
par Nicolas JS Davies
Le 24 mai, l'Iran a rejeté le dernier faux accord de paix du président Trump, confirmant qu'il avait déformé les termes de l'accord conclu par l'Iran et que les deux parties étaient encore très loin l'une de l'autre sur l'enrichissement nucléaire, le contrôle du détroit d'Ormuz, la paix en Palestine et au Liban, la levée des sanctions américaines, le paiement des réparations de guerre et le déblocage des 100 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés.
Les conditions de l'Iran pour un accord de paix sont nécessairement inflexibles, en réponse à la pratique américaine consistant à utiliser les négociations comme couverture pour des attaques sournoises, et à la mascarade des "cessez-le-feu unilatéraux à caractéristiques israéliennes", dans lesquels les États-Unis et Israël ignorent et violent systématiquement tous les cessez-le-feu qu'ils concluent, y compris ceux actuellement en vigueur à Gaza, au Liban et en Iran.
Puisqu'aucun accord avec les États-Unis ou Israël ne vaut le papier sur lequel il est écrit, il est difficile d'imaginer un accord qui puisse réellement protéger l'Iran de futures attaques. Sans un changement plus radical de la politique américaine, les États-Unis et Israël continueront d'attaquer l'Iran, en violation flagrante de la Charte des Nations unies, quels que soient les accords conclus.
Les seuls moyens efficaces que l'Iran ait trouvés pour protéger son territoire et sa population consistent à se doter d'une armée puissante, capable d'une riposte dévastatrice, et à conserver le contrôle du détroit d'Ormuz, quelles qu'en soient les conséquences sur l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz et sur l'économie mondiale. En attaquant l'Iran, les États-Unis et Israël l'ont contraint à se défendre et ont déclenché une guerre qui redessine le paysage du Moyen-Orient et, potentiellement, du monde.
La perte de cette guerre oblige les États-Unis à enfin réévaluer les tactiques néoconservatrices qu'ils ont aveuglément substituées à une politique étrangère et militaire américaine rationnelle depuis les années 1990 : sanctionner ; menacer ; bombarder ; tuer ; détruire ; occuper ; intensifier le conflit ; laisser des pays s'enliser dans la violence et le chaos - en Afghanistan, en Irak, à Haïti, en Somalie, en Libye, en Syrie, au Yémen, en Ukraine, en Palestine et au Liban - ne jamais admettre la défaite ; ne jamais remettre en question l'exceptionnalisme ou la supériorité américaine.
Le mépris systématique des États-Unis pour le droit international, qui sous-tend cette politique, semble rendre la paix impossible dans le monde actuel. Cependant, l'échec définitif du rêve néoconservateur dans les eaux troubles du golfe Persique offre aux États-Unis et au monde une occasion historique de se réengager en faveur d'un ordre international plus pacifique et démocratique.
Depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis se sont de fait exemptés de l'ensemble du système de traités, de lois et d'accords internationaux censés régir les affaires internationales, à commencer par la Charte des Nations unies, qui interdit la menace ou l'emploi de la force entre les pays, et les Conventions de Genève, qui protègent les civils, les prisonniers de guerre et les soldats et marins blessés des conséquences de la guerre.
Ces traités furent élaborés et universellement adoptés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de "préserver les générations futures du fléau de la guerre", comme l'indique le préambule de la Charte des Nations unies. Le président Roosevelt revint de la conférence de Yalta, en présence de Churchill et Staline, en 1945, et annonça devant le Congrès réuni en session conjointe qu'ils concevaient l'Organisation des Nations unies comme une "structure permanente de paix".
"Cela devrait sonner le glas du système d'actions unilatérales, des alliances exclusives, des sphères d'influence, des équilibres de puissance et de tous les autres expédients essayés depuis des siècles - et qui ont toujours échoué", déclara Roosevelt au Congrès. "Nous proposons de les remplacer par une organisation universelle à laquelle toutes les nations éprises de paix auront enfin la possibilité d'adhérer".
La Charte des Nations unies a codifié et renforcé l'interdiction ancestrale du droit coutumier contre l'agression internationale, ainsi que le renoncement à la guerre comme instrument de politique nationale dans le pacte Kellogg-Briand de 1928, pour lequel les dirigeants allemands jugés à Nuremberg ont été condamnés à mort.
Cependant, dans un contexte de triomphalisme occidental excessif après la fin de la guerre froide, une nouvelle génération de dirigeants américains, comme Madeleine Albright et Dick Cheney, en est venue à considérer la Charte des Nations unies et les Conventions de Genève comme des obstacles à leurs ambitions d'étendre davantage la puissance mondiale des États-Unis par un usage plus répandu et sans restriction de la force militaire.
Croyant que le nouveau déséquilibre des forces militaires les dispensait de respecter les traités et conventions d'après 1945, fondés sur la sagesse durement acquise des dirigeants des deux guerres mondiales précédentes, les États-Unis et leurs alliés ont déchaîné leurs forces armées pour attaquer et envahir d'autres pays, torturer, violer et tuer des prisonniers, et massacrer des civils.
Les responsables américains estimaient que le nouveau déséquilibre militaire favorisait tellement les États-Unis que ni l'ONU, ni les tribunaux internationaux, ni les autres pays puissants, ni même l'ensemble des peuples du monde ne pourraient imposer aux États-Unis les règles du droit international et les lois des conflits armés s'ils choisissaient de les ignorer.
Il est ironique, et profondément frustrant et déroutant pour les responsables américains, de constater que ce qu'ils saluaient comme une position de pouvoir écrasant et d'impunité les a conduits à gâcher l'âge d'or de l'Amérique et à gaspiller la chance que lui offrait sa grande fortune d'améliorer la qualité de vie des Américains et de leurs voisins.
La prétendue liberté d'action illimitée, acquise en méprisant et en bafouant le droit et les institutions internationales, s'est révélée être une arme à double tranchant. Il n'existe pas de puissance militaire illimitée, hormis le suicide collectif que représente une guerre nucléaire. L'idée que l'investissement quasi illimité des États-Unis dans les armes et la guerre leur conférerait le dernier mot dans tous les conflits était une illusion, comme Trump lui-même le constate aujourd'hui.
Alors que les Américains réexaminent l'état du monde et les conflits par lesquels les dirigeants bellicistes des États-Unis ont tenté de le définir, il devient évident que la guerre et la puissance militaire ne mènent ni à la paix ni à la prospérité, ni aux Américains ni à personne d'autre. Plus le Pentagone et la CIA ciblent de pays, plus ils tuent de personnes et plus nos dirigeants y consacrent de ressources, plus les peuples du monde entier sont enclins, à juste titre, à percevoir les États-Unis comme une menace pour leur vie et leur avenir.
Partout dans le monde, les gouvernements sont confrontés à des choix difficiles : répondre aux besoins et aux aspirations de leur propre peuple ou se soumettre aux exigences hégémoniques et antidémocratiques des États-Unis.
Après s'être érigés en champions de la démocratie et de la liberté pendant 250 ans, les États-Unis ne font qu'accélérer leur propre déclin en gaspillant des billions de dollars et le peu qui reste de la bonne volonté du monde dans cette tentative vouée à l'échec d'établir une puissance impériale mondiale.
Lorsque les États-Unis sont devenus une grande puissance au cours de la première moitié du XXe siècle, leurs dirigeants ont eu la sagesse de comprendre qu'un exercice brutal de la force impériale serait voué à l'échec dans un monde qui luttait encore pour se libérer des ravages du colonialisme européen. C'est pourquoi Franklin Delano Roosevelt et ses collègues ont fondé le système des Nations unies sur l'égalité souveraine entre les nations et ont créé un cadre pour les relations internationales auquel le monde entier pouvait adhérer.
Comme tout système juridique et politique, le succès ou l'échec du système onusien repose sur la volonté des pays les plus puissants de se soumettre aux mêmes règles que les autres. Le droit de veto est un poison qui corrompt le système, comme l'avait prédit Albert Camus lors de son instauration en 1945.
"Si ce rapport est exact, [...] il anéantirait toute idée de démocratie internationale", écrivait Camus dans Combat, le journal clandestin de la Résistance française qu'il dirigeait. "Le monde serait gouverné par un directoire de cinq puissances... Les Cinq conserveraient ainsi à jamais la liberté de manœuvre qui serait à jamais refusée aux autres".
Cependant, l'ONU a mis en place le processus "Unis pour la paix", qui permet à l'Assemblée générale de tenir des sessions extraordinaires d'urgence sur les problèmes internationaux lorsqu'un veto empêche le Conseil de sécurité d'agir pour les résoudre. L'Assemblée générale a utilisé ce processus pour résoudre la crise de Suez en 1956 et l'utilise, de manière toutefois intermittente et insuffisante, pour traiter la crise palestinienne depuis 1997.
Saisie par l'Assemblée générale réunie en session extraordinaire d'urgence sur la Palestine, la Cour internationale de Justice a jugé que l'occupation israélienne était illégale et devait cesser sans délai. En conséquence, l'Assemblée générale a adopté une résolution exigeant qu'Israël mette fin "sans délai à sa présence illégale dans les territoires palestiniens occupés... et ce, au plus tard" en septembre 2025.
Israël n'ayant pas respecté les exigences, l'Assemblée générale doit prendre des mesures supplémentaires, telles qu'un embargo sur les armes et un boycott économique. Elle en a les moyens et doit simplement faire preuve de volonté politique.
Alors que les États-Unis et Israël commettent des crimes de guerre systématiques et barbares, se croyant à l'abri de toute responsabilité, le monde prend lentement - trop lentement - conscience de la coopération internationale nécessaire pour faire respecter la "structure permanente de paix" que tous les pays ont accepté de respecter et dont dépendent la vie de millions de personnes vulnérables et l'avenir de l'humanité.
Alors que les dirigeants américains prennent enfin conscience qu'ils n'ont pas le pouvoir d'intimider et de conquérir le monde entier, le peuple américain comprend peu à peu que nous possédons un pouvoir encore plus grand : celui de refuser de combattre dans leurs guerres criminelles et d'insister pour faire la paix et coopérer avec tous nos voisins sur cette petite planète que nous partageons tous.
source : Countercurrents via China Beyond the Wall