27/05/2026 reseauinternational.net  7min #315178

La Corée du Sud lance la construction de ses sous-marins à propulsion nucléaire de pointe

par Philippe Rosenthal

La France a de bonnes cartes pour travailler avec la Corée du Sud qui a annoncé un plan d'action pour construire des sous-marins nucléaires. Séoul cherche à accélérer cet objectif stratégique même si les progrès significatifs avec les États-Unis n'ont pas été réalisés. L'objectif est de construire la prochaine génération de sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire de pointe pour le pays.

Washington avait accepté de soutenir les efforts de Séoul pour acquérir des sous-marins nucléaires lors d'un sommet entre le président sud-coréen, Lee Jae-myung, et le président américain, Donald Trump, en octobre dernier. Les États-Unis et la Corée du Sud ont finalisé  un accord stratégique dans lequel le président américain Donald Trump a donné son feu vert pour que Séoul construise des sous-marins d'attaque à propulsion nucléaire.

"Le gouvernement (Corée du Sud)  a officiellement annoncé aujourd'hui le développement d'un sous-marin d'attaque à propulsion nucléaire qui sera déployé à la fin des années 2030", stipule Jnilbo, média basé à Gwangju. "Le gouvernement promeut pleinement le développement de sous-marins à propulsion nucléaire à la fin des années 2030 pour répondre aux menaces nucléaires et de missiles telles que les missiles balistiques lancés par les sous-marins (SLBM) de la RPDC", est-il précisé, signalant : "C'est la première fois que le gouvernement annonce officiellement la direction du développement indépendant des sous-marins à propulsion nucléaire et la feuille de route spécifique à l'intérieur et à l'extérieur du pays".

"Par rapport aux sous-marins diesel existants, il aura une capacité de confinement à long terme et une grande maniabilité, ce qui en fait une force clé pour neutraliser la menace nucléaire de la RPDC", rappelle le média sud-coréen.

Si la Corée du Sud vient de décider de construire de manière indépendante son premier sous-marin à propulsion nucléaire dans ses chantiers navals nationaux, "ce projet n'est toutefois pas réalisé sans le soutien des États-Unis", avertit Jnilbo car "Washington a officiellement approuvé et coordonné avec Séoul la fourniture de combustible d'uranium faiblement enrichi, tout en respectant les normes internationales de non-prolifération".

Le plan de base pour le développement du sous-marin à propulsion nucléaire de la Corée du Sud annoncé aujourd'hui est, selon Naval News,  le premier document à présenter, tant au niveau national qu'international, l'orientation de la Corée du Sud en matière de développement systématique d'un sous-marin à propulsion nucléaire. Son contenu principal est le suivant :

•  Le combustible nucléaire du réacteur du sous-marin nucléaire utilisera de l'uranium faiblement enrichi, et le réacteur sera conçu pour permettre un fonctionnement à long terme afin de minimiser les remplacements de combustible.

•  Afin de garantir l'autonomie et la stabilité de la flotte en matière d'acquisition, de maintien en condition opérationnelle et de maintenance, le sous-marin nucléaire sera développé et construit en République de Corée.

•  La plateforme et le système de propulsion du sous-marin nucléaire seront développés en tirant pleinement parti des technologies de pointe accumulées depuis longtemps par les secteurs nucléaire et naval civils de la République de Corée, garantissant ainsi un haut niveau de fiabilité et de sûreté.

•  L'ensemble du processus, de la conception à la construction, en passant par l'exploitation, la maintenance, la gestion du combustible nucléaire et le démantèlement du sous-marin nucléaire, sera développé et géré selon une approche globale du cycle de vie afin d'assurer une exploitation durable.

•  Le développement se poursuivra de manière que le premier sous-marin à propulsion nucléaire puisse être lancé au milieu des années 2030 et mis en service après la fin des années 2030.

"En outre, forte de la confiance de la communauté internationale, la Corée du Sud s'engage à respecter ses obligations de non-prolifération avec transparence et fermeté, et prend les trois engagements suivants : elle ne possède aucune arme nucléaire et ne développera jamais d'armes nucléaires. Deuxièmement, elle respectera scrupuleusement ses obligations de non-prolifération tout au long du processus d'approvisionnement et de gestion de l'uranium faiblement enrichi, combustible nucléaire nécessaire à la propulsion des sous-marins nucléaires. Troisièmement, elle établira, conjointement avec l'AIEA, un système de garanties applicable aux sous-marins nucléaires et respectera un niveau élevé d'obligations de non-prolifération", tient à faire savoir le média anglophone analysant les développements navals.

En outre, le développement des sous-marins à propulsion nucléaire en Corée du Sud devrait créer plus de 40 000 emplois stables et de haute qualité et contribuer à renforcer fondamentalement la compétitivité industrielle régionale et le potentiel de croissance.

La demande de Trump a été rejetée. Il souhaitait une construction des sous-marins nucléaires aux États-Unis et des investissements dans les chantiers navals américains. Déjà en janvier dernier, l'Institut naval des États-Unis  titrait sur le refus de la Corée du Sud de construire ses sous-marins dans les entrepôts de Philadelphie en expliquant l'importance du projet pour Trump : "La vision porteuse d'un partenariat naval stratégique américano-sud-coréen ne se limite pas aux patrouilles conjointes de sous-marins nucléaires. Elle promet également un soutien à l'industrie navale américaine, actuellement en difficulté, afin de combler l'important déficit de production de navires de guerre entre les États-Unis et la Chine". "Le chantier naval Hanwha, propriété sud-coréenne et situé à Philadelphie, produit actuellement quelques navires par an, mais ambitionne d'accroître ce volume dans les années à venir", mentionnait l'Institut naval des États-Unis.

Selon l'annonce, les réacteurs des sous-marins nucléaires utiliseront de l'uranium faiblement enrichi comme combustible. Il s'agit du même combustible qu'en France. C'est une technologie française. Les réacteurs nucléaires des sous-marins américains (et britanniques) fonctionnent à l'uranium hautement enrichi. Les réacteurs fabriqués en France utilisent de l'uranium faiblement enrichi. Rien ne garantit que Séoul adoptera la technologie française, mais le site Opex360 signale que "la Corée du Sud  ne maîtrise pas encore certains savoir-faire particuliers, comme ceux permettant de construire un sous-marin nucléaire d'attaque [SNA]" et que par conséquent "dans une note publiée en février [dernier], le Dr Cheong Seong-chang, numéro deux de l'institut Sejong, a plaidé pour établir une coopération avec la France dans ce domaine".

Le Dr Cheong Seong-chang a fait remarquer que "les sous-marins nucléaires français d'attaque de classe Barracuda [classe Suffren] présentent, d'un point de vue de la non-prolifération nucléaire, des obstacles juridiques comparativement plus faibles pour une coopération technologique avec la Corée du Sud".

À l'occasion d'une visite officielle du président Macron à Séoul, le 2 avril dernier, la France et la Corée du Sud ont convenu de renforcer significativement leur coopération militaire, y compris au niveau industriel. "Nous avons aussi commencé  un dialogue pour travailler ensemble à l'international et accroître aussi nos coopérations en matière de recherche sur des projets d'innovation sur le nucléaire", a martelé Macron.

"Nous souhaitons faire davantage pour justement renforcer les partenariats, qu'il s'agisse de l'amont, de l'aval du cycle, des turbines pour la prolongation de vos réacteurs (nucléaires)", a rajouté le président français en citant Orano et Framatome. La piste de la collaboration entre la France et la Corée du Sud paraît de plus en plus certaine.

Le site Sedaily  publie en guise d'annonce aujourd'hui la photo d'un sous-marin nucléaire français et rapporte : "On s'attend à ce que la France puisse devenir un partenaire solide dans le processus de développement". Les sous-marins à propulsion nucléaire fonctionnent sur de petits réacteurs nucléaires et sont conçus pour rester sous l'eau pendant plusieurs mois sans compromettre l'autonomie.

source :  Observateur Continental

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