09/04/2026 reseauinternational.net  4min #310443

Interdiction des sachets de nicotine : pourquoi la Suède dénonce et menace la décision de la France ?

par Robert Manin

Avec l'interdiction des sachets de nicotine le 1er avril, la tension monte entre la Suède et son 9ème partenaire commerciale. Alors que Paris et Stockholm sont en discussion pour renforcer leur coopération en matière d'armement, la Suède s'élève contre une décision jugée excessive et radicale à l'échelle européenne. Derrière les prises de position officielles, une question affleure : celle de l'équilibre entre protection sanitaire et pragmatisme réglementaire. Accord militaire en cours de construction.

Les pouches, un produit en expansion

Discrets, sans tabac et sans fumée, les "pouches" délivrent de la nicotine sans combustion. Très répandus en Suède, et dans d'autres pays nordiques, ainsi que de plus en plus présents aux États-Unis, ils sont perçus comme une alternative moins nocive aux cigarettes.

En Scandinavie, ils prolongent la tradition du snus et séduisent plus d'un million d'utilisateurs. Pour les autorités sanitaires suédoises, cette diffusion massive a contribué à l'effondrement du tabagisme national, désormais sous les 5%, le taux le plus bas d'Europe. La Suède dispose également du nombre de cancers parmi les plus faibles d'Europe, notamment du poumon, avec 3 fois moins de cancers chez les hommes par rapport à la moyenne européenne.

Une interdiction française qui fait réagir Stockholm

Sans prendre en compte les données scientifiques tirées de l'expérience suédoise, la France s'enferme dans une position stricte en interdisant totalement les pouches, au nom du principe de précaution et de la protection des jeunes. Plutôt que l'encadrement et l'accompagnement des fumeurs, elle préfère interdire et priver les fumeurs d'une alternative utile à leur parcours d'arrêt de la cigarette traditionnelle.

En Suède, cette décision est perçue comme excessive et mal calibrée. Les eurodéputés sociaux-démocrates, emmenés par Johan Danielsson, dénoncent une atteinte à la libre circulation des biens et qualifient la mesure de "totalement inacceptable". La veille de l'entrée en vigueur, ils avaient notamment interpellé Ursula von der Leyen afin d'obtenir une réaction de la Commission dans un délai de trois semaines.

Comme le rapporte le journal de référence suédois  Aftonbladet, des élus du parti S&D siégeant au Parlement européen demandent aussi à la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, de suspendre les sessions à Strasbourg. Ils jugent dorénavant risqué de se rendre en France tant que leurs collaborateurs ou des visiteurs pourraient être poursuivis et sanctionnés pour possession de pouches. Ces craintes alimentent la colère et renforce l'idée que la mesure française va au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre son objectif.

Et les touristes ?

Le sujet dépasse également le cadre institutionnel. Chaque année, la France accueille des millions de touristes, notamment nord-américains et scandinaves, parmi lesquels beaucoup consomment des sachets de nicotine. Or, à peine auront-ils posé le pied sur le territoire, ils s'exposeront à une infraction en entrant en détenant ces produits. Ces menaces qui pèsent sur leurs ressortissants inquiètent autant les élus que les autorités suédoises.

Le ministre suédois du Commerce extérieur, Benjamin Dousa, accuse la France de s'en prendre au marché unique et rappelle que les pouches constituent à la fois un outil central de réduction des risques et un secteur économique en croissance rapide.

Pour Stockholm, l'interdiction française manque de cohérence. Elle proscrit un produit considéré comme moins nocif que la cigarette, tout en laissant le tabac fumé en vente libre. "Même si le snus n'est pas un produit de santé, il reste préférable au tabagisme", fait valoir Benjamin Dousa dans le média suédois  Expressen, qui juge difficilement compréhensible qu'un pays interdise les pouches tout en autorisant la cigarette.

Une ligne de fracture plus large

Faut-il privilégier l'interdiction ou accompagner les transformations des usages ? Entre la rigidité assumée de la France et l'approche pragmatique de la Suède, le compromis reste incertain. Si le dialogue n'aboutit pas, la question pourrait être tranchée sur le terrain juridique européen.

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