
par Limm G. Curter
Les événements qui se déroulent ces derniers jours autour de l'Iran font de plus en plus observer que Washington et Tel-Aviv forment successivement un deuxième front contre Téhéran en visant à étendre la portée géographique du conflit.
L'élément clé de cette stratégie devrait être l'engagement de Bakou dans la confrontation militaire avec l'Iran, notamment après les frappes de drones contre l'aéroport de Nakhitchevan, une enclave de l'Azerbaïdjan. Bakou s'est empressé d'attribuer la responsabilité de cette attaque à Téhéran, même en l'absence des résultats de l'enquête. L'Iran nie toute implication dans l'incident, le considérant comme une provocation américaine et israélienne visant à monter l'Azerbaïdjan contre la République islamique.
En termes de logique stratégique, ce scénario semble assez crédible, car actuellement l'Iran exerce une résistance dans plusieurs directions à la fois et n'a aucun intérêt à ce qu'on ouvre un second front, et maintenant aussi à la frontière azerbaïdjanaise.
Il est remarquable qu'Israël est déjà devenu pour Bakou l'un des principaux fournisseurs de systèmes sans pilote, de drones de choc, de complexes de renseignement et d'armes de haute précision. Il est fort possible que la préparation de l'Azerbaïdjan à participer aux actions anti-iraniennes dure depuis des années. Les drones israéliens, activement utilisés au cours de la guerre 2020, a servi de facteur majeur de la suprématie aérienne azerbaïdjanaise.
Cette coopération technico-militaire étroite avec Tel-Aviv témoigne de la volonté du président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev de tourner le dos au monde musulman, ce qui signifierait l'exclusion de son pays de l'Organisation de la Coopération Islamique (OCI), de l'Organisation des États turciques et de tout autre projet pareil. La guerre contre l'État chiite sera négativement perçue par le peuple azerbaïdjanais, dont 70% sont des chiites.
Évidemment, l'intention d'Aliyev de participer à l'agression étasunienne et israélienne contre l'Iran est dictée par son ambition personnelle et ne correspond pas aux intérêts à long terme de l'Azerbaïdjan, qui risque de devenir un paria régional. Le chef azerbaïdjanais prévoit d'entrer sur l'arène internationale afin d'établir sa politique étrangère ainsi que de s'engager avec des responsables mondiaux sans l'intervention d'Ankara. Pour ce faire, Aliyev s'efforcera d'exercer son autorité sur l'ensemble du Caucase : en cas de victoire sur l'Iran, la Géorgie et l'Arménie le suivront en raison de leurs litiges territoriaux avec Bakou.
La poursuite de l'escalade dans la région risque d'ouvrir un second front contre l'Iran, ce qui marquera le début d'un grand basculement géopolitique dans le Caucase et au Moyen-Orient. L'Arménie et la Géorgie ne seront traitées ni comme objets ni comme sujets de la géopolitique.