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Un avion à l'aéroport de Francfort, le 7 mai 2026.
Quelque 20 millions de voyageurs pourraient être touchés en Allemagne par des annulations de vols cet été. Selon l'Association des aéroports allemands, la hausse du kérosène pèse lourdement sur les compagnies, au point de rendre des liaisons difficilement rentables. Les vols low cost et les destinations secondaires seraient les premiers concernés.
À l'approche de l'été, le transport aérien se prépare à une saison sous tension en Allemagne. Les aéroports alertent sur un risque d'annulations de vols pouvant toucher jusqu'à 20 millions de voyageurs. Le chiffre est avancé par l'ADV, l'Association des aéroports allemands.
L'avertissement a été formulé par Ralph Beisel, le directeur général de l'ADV. Dans une interview au journal allemand Welt am Sonntag, il a expliqué que certains aéroports pourraient subir, dans le pire scénario, "une baisse de capacité de 10 %". "Rapporté à l'ensemble des aéroports, cela toucherait 20 millions de passagers", a-t-il précisé.
Au cœur du problème se trouve le prix du kérosène. Il est "depuis plus de deux mois deux fois plus élevé qu'avant la guerre" au Moyen-Orient. Et l'ADV ne s'attend pas à une amélioration rapide. Ralph Beisel ne prévoit pas de "retour à la normale dans les prochains mois", ce qui maintient une forte pression sur les compagnies aériennes.
Les vols les moins rentables en première ligne
Toutes les lignes ne sont pas exposées de la même manière. Les compagnies à bas coût et les destinations d'une moindre importance touristique seraient les plus menacées. Pour ces vols, la question n'est pas seulement de savoir si le carburant sera disponible, mais si les compagnies pourront encore les exploiter sans perdre d'argent.
"Même si le kérosène reste disponible, les compagnies ne pourront pas exploiter de nombreux vols de façon rentable" aux niveaux de prix actuels, a résumé Ralph Beisel. Autrement dit, une pénurie n'est pas nécessaire pour provoquer des annulations : un carburant trop cher suffit à fragiliser une partie du programme estival.
Cette tension s'inscrit dans un contexte énergétique déjà instable. Le conflit en Iran, débuté fin février, a entraîné la fermeture du détroit d'Ormuz, un point de passage essentiel pour les hydrocarbures. Cette situation alimente les craintes de pénuries de carburant pendant l'été. L'Union européenne affirme ne pas constater de manque à ce stade, mais dit se préparer à plusieurs scénarios.
Un secteur européen dépendant et vulnérable
Pour limiter les risques, l'Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne, l'AESA, a ouvert la voie à l'utilisation du Jet A. Ce kérosène est produit aux États-Unis, mais il n'est pas distribué actuellement en Europe pour des raisons techniques. Cette solution d'urgence illustre la fragilité du secteur aérien européen, exposé à des approvisionnements extérieurs et à un marché énergétique instable.
Les grandes compagnies sont déjà touchées. Lufthansa, premier groupe européen de transport aérien, a fortement réduit ses capacités de vols en avril. Le groupe a également fermé sa filiale régionale CityLine, en invoquant notamment la hausse des coûts du kérosène.
Ces avertissements venus d'Allemagne contrastent avec le discours plus rassurant tenu en France. Le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, a affirmé le 8 mai qu'il n'y aurait pas "d'annulations massives cet été". Mais les inquiétudes exprimées par les aéroports allemands rappellent que le secteur aérien européen reste vulnérable aux chocs énergétiques et aux tensions sur les routes d'approvisionnement.
Pour les voyageurs, le risque concerne surtout les vols low cost et certaines lignes secondaires. Pour les compagnies, l'enjeu est de préserver les programmes d'été malgré un carburant beaucoup plus cher. Enfin, pour les aéroports allemands, le message est clair : sans stabilisation du kérosène, la saison estivale pourrait être marquée par des suppressions de vols importantes.