
Par Talal Nahle, le 16 juillet 2026
Washington assiège les ports et Téhéran assiège les couloirs, tandis que le détroit d'Ormuz se transforme en tribune des grandes puissances.
16 juillet 2026 - 29e jour depuis la signature du protocole d'accord, et 138e jour de la guerre.
Introduction : d'une guerre de frappes à un conflit sur le droit de commandement
La confrontation entre les États-Unis et l'Iran est entrée dans une phase radicalement différente des précédentes vagues de bombardements. L'enjeu ne se limite plus à déterminer quelle partie peut détruire le plus grand nombre de lance-missiles ou d'installations radar. Il s'agit désormais d'une question souveraine directe : qui détient le droit effectif de réguler le trafic dans le détroit d'Ormuz, et qui peut traduire ses ordres en règles que les navires doivent respecter sous la menace ?
Washington tente d'imposer sa souveraineté depuis l'extérieur par le biais d'un blocus naval, d'interceptions de navires, de la désignation de couloirs sécurisés et de frappes contre les capacités côtières iraniennes. De son côté, Téhéran s'efforce d'imposer sa souveraineté depuis l'intérieur en fermant le détroit, en orientant les navires vers des itinéraires autorisés et en prenant pour cible les navires ou les pays qui considèrent les instructions américaines comme l'autorité suprême.
Il ne s'agit pas simplement d'une guerre pour le contrôle du détroit, mais d'un affrontement entre deux systèmes juridiques contradictoires qui reposent, dans la pratique, sur la force armée. Le système américain soutient que la liberté de navigation implique d'empêcher l'Iran de contrôler ce couloir international. Le système iranien affirme que la géographie et le contrôle côtier confèrent à Téhéran le droit de réglementer le transit et de le soumettre à sa volonté en matière de sécurité.
La nouvelle tendance américaine : cibler l'architecture de commandement, pas seulement les rampes de lancement
La récente vague de frappes américaines s'est concentrée sur le sud de l'Iran, les îles et les sites côtiers associés aux drones, aux missiles de croisière et aux défenses navales. Le Commandement central américain a annoncé que l'objectif est de réduire la capacité de l'Iran à menacer la navigation dans le détroit. Des informations fiables font état de frappes à Ahvaz, Bandar Abbas, Chabahar, Konarak et sur des îles stratégiques du détroit d'Ormuz, coïncidant avec la reprise des tirs de missiles iraniens vers les bases et les régions du Golfe.
Le recentrage sur Konarak, Chabahar, ainsi que le Sistan-et-Baloutchistan revêt une importance opérationnelle évidente. Les États-Unis élargissent la portée de leurs frappes, passant des infrastructures défensives situées près du détroit au réseau côtier en profondeur qui pourrait fournir à l'Iran des bases alternatives pour ses drones, ses missiles côtiers, son aviation navale, ses opérations de reconnaissance et de contournement du blocus.
Une frappe contre un poste de police ou un poste de contrôle de sécurité sur la route reliant Ramin à Chabahar, si elle est confirmée avec précision, ne signifie pas que la cible soit le poste lui-même. Il est fort probable que Washington recherche des nœuds de communication, de surveillance ou de déploiement local liés à la protection de la route côtière et des installations militaires environnantes. Cependant, les informations indépendantes sont actuellement insuffisantes pour déterminer la nature exacte de la cible ou des dégâts ; les informations qui circulent ne peuvent donc pas être considérées comme des données opérationnelles définitives.
Quant aux dégâts constatés près de l'hôpital Baqai à Ahvaz et dans certains quartiers résidentiels, ils sont révélateurs d'un problème croissant à mesure que la campagne s'étend. Même lorsque les munitions visent des sites militaires, frapper un réseau dispersé au sein ou à proximité des villes augmente le risque de victimes civiles. Ceci donne à Téhéran des arguments politiques pour redéfinir la campagne américaine comme une guerre contre la société et les infrastructures civiles, plutôt qu'une simple opération de protection de la navigation. Des reportages de Reuters et d'agences internationales ont confirmé des dégâts et des évacuations à proximité de sites civils, bien que les informations iraniennes concernant l'ampleur des pertes humaines et des cibles doivent encore faire l'objet d'une vérification indépendante.
Le pétrolier Belma : premier véritable test des règles d'engagement navales
La neutralisation du pétrolier M/T Belma constitue l'évolution juridique et opérationnelle la plus dangereuse de ce nouveau blocus. Selon le Commandement central américain, le navire, à vide, se dirigeait vers l'île de Kharg, a ignoré des avertissements répétés et a ensuite été pris pour cible par un avion américain qui a tiré des missiles Hellfire sur sa cheminée afin de le neutraliser sans le couler. Reuters et le Financial Times ont confirmé que deux autres pétroliers se sont conformés aux ordres et ont été déroutés, tandis que le Belma a été le premier navire récalcitrant à être neutralisé depuis la reprise du blocus.
Le choix de la cheminée comme cible n'est pas un simple détail technique. Il témoigne d'une tentative américaine d'atteindre trois objectifs simultanés :
- Paralyser la propulsion ou la capacité opérationnelle du navire.
- Éviter de couler un pétrolier commercial et la catastrophe environnementale qui en résulterait.
- Envoyer un message aux autres compagnies pour leur faire comprendre que tout non-respect des consignes sera sanctionné par un recours calculé à la force.
Cependant, ce modèle ne peut pas être reproduit indéfiniment. Chaque opération d'interception nécessite des avions ou des navires de surveillance, une communication directe avec le pétrolier, une évaluation de son identité, de sa cargaison et de son équipage, puis une décision quant aux mesures à prendre. Avec des dizaines de navires, auxquels s'ajoutent les drones et les missiles côtiers iraniens, le blocus se transforme en une guerre d'usure sur le plan du renseignement et de la logistique, plutôt qu'en une simple voie maritime pouvant être contrôlée par quelques destroyers.
Ce qui représente un danger encore plus grand, ce sont les risques doubles auxquels s'exposent les compagnies d'assurance et les armateurs lorsqu'un navire civil est pris pour cible, même à vide. Un navire soumis aux ordres des États-Unis peut être une cible pour l'Iran, tandis qu'un navire faisant route vers l'Iran risque d'être mis hors d'état de naviguer par les forces américaines. Par conséquent, les compagnies ont commencé à éviter la route imposée par les forces américaines, comme le confirment des rapports maritimes cités par Reuters. Ainsi, le contrôle naval américain ne se traduit pas automatiquement par une confiance commerciale, car une protection théorique n'élimine pas la capacité de l'Iran à lancer un drone ou un missile de croisière peu coûteux contre une cible massive et lente.
Le paradoxe stratégique à cet égard est terrible. Les États-Unis pourraient être en mesure d'imposer un passage par la force, mais ils ne peuvent contraindre le marché à le déclarer sûr. La sécurité de la navigation ne dépend pas uniquement du nombre de destroyers, mais des décisions des compagnies d'assurance, des capitaines et des propriétaires de cargaisons. Si le marché refuse d'emprunter le passage américain, l'Iran aura perturbé sa fonction économique même s'il ne parvient pas à expulser la flotte américaine de cette zone.
Le dilemme iranien : un pouvoir de perturbation ne signifie pas gagner
L'Iran dispose d'un avantage asymétrique évident. Un missile ou un drone à faible coût peut contraindre les États-Unis et les États du Golfe à déployer des systèmes coûteux d'alerte précoce et d'interception, à suspendre le trafic aérien et à modifier la route des navires. C'est ce que J.D. Vance voulait dire lorsqu'il a reconnu qu'il est extrêmement difficile d'assurer la sécurité de la navigation par des moyens purement militaires, car les navires peuvent être pris pour cible par des drones bon marché, et que la crise du détroit ne trouvera pas de solution réaliste sans la diplomatie.
Cependant, cette supériorité en termes de coût de perturbation ne signifie pas que Téhéran puisse supporter une guerre illimitée et sans fin. Les zones côtières iraniennes sont relativement exposées à la supériorité aérienne américaine, et les sites de radars et de missiles côtiers nécessitent un repositionnement, des communications et un ravitaillement constants. Plus la guerre s'éternise, plus il devient difficile de maintenir ces capacités, en particulier sous une surveillance aérienne, navale et spatiale constante.
La rhétorique iranienne concernant la transition vers de nouvelles phases après la destruction des infrastructures offensives américaines comporte un aspect dissuasif évident. Téhéran cherche à convaincre Washington que la campagne actuelle ne constitue pas sa limite maximale et qu'il dispose d'options liées à l'énergie, aux ports, aux bases, aux réseaux de transport maritime et même aux fronts alliés. Mais annoncer une nouvelle phase est plus facile que de la mettre en œuvre de manière continue tout en préservant les stocks de missiles et en évitant d'entraîner d'autres pays dans cette guerre.
Par conséquent, la position iranienne semble reposer sur un équilibre subtil : infliger suffisamment de dégâts pour prouver que le blocus est intenable, sans pour autant lancer de frappes catastrophiques qui pourraient unir entièrement les États du Golfe et l'Occident dans une campagne globale d'anéantissement des capacités iraniennes.
Le Golfe : de la neutralité défensive à l'implication fonctionnelle
L'interception par le Koweït de quatre missiles de croisière et de 21 drones confirme que l'espace aérien du Golfe fait désormais partie du champ de bataille, et n'est plus seulement une simple base logistique pour les forces américaines. Des rapports internationaux ont fait état d'attaques iraniennes contre des positions américaines ou des cibles associées au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie, accompagnées d'interceptions massives de projectiles.
Quant à l'article publié par Israel Hayom concernant la participation des États du Golfe à des frappes offensives contre l'Iran, il s'agit d'une hypothèse journalistique sensible qui n'a été confirmée ni par les gouvernements concernés ni par de grandes sources internationales indépendantes. Le journal a attribué cette information à des responsables diplomatiques anonymes du Golfe, affirmant que cette participation serait limitée mais opérationnelle. Cette affirmation ne doit pas être considérée comme un fait avéré tant que des preuves supplémentaires n'auront pas été apportées.
Néanmoins, les États du Golfe n'ont pas besoin de tirer directement des missiles pour devenir des partenaires opérationnels de la campagne. Autoriser l'utilisation de bases, ravitailler des avions, assurer une alerte précoce, partager des images radar, protéger des couloirs aériens ou ouvrir l'espace aérien pour des sorties d'attaque sont autant de formes de participation qui peuvent s'avérer plus efficaces qu'une frappe symbolique.
La détection de dix avions KC-135R et KC-46A ainsi que d'un E-3G au-dessus du Golfe, si les données de suivi et les itinéraires sont confirmés, s'inscrit dans une opération aérienne de grande envergure qui nécessite de maintenir en vol des chasseurs et des avions de commandement et de reconnaissance pendant de longues périodes. Cependant, cette information ne permet pas à elle seule d'identifier les pays participants ni les cibles, car les avions de ravitaillement et les AWACS servent également à la défense aérienne, à la protection des bases et aux patrouilles maritimes.
Le dilemme du Golfe réside en ce que la neutralité n'est pratiquement plus une option. L'Iran considère l'infrastructure militaire américaine dans le Golfe comme faisant partie des forces hostiles. Les États-Unis justifient l'utilisation de ces bases par la nécessité de protéger le Golfe et ses voies maritimes. Ainsi, les pays hôtes se retrouvent impliqués dans la guerre même si leurs gouvernements s'abstiennent de déclarer leur participation.
Escalade aérienne depuis le Koweït : l'allégation concernant les ATACMS reste à prouver sur le plan technique
Les vidéos qui circulent et auraient montré le tir de six missiles ATACMS depuis des lanceurs HIMARS au Koweït en direction de l'Iran revêtent une importance exceptionnelle, mais il n'y a eu aucune confirmation officielle de la part des États-Unis ou du Koweït, ni aucune vérification indépendante fiable prouvant le lieu, l'heure et le type de munitions.
Techniquement, le tir d'ATACMS depuis le Koweït est possible compte tenu de la présence de lanceurs M142 et du déploiement de troupes américaines. Cependant, la portée du missile, qui dépend de sa variante, détermine les cibles possibles. La plupart des sites iraniens situés en profondeur ne peuvent être touchés depuis le Koweït grâce à ce système, tandis que certaines parties du littoral et des îles voisines pourraient théoriquement être atteintes à l'aide de versions à plus longue portée. Par conséquent, cette affirmation ne peut être validée sur la seule base de l'aspect visuel du tir, car d'autres missiles tirés depuis des lanceurs similaires peuvent être difficiles à distinguer visuellement sur un enregistrement nocturne.
Si l'utilisation d'ATACMS venait à être confirmée, cela signifierait l'introduction de tirs terrestres tactiques dans le conflit, réduisant ainsi la dépendance aux aéronefs pour frapper des cibles côtières. Cela signifierait également que le territoire koweïtien est utilisé comme base de lancement offensive directe, soit un changement bien plus important que le simple transit d'aéronefs. Pour l'instant, ce scénario reste une hypothèse, et non un fait avéré.
L'Irak et Erbil : tester la capacité de Washington à protéger ses positions arrière
L'annonce de l'interception de trois drones près du consulat américain à Erbil révèle un changement de stratégie de la part de l'Iran ou de ses mandataires affiliés : ils sont passés de l'attaque de plates-formes avancées dans le Golfe à une mise à l'épreuve des bases arrière qui assurent le commandement, les communications et le renseignement.
Erbil est une ville importante car, bien que relativement éloignée de l'axe d'Ormuz, elle abrite des installations américaines et sert de point de jonction entre l'Irak, la Syrie, la Turquie et l'Iran. L'attaquer oblige les États-Unis à répartir leurs défenses aériennes sur une zone plus vaste, objectif logique de l'Iran dans une guerre d'usure.
Quant aux informations israéliennes faisant état de pertes américaines à Erbil, elles n'ont pas reçu de confirmation fiable de la part des États-Unis ou de l'Irak au moment de la rédaction du présent rapport. Elles doivent donc être considérées comme des allégations non vérifiées, et non comme des renseignements opérationnels.
Kharg et les îles : la différence entre un plan de pression et un plan d'occupation
L'article du Wall Street Journal rapportant que Trump aurait évoqué la prise de l'île de Kharg, d'Abu Musa, de Greater Tunb et de Lesser Tunb, ainsi que le bombardement du complexe nucléaire de Jabal al-Fas représente la fuite d'informations la plus alarmante depuis la reprise de la guerre. Le journal a indiqué qu'une réunion de la salle de crise aurait abordé le recours à des troupes américaines pour s'emparer de territoires et d'îles iraniens, parallèlement à l'intensification des frappes contre des installations énergétiques et le site nucléaire fortifié.
Cependant, évoquer une option ne signifie pas qu'une décision de la mettre en œuvre ait été prise. La divulgation de tels plans pourrait s'inscrire dans le cadre d'une guerre psychologique visant à convaincre Téhéran que le maintien du blocus du détroit entraînera la perte de territoires et d'installations stratégiques.
Occuper Kharg est radicalement différent de la bombarder. L'île constitue un maillon essentiel des exportations pétrolières iraniennes, mais elle est située près de la côte iranienne, et les forces qui y seraient stationnées pourraient être exposées aux tirs de missiles, de drones et de navires. Une force américaine appuyée par des moyens aériens et navals pourrait peut-être en prendre le contrôle, mais le maintien du contrôle de l'île nécessiterait une défense aérienne, le déminage, une protection logistique, la sécurisation des ports et la neutralisation de la capacité de l'Iran à l'attaquer depuis le continent.
Quant à Abou Musa et aux îles Tunb, elles se trouvent au cœur du détroit, et leur contrôle offrirait aux États-Unis des positions avancées d'observation et de tir. À l'inverse, cela placerait les soldats américains à portée directe des missiles iraniens, transformant ainsi une campagne aérienne en une véritable occupation du territoire iranien. À ce stade, il ne serait plus possible de présenter l'opération comme une protection temporaire de la navigation.
La présence de deux groupes aéronavals, d'un groupe d'assaut amphibie, de destroyers supplémentaires et de navires de soutien offre les moyens matériels nécessaires pour mener un raid amphibie ou un débarquement limité. Cependant, cela ne prouve pas que la mission ultime soit l'occupation. Cette force est également nécessaire pour le blocus, la défense antimissile, la lutte antimines, la protection des navires et l'exécution de frappes longue portée. Des rapports internationaux confirment la présence de plus de vingt navires de guerre américains et de centaines d'avions sur le théâtre d'opérations, mais les détails de certains registres de navires qui circulent nécessitent une vérification croisée continue avec les données officielles de déploiement.
L'Europe et l'opération ASPIDES : protéger le commerce sans participer au blocus
Le déploiement européen destiné à la lutte antimines et à l'escorte des navires diffère politiquement du blocus américain. Les Européens souhaitent maintenir les couloirs ouverts et protéger le commerce, mais ils ne cherchent pas nécessairement à empêcher les navires d'atteindre les ports iraniens.
Cette différence pourrait créer un dangereux différend politique. Washington pourrait attendre des navires européens qu'ils soutiennent le dispositif géré par les forces américaines, tandis que certaines capitales européennes considèrent leur mission comme défensive et sans lien avec l'application d'un blocus non mandaté par une résolution internationale clairement définie.
La présence de dragueurs de mines et de navires de surface sans pilote indique que la menace des mines est devenue un élément central de la planification. L'Iran n'a pas besoin d'installer un vaste champ de mines décelable pour perturber la navigation. La simple suspicion de la présence de mines nécessite de draguer les couloirs, ce qui ralentit les convois et fait grimper les primes d'assurance. Par conséquent, la lutte antimines est autant une guerre contre le temps qu'une guerre technique.
La bataille de l'espace aérien : les NOTAM tracent les frontières de la guerre silencieuse
La fermeture des aéroports d'Abha, de Jazan, de Najran et de Sharurah jusqu'à 15 h 00 UTC le 16 juillet couvre une ceinture géographique presque continue à travers le sud de l'Arabie saoudite, depuis la côte de la mer Rouge jusqu'à la frontière orientale du Yémen. Les messages NOTAM n'en précisent pas la raison. On ne peut donc pas conclure avec certitude que ces mesures ont été prises en raison d'une menace de missiles ou de drones. Cependant, leur synchronisation et le renouvellement continu des avis par de nouveau messages indiquent qu'il s'agit d'une mesure de sécurité en cours plutôt que de dysfonctionnements locaux isolés.
L'impact militaire le plus significatif ne réside pas seulement dans la perturbation de quatre aéroports civils. Cette fermeture libère des secteurs de l'espace aérien, réduit le nombre de cibles civiles en mouvement et offre aux défenses aériennes davantage de marge de manœuvre pour tirer des projectiles sans risque de confusion avec des aéronefs civils. De plus, l'emplacement de ces quatre aéroports est lié à l'axe frontalier avec le Yémen, à la mer Rouge et au Rub' al-Khali [Ndt : l'un des plus grands déserts et la plus grande étendue ininterrompue de sable au monde. Il occupe environ 650 000 km² dans le tiers le plus méridional de la péninsule Arabique], ce qui en fait un indicateur de l'extension de la zone d'alerte dans le sud du Royaume.
Le NOTAM iranien A1557/26 est encore plus sensible. Il ferme une zone d'entraînement militaire allant du niveau du sol à une altitude illimitée (UNL) à l'intérieur du polygone SERDU-BONIK-ORPEN-DENSA, en exemptant les vols à destination ou en provenance de l'aéroport de Qeshm. Cette exemption corrobore fortement l'hypothèse selon laquelle cette zone est liée au secteur de Qeshm et au détroit d'Ormuz. La fermeture verticale totale jusqu'à une altitude illimitée (UNL) signifie que l'activité ne se limite pas à un simple entraînement à basse altitude. Elle pourrait impliquer des missiles, la défense aérienne, l'aviation de combat ou des opérations à plusieurs niveaux. Cependant, la nature exacte de l'activité n'est pas précisée.
La suspension des vols d'aviation civile et des vols VFR dans la FIR de Téhéran jusqu'en septembre donne aux autorités iraniennes une plus grande capacité à "assainir" le tableau aérien et à empêcher les aéronefs non contrôlés de s'approcher des zones militaires. Dans un contexte de guerre, cette mesure devient un outil de défense aérienne et de gestion de l'identification, même si l'avis ne mentionne pas explicitement de raison sécuritaire.
Quant à la fermeture des routes M318 et M550 aux Émirats arabes unis les 22 et 23 juillet en raison d'une activité militaire, il s'agit d'un indicateur qu'il convient de surveiller. Elle ne prouve pas l'imminence d'une opération offensive, mais elle révèle l'ouverture d'une zone aérienne stratégique dans un secteur sensible entre Abou Dhabi, Dubaï et les couloirs du Golfe. Elle peut être liée à des exercices, à un redéploiement ou à une activité défensive, mais son timing, au cœur de l'escalade, lui confère un poids plus important en matière de renseignement que les NOTAM de routine.
Trump et Vance : une administration, deux doctrines
La rhétorique de Trump repose sur le recours à des menaces maximales pour obtenir une concession politique rapide. Il brandit la menace de frapper des installations énergétiques, Jabal al-Fas, et de s'emparer d'îles, puis affirme que les Iraniens pourraient revenir à la table des négociations. Ainsi, la force militaire se transforme en un processus d'enchères permanent. Chaque nouvelle menace vise à augmenter le coût psychologique avant d'entamer toute négociation.
Vance prône une doctrine différente. Il n'exclut pas le recours à la force, mais refuse d'en faire une guerre visant à renverser le régime ou un engagement terrestre à durée indéterminée, affirmant que la menace asymétrique de l'Iran dans le détroit d'Ormuz ne peut être éliminée par les seuls bombardements. Il a également critiqué publiquement certains courants israéliens qui, selon lui, tentent de détourner Washington de la voie de la paix et de prolonger la campagne militaire.
Cette divergence n'est pas purement superficielle. Trump veut donner l'impression d'être prêt à aller jusqu'au bout pour forcer l'Iran à céder. Vance veut empêcher que la phase finale ne se transforme en une occupation prolongée et en une guerre sans issue. Le premier use de la menace d'une guerre terrestre comme d'un atout de négociation. Le second craint que cet atout ne se transforme en une décision irréversible dès lors que des soldats américains tomberont au combat ou qu'une force de débarquement sera attaquée.
Les allégations iraniennes concernant Kushner et Witkoff, ainsi que la fuite d'informations vers Israël ou l'exploitation des négociations sur les marchés financiers, n'ont pas été vérifiées de manière indépendante. La Maison Blanche nie que le message présumé ait été transmis à Vance. Par conséquent, ces allégations ne peuvent être considérées comme des faits avérés. Cependant, leur diffusion sert un objectif iranien clair : attiser la méfiance au sein de l'administration américaine entre l'équipe de négociation et les réseaux d'influence pro-israéliens.
Qalibaf et Araghchi : négocier en pleine guerre
Le discours de Qalibaf ne ferme pas la porte à la diplomatie. Il la redéfinit plutôt comme outil du conflit. Selon cette vision, la négociation ne constitue ni une réconciliation avec les États-Unis ni une reconnaissance de leur bonne volonté, mais un moyen de consolider ce que des moyens militaires ont permis d'accomplir et d'empêcher Washington de transformer sa supériorité aérienne en conditions politiques absolues.
Cette position est essentielle pour le régime iranien, car un rejet définitif des négociations donnerait à Trump un prétexte pour amplifier la guerre. Un retour inconditionnel à la table des négociations donnerait l'impression que Téhéran s'est soumis au blocus. C'est pourquoi une formule de compromis est en cours d'élaboration : l'Iran est prêt à négocier, mais seulement après que sa capacité à contrôler le détroit aura été reconnue et que Washington aura rétabli les engagements pris dans le protocole d'accord.
Araghchi s'attache à accuser Washington d'avoir manqué à ses engagements, en particulier à l'article 9, selon la version iranienne. L'objectif est de faire passer le débat de la question "L'Iran va-t-il céder ?" à celle de "Qui a rompu l'accord en premier ?". Cette bataille juridique est importante car Téhéran souhaite convaincre la Chine, la Russie et les pays non occidentaux que la réponse iranienne constitue davantage la défense d'un accord violé par Washington qu'une tentative de chantage sur le commerce mondial.
Liban : la zone expérimentale, un laboratoire pour le rétablissement de l'autorité
La conclusion des pourparlers de Rome par un accord sur la structure et les lignes directrices opérationnelles des zones expérimentales marque le passage d'une négociation politique générale à une mise en œuvre sur le terrain. Reuters et Associated Press ont confirmé que les deux parties se sont entendues sur les principes du fonctionnement, les détails devant être finalisés et la phase technique devant débuter dans les prochains jours.
Le principal problème ne réside pas dans le tracé des frontières de la première zone, mais dans l'enchaînement des étapes. Le Liban souhaite un retrait israélien définitif pour prouver que le processus permet de récupérer des territoires. Israël veut des garanties que l'armée libanaise empêchera le retour du Hezbollah. Et les États-Unis souhaitent prendre une petite zone comme modèle, susceptible d'être reproduit dans le reste du sud.
Si l'armée libanaise entame son déploiement avant un retrait israélien tangible, elle pourrait être perçue comme une force mettant en œuvre les conditions de l'occupation. Si Israël se retire avant la mise en place d'une capacité de sécurité effective, il craindra le retour du parti [le Hezbollah] ou de ses infrastructures affiliées. Par conséquent, le succès de la zone expérimentale dépend de la synchronisation précise du retrait, du déploiement, de l'inspection, de la gestion des armes et du retour des habitants.
Plus important encore, Washington dissocie temporairement le volet libanais du front iranien. Il tente de clôturer progressivement le front libanais tout en intensifiant la confrontation avec l'Iran, pour empêcher Téhéran d'utiliser le front libanais comme levier de pression. Cette distinction est toutefois fragile. Toute expansion américaine visant à occuper des îles iraniennes ou à frapper des installations nucléaires en profondeur pourrait pousser l'Iran à exiger de ses alliés un durcissement de la confrontation, rendant ainsi la mise en œuvre de l'accord libanais bien plus ardue.
Contrats d'armement : consolider l'infrastructure militaire d'après-guerre
L'approbation par le Département d'État américain d'une vente potentielle de systèmes APKWS à l'Arabie saoudite pour un montant de 1,96 milliard de dollars et d'un contrat de soutien de 484 millions de dollars pour la flotte de C-17 du Koweït revêt une importance qui dépasse leur valeur commerciale.
- L'APKWS transforme des roquettes non guidées en munitions de précision relativement peu coûteuses pouvant être utilisées contre des drones, des cibles légères et des bateaux. Ce système répond directement à la nature de la menace asymétrique iranienne.
- Le soutien apporté aux C-17 du Koweït renforce les capacités de transport aérien stratégique, de ravitaillement et de maintenance - des capacités essentielles dans une guerre qui repose sur un flux constant de munitions, d'intercepteurs et de pièces de rechange.
Cela signifie plus largement que Washington ne se contente pas de planifier quelques jours de combat. Il met en place un réseau dans le Golfe capable de faire face à une phase prolongée de défense aérienne, de transport militaire et de lutte contre les drones. Toutefois, ces autorisations ne signifient pas que les systèmes seront livrés immédiatement ni qu'ils auront un impact sur les combats en cours, car ces accords nécessitent la conclusion de contrats, la livraison et la formation du personnel.
Évaluation militaire globale
Les États-Unis disposent d'une supériorité écrasante en matière d'aviation, de reconnaissance, de frappes de précision, de guerre électronique et de capacité à détruire des sites fixes. Pourtant, ils sont confrontés à trois obstacles majeurs :
- L'Iran n'a pas besoin d'exercer un contrôle continu sur le détroit ; il lui suffit de le rendre dangereux pour le commerce.
- La géographie iranienne permet la répartition de missiles et de drones le long d'un vaste littoral, sur des îles et dans des sites à l'intérieur des terres, rendant l'éradication complète de la menace bien plus difficile que la destruction d'une première vague de lanceurs.
- Toute expansion américaine vers les installations énergétiques ou le territoire iranien augmente la probabilité que l'Iran passe d'une stratégie de frappes calculées à une stratégie de destruction totale de l'économie du Golfe.
À l'inverse, l'Iran souffre de son incapacité à protéger ses infrastructures côtières contre une campagne aérienne soutenue, de l'épuisement potentiel de ses stocks d'armes les plus précises et du risque de voir ses attaques contre le Golfe renforcer le front arabe déjà hostile.
Par conséquent, aucune des deux parties ne dispose actuellement d'une stratégie militaire peu coûteuse menant à la victoire. Washington peut infliger davantage de dommages à l'Iran, mais ne peut garantir la réouverture du détroit au trafic commercial. L'Iran peut perturber le détroit, mais ne peut empêcher indéfiniment la destruction de ses infrastructures ni protéger ses exportations et ses ports.
Conclusion et scénario envisageable
La situation évolue vers un point critique où s'affrontent deux stratégies opposées. Les États-Unis veulent prouver que leur blocus peut asphyxier les ports iraniens et contraindre les navires à respecter les routes désignées. De son côté, l'Iran veut prouver que tout couloir ne bénéficiant pas de son accord restera coûteux et impossible à assurer.
Les prochaines heures pourraient être marquées par la poursuite de frappes américaines ciblées sur les îles et la côte sud, parallèlement aux tentatives iraniennes de frapper des bases de décollage, de ravitaillement et d'alerte précoce, sans pour autant en venir immédiatement à la destruction totale des installations énergétiques du Golfe. Washington pourrait également exploiter les fuites sur l'occupation de Kharg et des îles pour relever le plafond des négociations avant de se décider réellement à lancer une opération terrestre, car le coût du maintien de ces territoires est bien plus élevé que celui de leur prise initiale.
Le prochain tournant pourrait venir d'un nouveau navire refusant d'obéir aux ordres du blocus, de la confirmation de la mort d'Américains dans une base du Golfe ou en Irak, ou encore du ciblage d'une installation énergétique majeure. À ce stade, l'escalade pourrait dépasser les limites d'une pression calculée pour se transformer en un cycle de réactions en chaîne difficiles à enrayer.
Au Liban, la zone expérimentale pourrait voir le jour sous la forme d'un projet technique limité, mais son succès ou son échec déterminera si Washington peut démanteler les fronts de guerre un par un, ou si Téhéran parviendra à relier Ormuz au sud du Liban au sein d'une même équation régionale.
Le facteur décisif ne sera pas le nombre de missiles tirés en une seule nuit. Il sera déterminé par la partie qui parviendra à faire accepter ses règles aux navires, aux marchés et à ses alliés, sans épuiser sa puissance ni pousser ses adversaires à former une alliance globale contre elle. C'est pourquoi les négociations pourraient être plus proches que ne le laisse supposer la rumeur des explosions, mais ces négociations, menées sous le feu des tirs, porteront sur les droits de souveraineté et ne se limiteront pas à un simple cessez-le-feu.
Traduit par Spirit of Free Speech