
par Franck Pengam
À Harnes, dans le Pas-de-Calais, une municipalité vient de changer de mains après plus de quatre-vingts ans de gouvernance communiste. Anthony Garénaux-Glinkowski, 34 ans, a remporté le premier tour des municipales 2026 avec 50,29% des suffrages. Son premier acte visible en tant que maire : faire retirer les drapeaux ukrainien et européen de la façade de l'hôtel de ville, ne conservant que le seul tricolore. Une décision simple, lisible et immédiatement chargée de sens, pour ses partisans comme pour ses adversaires.
La réaction ne s'est pas fait attendre. Le PCF local a dénoncé sur les réseaux sociaux un "signal de repli, là où d'autres choisissent l'ouverture et la solidarité". Les communistes ont également ironisé sur une éventuelle explication technique : "S'agit-il vraiment d'un choix politique assumé... ou simplement d'un passage en machine à laver ?" La réponse du maire a été sans équivoque. Interrogé par La Voix du Nord, il a balayé toute ambiguïté : "Étant souverainiste, je considère qu'un seul drapeau doit flotter sur les bâtiments publics". Il a ajouté qu'il n'existait à ses yeux qu'un seul drapeau légitime sur les édifices de la République : "le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge".
"Il n'existe qu'un seul drapeau, le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge"
Cette position est-elle légalement fondée ? Oui, sans ambiguïté. Le droit français n'impose aux mairies que le pavoisement du drapeau national. La seule exception : le 9 mai, journée de l'Europe, où le drapeau européen doit accompagner les couleurs tricolores. En dehors de cette date, aucun texte n'oblige un maire à arborer quelque autre bannière que ce soit. Le nouveau maire de Harnes n'a donc pas agi dans l'illégalité, il a simplement exercé une prérogative que la loi lui reconnaît pleinement.
🔴🇫🇷 𝗙𝗟𝗔𝗦𝗛 𝗜𝗡𝗙𝗢 - À Harnes, le nouveau maire RN retire les drapeaux de l'Union européenne et de l'Ukraine de la mairie, affirmant qu'"un seul drapeau doit flotter sur les bâtiments publics", celui de la France.Élu dès le premier tour avec 50,29 % des voix, Anthony... pic.twitter.com/P1gKPKgzuD
- Bastion (@BastionMediaFR) March 27, 2026
La souveraineté, un choix qui se lit sur les façades
Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est moins la décision elle-même que la violence symbolique avec laquelle elle a été reçue. Retirer des drapeaux non obligatoires d'une mairie suffit à déclencher un communiqué d'indignation, des accusations de "repli" et des questions rhétoriques sur l'identité politique de l'élu. Comme si afficher le seul drapeau de la nation française sur un bâtiment public français constituait en soi un acte de provocation.
Le maire de Harnes a pris soin d'ancrer son choix dans un référendum : en 2005, les habitants de sa commune ont rejeté à 78,95% le projet de Constitution européenne. Ce score, parmi les plus élevés de France à l'époque, dit quelque chose de durable sur le rapport qu'entretiennent les Harnésiens avec la construction européenne. Un maire qui traduit, vingt ans plus tard, ce sentiment populaire dans un acte concret ne fait pas un caprice idéologique : il lit son territoire et assume une cohérence.
L'argument du PCF sur le drapeau ukrainien mérite quant à lui d'être examiné honnêtement. Un tribunal administratif de Versailles a effectivement jugé en décembre 2024 que "mettre un drapeau ukrainien sur la façade d'un bâtiment public n'est pas une revendication politique. C'est un symbole de solidarité envers une nation victime d'une agression". Cette jurisprudence est réelle et elle a du sens. La solidarité avec un peuple en guerre n'est pas une posture partisane ordinaire. Il serait malhonnête de le nier.
Pour autant, le maire ne dit pas qu'il abandonne le peuple ukrainien. Il affirme explicitement qu'il trouvera "d'autres occasions" d'exprimer ce soutien. La question n'est donc pas de savoir s'il est solidaire ou non de l'Ukraine, mais de savoir où cette solidarité doit s'exprimer. Sur ce point, sa position est défendable : la façade d'un bâtiment public n'est pas un panneau d'affichage des préférences diplomatiques du moment. Elle incarne une continuité, une appartenance, une identité collective qui dépasse les conjonctures.
"Souverainiste" revendiqué
➡️ t.co pic.twitter.com/jocgVOrdHx- 20 Minutes (@20Minutes) March 27, 2026
Ce que révèle le tumulte médiatique
Ce qui doit interroger, c'est le traitement médiatique réservé à cet épisode. Partout en France, des maires ont arboré le drapeau ukrainien sans que personne ne s'en offusque, et c'était une décision politique au sens le plus littéral du terme : un choix de s'associer publiquement à une cause internationale. Quand un maire fait le chemin inverse et revient à la stricte légalité, les titres s'embrasent, les réactions fusent, les procès d'intention s'accumulent.
Cette asymétrie est révélatrice. Brandir un drapeau étranger serait neutre ; ne brandir que le drapeau français serait militant. Cette logique inversée dit beaucoup sur le cadre interprétatif dominant dans une partie du débat public : l'affirmation de la nation est suspecte, le dépassement de la nation est naturel. Le maire de Harnes a simplement refusé cette hiérarchie implicite. C'est précisément ce refus qui dérange.
Harnes n'est évidemment pas un symbole universel. C'est une commune du bassin minier, avec son histoire singulière, ses quatre-vingts ans de rouge et sa sociologie propre. Mais la question que pose cet épisode dépasse largement ses frontières communales : à qui appartiennent les façades de nos mairies ? À l'histoire nationale, à la solidarité internationale du moment ou aux convictions personnelles de chaque édile ? La réponse de la loi est claire. La réponse du débat public reste à construire, sans caricature des uns ni des autres.
source : Géopolitique Profonde