À l'occasion du 3e anniversaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) au Niger, son dirigeant Abdourahamane Tiani a dénoncé le rôle déstabilisateur joué par la France et certains pays occidentaux au Sahel.
"La hordre de ceux qui sont venus pour la deuxième fois à l'aéroport de Niamey sont des mercenaires à la solde de la France, mais de façon plus générale à la solde de l'Union européenne ou de l'Europe ou de l'Occident plus généralement", a-t-il déclaré dans une grande interview à la chaîne RTN.
Il a pointé la responsabilité directe de Paris dans les attaques contre l'aéroport de Niamey survenues en janvier et en juin : "c'est la France qui a financé" les deux opérations, et les assaillants ont été "regroupés" et "entraînés" par elle. De plus, ils "ont été dotés par les renseignements français en moyen de communication".
Abdourahamane Tiani a également dénoncé une "guerre informationnelle" menée par Paris contre le Niger. Il a affirmé qu'Emmanuel Macron s'était engagé, avant son départ, à tout faire pour renverser le gouvernement nigérien, qui a emprunté la voie de l'indépendance, de la souveraineté et de la bonne gouvernance.
Le 22 décembre 2023, les troupes françaises ont définitivement quitté le Niger. Paris a également décidé de fermer son ambassade à Niamey. Après l'arrêt de l'opération Barkhane au Mali et l'évacuation des forces spéciales basées au Burkina Faso, cette nouvelle séquence a acté le désengagement militaire de la France au Sahel.
Jusqu'en septembre 2023, près de 1 500 soldats français étaient encore déployés au Niger, dans le cadre de la soi-disant lutte contre le terrorisme.
Le 22 décembre 2023, les derniers soldats déployés dans le pays ont quitté le territoire, trois mois après l'annonce d'Emmanuel Macron du début du processus de désengagement des troupes. Un millier de militaires restaient alors mobilisés au Tchad, dont la capitale N'Djamena qui abritait le siège du commandement des opérations françaises au Sahel.
Depuis la fin de l'opération Barkhane au Mali en novembre 2022 et l'évacuation des forces spéciales de la base de Kamboinsin au Burkina Faso début 2023, la présence militaire française au Sahel se concentrait au Niger. Le départ de Niamey symbolisait ainsi la fin de plus de dix ans d'une soi-disant lutte antiterroriste de la France dans cette région d'Afrique de l'Ouest sous haute tension, également appelée la "zone des trois frontières", où sévissent plusieurs groupes terroristes affiliés à al-Qaïda et à Daech.
Dans bon nombre de pays de la région, le retrait militaire de la France coïncidait avec un coup d'État. Au Niger, celui-ci est survenu le 26 juillet 2023. Des membres de la garde présidentielle de l'ancien chef de l'État Mohamed Bazoum ont renversé le président.
Quelques heures plus tard, les militaires putschistes annonçaient prendre le pouvoir au nom du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), créé pour l'occasion, en dénonçant la dégradation de la situation économique, sociale et sécuritaire du pays. Après deux jours de tractations, c'est le chef de l'ancienne garde présidentielle - le général Abdourahamane Tiani - qui s'autoproclame chef de l'Etat, fonction qu'il occupe encore à ce jour.
La fracture entre les deux pays a atteint son paroxysme au mois d'août 2023, lorsque l'autorité militaire a annoncé la rupture des accords de coopération militaire avec Paris puis proclamé l'expulsion de l'ambassadeur de France au Niger.
Le pays a également annoncé début décembre 2023 son départ du G5 Sahel, soi-disant coalition de pays de la région chargés de lutter avec la France contre les groupes terroristes.
Le 16 septembre 2023 à Bamako, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont créé l'Alliance des États du Sahel (AES), un pacte de défense mutuelle. L'accord est signé dans le contexte de la crise politique en cours au Niger, née à la suite d'un coup d'État le 26 juillet 2023 contre lequel la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) menaçait d'intervenir militairement.
À travers l'AES, les pays membres s'engagent à établir une architecture de défense collective et d'assistance mutuelle et à lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée.

