09/03/2026 mondialisation.ca  4min #307094

Contrôle biologique sélectif des insectes piqueurs?

Par  Christiane Bernier et  Danièle Dugré

Voilà une phrase parfaitement formulée pour séduire une population encore peu informée sur ce qu'est réellement le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti).

Bienvenue dans le monde du marketing, de l'écoblanchiment et du lobbying.

Décortiquons ce que chaque mot veut vraiment dire:

CONTRÔLE : devrait plutôt être changé pour "pesticide" ou "insecticide" ou "larvicide", car le Bti est avant tout un produit utilisé pour détruire des insectes à la base de la chaîne alimentaire, ceux-là mêmes qui nourrissent des insectivores comme des poissons, des oiseaux, les libellules et les batraciens. Pis encore, aucun contrôle n'est effectué par les instances gouvernementales sur les quantités résiduelles de Bti sur le terrain, après épandage. Pourtant, le Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, dans son dernier rapport sur le Bti " Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l'aide du Bti" préconise le principe de précaution et l'utilisation d'alternatives, et ce, en raison d'études récemment publiées qui  démontrent des effets directs et indirects du Bti sur d'autres espèces. Malgré cela, ce même ministère continue à émettre des autorisations aux municipalités et aux propriétaires privés.

BIOLOGIQUE : L'industrie, et même parfois des fonctionnaires, nous présentent le produit comme étant biologique, comme on a retrouvé cette bactérie naturellement dans le sol en Israël. Il faut savoir que les formulations utilisées ne comptent que pour environ 10 % du contenu en Bti et que pour rendre ce pesticide utilisable à grande échelle, l'industrie rajoute près de 90 % d'autres ingrédients, produits chimiques, notamment des agents de conservation, des surfactants et des agents de protection contre le rayonnement UV et on ne sait quoi encore ! De plus, compte tenu de la législation sur le secret industriel, il est impossible pour les chercheurs indépendants des entreprises qui préparent les formulations commerciales de démontrer l'impact exact de ces additifs. Dans ce contexte, qui peut vraiment affirmer que le Bti est biologique?

SÉLECTIF : L'industrie prétend que le Bti ne tue que les moustiques et les mouches noires alors que c'est faux.  Le produit affecte aussi, notamment, leur proche cousin, les chironomes (non-piqueurs), une espèce plus prolifique que les moustiques et qui se trouve, elle aussi, à la base de la chaîne alimentaire. Plusieurs études ont également démontré des effets directs néfastes sur des espèces comme certaines grenouilles.

INSECTES PIQUEURS : Des insectes qui piquent, il y en a une panoplie : les abeilles, les guêpes, les acariens, les punaises de lit, les taons, les tiques et j'en passe. Ces dernières années, ce sont les tiques qui nous menacent, et cela, bien plus que les moustiques et les mouches noires et le Bti n'a aucun effet sur les tiques. Lorsque l'industrie utilise le terme INSECTES PIQUEURS, il tend à induire un faux sentiment de sécurité chez les citoyens.

Personne n'aime les moustiques, mais TOUS, nous avons la responsabilité de protéger notre biodiversité régionale. C'est ce qu'ont fait plusieurs villes au Québec, dont Saint-Colomban, Labelle, Terrebonne (2022), Longueuil, Mont-Saint-Grégoire, Mirabel, Nicolet et Gatineau (2023), Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson et Bégin (2024), Repentigny et Blainville (2025); chacune de ces municipalités a choisi de se responsabiliser et de protéger la biodiversité en votant en faveur d'un arrêt définitif sur leur territoire de ces programmes d'épandages, injustifiés à tous points de vue. Il ne faut pas oublier qu'il y a de moins en moins d'insectes en général, incluant les moustiques et les mouches noires, et qu'il y a moyen de se protéger c.-à-d. d'éloigner ces espèces avec des répulsifs.

Christiane Bernier
Trois-Rivières
Danièle Dugré
Labelle
Coalition Biodiversité-Non au Bti
 www.nonaubti.org

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