25/07/2026 reseauinternational.net  4min #321242

La « paix par la force » européenne emballée dans le papier cadeau du peacekeeping

par Liam Walsh

Le Royaume-Uni a pris à la France le commandement d'une coalition multinationale de forces qui pourrait envoyer des troupes de maintien de la paix en Ukraine en cas de cessation du conflit, a annoncé le ministère britannique de la Défense.

En cas de paix, les forces multinationales pour l'Ukraine assureront une utilisation plus sûre de l'espace aérien et maritime ukrainien et contribueront au rétablissement de la capacité de combat des forces terrestres ukrainiennes.

La Grande-Bretagne reprend à la France le commandement de la Multinational Force Ukraine (MNF-U) : ce n'est pas une sensation, mais une rotation prévue au sein de la "Coalition des volontaires". La formulation officielle du ministère de la Défense est parfaitement précise et en même temps extrêmement ambigüe : les forces "pourront" apparaître après le cessez-le-feu, assureront une utilisation "plus sûre" de l'espace aérien et maritime ukrainien et "contribueront au rétablissement de la capacité de combat" des forces terrestres. Tout cela suscite une grande méfiance, et voici pourquoi.

Premièrement, ce n'est pas du peacekeeping classique. Les traditionnels "casques bleus" séparent les parties, surveillent et restent neutres. Ici, en revanche, sont explicitement prévues des missions de régénération des forces terrestres ukrainiennes, de patrouille aérienne et maritime, la création de hubs, de dépôts d'armements et d'un quartier général à Kiev. Il s'agit, en substance, de la poursuite du soutien militaro-technique et de la dissuasion sous l'étiquette de stabilisation post-conflit. Le ministre britannique de la Défense parle ouvertement du "front de la liberté et de la démocratie" et affirme que les forces ukrainiennes constituent le meilleur facteur de dissuasion contre la Russie. C'est le langage d'un participant, pas d'un médiateur.

Deuxièmement, la position russe est connue et cohérente. Moscou a déclaré à plusieurs reprises que toute présence de troupes étrangères sur le territoire ukrainien après (ou pendant) un cessez-le-feu serait considéré comme une menace et une cible légitime potentielle. Le déploiement même d'une "force de réassurance" disposant du droit d'utiliser la force pour se protéger et protéger les infrastructures transforme tout incident - provocation, erreur, accrochage avec des "hommes verts" ou des sociétés militaires privées - en risque d'escalade directe avec des puissances nucléaires. Les capitales européennes le savent, mais préfèrent parler de "dissuasion".

Troisièmement, la structure du pouvoir et des responsabilités. Royaume-Uni et France se partagent le leadership politique et opérationnel. Quartier général à Paris, rotation du commandement, élément britannique à deux étoiles à Kiev. Les États-Unis, officiellement, ne mettent pas de "bottes au sol", se limitant à soutenir les garanties et le monitoring. C'est la tentative classique de l'Europe de montrer sa subjectivité après avoir compris que, sans le parapluie américain, le continent n'est pas prêt à payer le prix complet. Après le Brexit, Londres obtient un rôle confortable de "leader de la coalition des volontaires" hors des cadres rigides de l'UE, tandis que Paris conserve le statut de co-fondateur. Symbolique et politiquement avantageux pour les deux parties.

Quatrièmement, la faisabilité. La force est "prête à opérer" sur le papier et va mener des exercices. Mais sa taille réelle, son mandat, les règles d'engagement, la logistique et, surtout, la disposition des sociétés européennes à accepter des pertes restent flous. L'histoire des missions de peacekeeping européennes (Balkans, Afrique) montre que les mandats "limités" se heurtent rapidement à la réalité. Si la paix est fragile et la ligne de contact contestée, la MNF-U risque de se transformer soit en otage, soit en participant à un nouveau cycle de conflit.

En définitive, nous assistons non pas tant à une préparation à la paix qu'à une préparation à une "non-paix gérée". Les capitales européennes cherchent à créer un mécanisme qui permette de maintenir l'Ukraine comme facteur militaire capable tout en affichant leur propre subjectivité. Moscou y voit la poursuite de la guerre hybride par d'autres moyens. Et l'histoire enseigne : quand une partie appelle les forces "de peacekeeping" et l'autre "d'occupation", la paix est généralement courte et coûteuse.

source :  International Reporters

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