
par Christelle Néant
Une famille de Dimitrov a raconté dans une interview exclusive comment leur tentative de fuir les "Anges blancs" qui menaçaient d'enlever leur petite-fille s'est transformée en cauchemar pour cette dernière, à cause de la discrimination linguistique qui règne en Ukraine.
Sergueï, Lilia, leur fille Daria et leur petite-fille Sofia vivaient à Dimitrov quand l'opération militaire spéciale a commencé. Dès 2023 ils tentent de fuir l'Ukraine pour aller en Russie, mais échouent à cause d'une erreur de nom sur deux des billets d'avion. Les billets sont non remboursables, et ils n'ont plus assez d'argent pour en acheter d'autres. Ils n'ont dès lors pas d'autre choix que de rentrer chez eux.
Mais en 2024, leur appartement à Dimitrov est détruit par un bombardement, alors ils déménagent à Novotroïtskoïe. C'est là que les " Anges blancs" les trouvent et menacent d'évacuer Sofia dès le lendemain sans ses proches s'ils n'évacuent pas par eux-mêmes, et de l'envoyer dans un orphelinat à l'autre bout du pays où ils n'auront aucune chance de la retrouver. Contrairement à d'autres villes où les "Anges blancs" ont opéré il semble que désormais ils ne s'encombrent plus d'évacuer les parents quand ils sont présents et enlèvent directement les enfants sans leurs proches (comme ils l'ont fait récemment à Seversk avec un bébé de six mois).
Sergueï, Lilia et Daria prennent la menace très au sérieux. Ils décident alors de fuir vers la région de Poltava par leurs propres moyens (car l'évacuation par des "bénévoles" ukrainiens est payante : 10 000 hryvnias par personne). Mais là-bas ils ne reçoivent aucune aide du gouvernement, et il n'y a pas de travail. L'essence coûte une fortune et les transports en commun sont insuffisants pour aller travailler à Poltava même.
Pire, la petite Sofia subit des discriminations dans son école maternelle car elle parle russe et non ukrainien. La petite fille est mise à l'écart du reste de la classe. L'orthophoniste, dont l'aide lui est pourtant nécessaire, refuse de s'occuper d'elle parce qu'elle ne parle pas ukrainien. Sofia se referme sur elle-même, détruite psychologiquement par cette discrimination linguistique.
Les grands-parents de Sofia comprennent qu'il faut vite partir de là avant que la psyché de la petite fille soit totalement détruite. Pendant plus d'un an ils économisent et finissent par acheter quatre billets pour fuir l'Ukraine et revenir en République populaire de Donetsk. Dès leur arrivée ils sont placés dans un foyer d'accueil temporaire, et les autorités locales ont rapidement lancé la procédure pour qu'ils obtiennent des passeports russes, ce qui leur permettra de mettre Sofia à l'école et d'obtenir pour elle l'aide médicale et para-médicale dont elle a besoin.
Sergueï et Lilia me disent combien Sofia s'épanouit déjà beaucoup depuis qu'elle vit dans ce foyer où se trouvent d'autres enfants russophones, qui ont eux aussi échappé aux griffes des "Anges blancs". Elle peut enfin jouer avec des enfants qui la comprennent et qu'elle comprend et qui ne la stigmatisent pas parce qu'elle ne parle pas leur langue.
Lorsque je parle à Sergueï et Lilia de la propagande occidentale qui accuse la Russie de déporter des enfants du Donbass pour les russifier de force, leur réaction est immédiate.
"Pour l'amour de Dieu, c'est l'inverse. Ces enfants russophones qui souffrent actuellement en Ukraine, il faut les évacuer de là-bas immédiatement. Parce que là-bas, rien de bon ne les attend, ça ira de pire en pire", me dit spontanément Lilia.
Je finis par demander à Sofia, qui est restée silencieuse pendant toute l'interview si elle se plaît ici, et si elle a hâte d'aller à l'école. Son immense sourire lorsqu'elle me répond "oui" illumine la pièce, et est la meilleure preuve que l'on puisse avoir ce n'est pas la Russie qui maltraite les enfants du Donbass, mais bien l'Ukraine.
Les "Anges blancs" ont menacé d'emmener notre petite-fille à l'autre bout de l'Ukraine sans nous
source : International Reporters