10/06/2026 elucid.media  2min #316571

Flottes fantômes : le pétrole clandestin défie les sanctions internationales

Par  Jack Thompson

Début mars, tandis que les frappes américaines et israéliennes se multiplient au-dessus de l'Iran, le détroit d'Ormuz se fige. Plus un seul navire n'ose franchir ce goulet stratégique par lequel transite 20 % du pétrole mondial. La fermeture est presque totale, la navigation à l'arrêt. Du moins pour les armateurs légaux, réticents à mettre en danger leurs pétroliers et équipages. En cas d'incident,  aucun assureur ne les couvrirait. Il en va tout autrement des "flottes fantômes". Ces pétroliers affrétés par des pays sous sanctions ont, eux, poursuivi leurs activités opaques. Le concept de navires défiant embargos, blocus et sanctions n'a pourtant rien de nouveau, c'est même une constante historique. Retour sur un trafic pluriséculaire où les produits stratégiques continuent de circuler quoi qu'il en coûte.

Qu'est-ce qu'une flotte fantôme ? Le mythique "Hollandais volant" condamné à errer éternellement en mer sans jamais accoster, en offre une version sublimée. Insaisissable, il navigue en dehors des lois divines et humaines. La réalité est bien plus prosaïque. Si les flottes fantômes errent bel et bien sur les mers, elles finissent néanmoins par accoster, mais "incognito". Pour cela, leurs navires empruntent de faux noms, falsifient leurs numéros d'immatriculation, modifient leur apparence, coupent leurs transpondeurs, etc. Lorsqu'ils sont repérés, ils changent d'identité, quand ils ne sont pas purement et simplement remaquillés en pleine mer, à l'image du  Tasca, repeint d'orange en vert au large de la Malaisie en 2025. Afin de contourner les sanctions, ces bâtiments naviguent généralement sous pavillon de complaisance. Leurs armateurs créent également des sociétés-écrans, parfois réduites à de simples boîtes postales ne possédant qu'un unique navire.

À quoi servent-elles ? Ces dernières années, l'expression "flotte fantôme" a désigné les flottes de pétroliers vétustes affrétés par des pays sous sanctions afin de maintenir leurs exportations. Trois nations dominent cette activité en plein expansion : l'Iran (2012-2015, puis reprise et montée en puissance depuis 2018), le Venezuela (depuis 2019 jusqu'à l'enlèvement du Président Maduro en 2026) et la Russie (depuis 2022). Ces trafics sont loin d'être marginaux : entre  18 et 20 % du marché mondial du pétrole fonctionnerait ainsi sous le manteau. Or, ce phénomène possède de nombreux précédents historiques.

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