16/05/2026 francais.rt.com  3min #314089

Maroc : influenceurs et créateurs de contenu, nouvelles cibles du fisc

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La ministre marocaine de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui.

Le Maroc renforce le contrôle fiscal des influenceurs et créateurs de contenu. Désormais soumis aux règles classiques de l'impôt sur le revenu et de la TVA, les acteurs du numérique sont dans le viseur du fisc, qui multiplie les mécanismes de surveillance pour lutter contre la fraude et intégrer l'économie numérique dans le circuit formel.

Le Maroc serre la vis face à l'économie numérique. Dans une réponse écrite à une question parlementaire, la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a confirmé que les influenceurs, créateurs de contenu et acteurs du commerce électronique sont désormais pleinement soumis à l'impôt sur le revenu selon les règles générales prévues par la législation fiscale marocaine.

Le gouvernement entend ainsi intégrer cette économie dématérialisée dans le circuit formel et réduire les pratiques d'évasion fiscale qui se sont développées avec l'essor des plateformes numériques et des réseaux sociaux. Les autorités fiscales ciblent aussi bien les influenceurs résidant au Maroc que ceux opérant depuis l'étranger tout en générant des revenus sur le marché marocain.

Selon les explications fournies par la ministre, toute personne physique ou morale exerçant une activité commerciale ou de services au Maroc est soumise soit à l'impôt sur les sociétés, soit à l'impôt sur le revenu. Les influenceurs devront ainsi déclarer leur identité fiscale auprès de la Direction générale des impôts (DGI) et transmettre chaque année une déclaration électronique détaillant l'ensemble de leurs revenus.

Le dispositif fiscal concerne également la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Les prestations publicitaires réalisées via les réseaux sociaux, les plateformes numériques ou les sites web deviennent imposables dès lors que le chiffre d'affaires annuel dépasse 500 000 dirhams (soit environ 46 600 euros). Les revenus issus du commerce électronique sont également soumis à la TVA lorsque le chiffre d'affaires franchit le seuil de deux millions de dirhams par an (l'équivalent de 186 000 euros).

Surveiller le train de vie des créateurs de contenu

Pour renforcer les contrôles, l'administration fiscale a mis en place des cellules spécialisées chargées de surveiller les réseaux sociaux et de comparer le train de vie affiché publiquement par certains influenceurs avec leurs revenus officiellement déclarés. Cette surveillance vise particulièrement les créateurs de contenu affichant un mode de vie luxueux susceptible de révéler des revenus non déclarés.

Le gouvernement marocain affirme s'inspirer des pratiques appliquées dans plusieurs pays occidentaux. En Espagne, en Allemagne ou encore aux États-Unis, les influenceurs sont considérés comme des travailleurs indépendants et doivent déclarer l'ensemble des revenus tirés des partenariats commerciaux, des contenus sponsorisés ou de la publicité en ligne.

Dans ce cadre, Rabat prépare également une modernisation plus large de son arsenal fiscal afin de mieux encadrer les métiers du numérique. Les lois de finances 2023, 2024 et 2025 ont déjà introduit plusieurs mesures destinées à adapter la fiscalité marocaine à la croissance rapide des services numériques et des plateformes étrangères opérant au Maroc.

Parmi les nouvelles dispositions figure notamment la création d'une plateforme électronique obligatoire permettant aux prestataires numériques non-résidents de déclarer leur activité, leur chiffre d'affaires réalisé au Maroc et la TVA due. Les autorités souhaitent ainsi harmoniser leur système avec les standards fiscaux internationaux et limiter les pertes fiscales liées à l'économie numérique.

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