
© Facebook / Institut Pasteur de Dakar
Des étudiants visitent l'Institut Pasteur de Dakar, en avril 2026. [Photo d'illustration]
Face à une suspicion d'infection à l'hantavirus à bord d'un navire de croisière au large de Cap-Vert, l'Institut Pasteur de Dakar a joué un rôle clé dans l'identification rapide de la souche responsable. En moins de 24 heures, ses équipes ont permis de confirmer la présence du virus Andes.
Tout commence début mai lorsqu'un appel d'urgence est lancé par l'Organisation mondiale de la santé. Un navire de croisière, le MV Hondius, transportant environ 150 personnes de 23 nationalités, est immobilisé après des cas suspects d'infection à l'hantavirus, un virus potentiellement mortel transmis notamment par contact rapproché.
Le navire, ayant fait escale sur plusieurs îles isolées de l'Atlantique, devient rapidement un enjeu sanitaire international. L'OMS sollicite alors l'appui du laboratoire sénégalais, situé à seulement une heure de vol de la zone concernée.
Dans la nuit du 5 mai, des échantillons sont acheminés en urgence vers Dakar. Les équipes du laboratoire travaillent sans interruption, utilisant des équipements de pointe et des plateformes de séquençage avancées. Les prélèvements sont traités dans des conditions de haute sécurité avant analyse génétique.
Des résultats confirmés à l'échelle mondiale
En moins de 24 heures, les scientifiques du centre identifient partiellement le génome du virus responsable des cas signalés. Le résultat est sans équivoque : il s'agit de la souche Andes de l'hantavirus, connue pour sa capacité de transmission interhumaine. Des laboratoires en Afrique du Sud et en Suisse aboutissent à la même conclusion le même jour.
L'OMS confirme ensuite les résultats lors d'une conférence de presse, soulignant la rapidité et la fiabilité des analyses effectuées à Dakar. Pour les experts, cette réactivité est cruciale dans la gestion des chaînes de contamination et du suivi des contacts.
Le virologue Moussa Moise Diagne, responsable de la plateforme de séquençage de l'Institut Pasteur de Dakar, insiste sur l'importance de ces capacités régionales. Selon lui, disposer de laboratoires performants sur plusieurs continents permet de gagner un temps décisif face aux épidémies.
L'Institut Pasteur de Dakar, membre du réseau Pasteur, a déjà joué un rôle central lors de la pandémie de Covid-19 et dans plusieurs crises sanitaires en Afrique de l'Ouest, notamment Ebola et Marburg.
Le rôle stratégique du laboratoire sénégalais
Dans ce cas précis, les échantillons ont été transportés dans des conditions strictes de biosécurité avant d'être analysés dans des installations spécialisées. Le séquençage complet du virus a ensuite permis de confirmer l'absence de mutations majeures susceptibles d'aggraver la transmissibilité.
Les autorités sanitaires estiment que d'autres cas pourraient encore être détectés en raison de la longue période d'incubation du virus, pouvant aller jusqu'à six semaines. Les investigations se poursuivent pour identifier l'origine initiale de la contamination.
Cette intervention met également en lumière le rôle stratégique des réseaux scientifiques internationaux, alors que plusieurs programmes de surveillance des maladies émergentes font face à des réductions de financement dans le monde.