11/06/2026 francais.rt.com  3min #316751

Tunisie : le brouillage d'Internet pour lutter contre la fraude au baccalauréat

© RS

Une enseignante tunisienne dénonce sur Facebook la fuite du sujet de philosophie lors de la première journée du baccalauréat. [Capture d'écran]

Pour lutter contre la triche au baccalauréat, les autorités tunisiennes ont déployé des dispositifs de brouillage aux abords des centres d'examen. Une stratégie qui provoque d'importantes perturbations des communications et suscite des critiques quant à ses conséquences sur la vie économique et numérique du pays.

À mesure que se déroulent les épreuves du baccalauréat en Tunisie, les perturbations des réseaux de communication se répètent quotidiennement. Depuis le début de la session principale, le 3 juin, les utilisateurs signalent d'importantes difficultés d'accès à Internet, affectant les applications de messagerie, les appels en ligne ainsi que le transfert de documents.

Les autorités tunisiennes ont mis en place des systèmes de brouillage destinés à empêcher les fuites de sujets et la fraude électronique. Officiellement installés à proximité des centres d'examen, ces dispositifs ont toutefois entraîné des perturbations plus larges, touchant de nombreux particuliers et entreprises.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont dénoncé l'impact de ces mesures. "On bloque des milliers de personnes et d'entreprises pour empêcher une poignée de gamins de tricher", a notamment écrit une utilisatrice sur Facebook. Institution majeure du système éducatif tunisien, le baccalauréat demeure un rendez-vous particulièrement attendu par les familles. La réussite à cet examen donne souvent lieu à d'importantes célébrations et s'accompagne d'une forte pression sur les candidats.

Cette pression est accentuée par des taux de réussite relativement faibles. En 2025, seuls 37 % des candidats ont obtenu leur diplôme à l'issue de la session principale, tandis que le taux global a à peine dépassé 50 % après la session de contrôle.

Dans ce contexte, les autorités font face à des méthodes de fraude de plus en plus sophistiquées. Sur les réseaux sociaux, des annonces proposant des "kits bac" se sont multipliées. Oreillettes miniatures, lunettes connectées ou stylos équipés de dispositifs électroniques sont commercialisés pour plusieurs centaines de dinars et sont présentés comme capables de contourner les systèmes de brouillage.

Intensification de la répression contre les réseaux de fraude

Depuis plusieurs mois, le ministère de l'Éducation annonce régulièrement le démantèlement de réseaux spécialisés dans la fraude aux examens et affirme avoir renforcé les contrôles et les sanctions.

Malgré ces mesures, des polémiques ont éclaté dès le début des épreuves. Une enseignante de philosophie, Chiraz Jaziri, a affirmé dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux que le sujet de philosophie circulait déjà sur des groupes de discussion quelques minutes après le début de l'épreuve. Ces révélations ont ravivé les interrogations sur l'efficacité du dispositif mis en place par les autorités.

Parallèlement, les arrestations liées à la fraude se sont multipliées. À Siliana, neuf élèves âgés de 18 et 19 ans ont été placés en détention provisoire après avoir été trouvés en possession d'oreillettes connectées lors d'une épreuve du baccalauréat. Leur incarcération a suscité une vive polémique et les jeunes ont finalement été remis en liberté quelques jours plus tard, tout en restant poursuivis pour fraude.

 francais.rt.com