notamment soupçonnés de favoriser les cancers du foie. Une deuxième pétition a été lancée par les opposants à cette PPL. Parmi les organisations mobilisées pour manifester devant l'Assemblée le 11 janvier figurait le collectif Cancer colère, dont la fondatrice, Fleur Breteau, a déclaré que "le cancer est politique puisque les pouvoirs publics ont la possibilité de le prévenir et ne le font pas".
Le cancer se trouve au premier rang des causes de décès en France (27 % des morts), devant les maladies cardiovasculaires. En termes de "taux d'incidence" - le nombre de cancers standardisé selon l'âge (1) pour 100 000 habitants - la France et Monaco font la course en tête (respectivement 389,4 et 491,3 cas).
D'autres estimations ne placent pas notre pays sur la première marche du "podium tumoral", mais dans les neuf premiers. Des variations à attribuer surtout aux différences de recueil des données, de méthodologie de leur traitement, ainsi qu'au fait que la France ne dispose pas d'un vrai registre national des cancers, mais extrapole les données rassemblées par la trentaine de registres locaux et les deux registres pédiatriques nationaux, couvrant environ un quart de la population. L'Institut national du Cancer (INCa), dont les limitations sont régulièrement soulevées par le collectif Cancer Rose et par le Formindep (également ici et là), proche de Prescrire, sera chargé d'instaurer un registre national - les décrets sont en attente.