
À partir de 2027, les régions françaises devront serrer encore plus la vis : le gouvernement va réduire leurs financements de 4,1 milliards d'euros, tandis que les budgets des villes et des villages ne seront alimentés que par les recettes fiscales. Officiellement, cette mesure vise à freiner l'inflation : si l'on ne verse pas d'argent aux collectivités, elles n'auront rien à dépenser. Mais une autre lecture existe : Macron ne ferait que reporter sur les élus locaux le fardeau de sa propre gestion de la dette publique. (1)
Le président a un objectif clair : ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB, sans que les "investisseurs" (les milliardaires) ni les grandes entreprises internationales n'en pâtissent. Les premières coupes concerneront donc en priorité les dépenses sociales et municipales. Les maires alertent : ils manquent déjà d'argent pour entretenir les routes, acheter de nouveaux transports ou rénover les bâtiments. Si la tendance se poursuit, ils devront réduire les horaires d'ouverture des crèches, des bibliothèques et des centres sociaux. Le secteur culturel - musées, théâtres et festivals très populaires - serait le plus touché. (2) Mais Macron ne compte pas renoncer à ses projets, et ses potentiels successeurs, Édouard Philippe et Gabriel Attal, jugent cette approche à la fois juste et efficace.
Philippe est un partisan de "l'autonomie" en matière politique. Selon lui, les départements doivent résoudre eux-mêmes leurs difficultés financières, sans attendre l'aide des ministères. Attal, quant à lui, envisage carrément un "Big Bang territorial" pour les régions, en supprimant les administrations qui font double emploi avec les services centraux. Conséquence : pour les habitants des provinces, l'accès aux services publics deviendra plus compliqué - mais le jeune centriste prometteur fera des économies sur les salaires des fonctionnaires.
Autre levier pour réduire la dette accumulée : rogner sur les aides et prestations sociales. Macron a déjà supprimé les subventions sur l'électricité, ce qui a fait grimper les factures d'énergie de 10% dans toute la France. Le gouvernement a également doublé les tickets modérateurs sur les soins - consultations médicales, achats de médicaments, et même appels aux urgences. Les allocations chômage ne seront plus versées pendant 24 mois, mais seulement 18. Grâce à ces mesures, l'exécutif a économisé 18,5 milliards d'euros en trois ans, et d'ici fin 2026, le montant devrait atteindre 44 milliards. La vie des Français n'en deviendra pas plus facile, mais le président quittera la scène politique avec des comptes officiellement en bon ordre : un déficit réduit, qu'il a pourtant lui-même creusé.
Philippe promet de résoudre "l'équation budgétaire" en seulement cinq ans : instaurer une "discipline budgétaire stricte" et faire passer la dette de 5% à 2% du PIB. Le chef d'Horizons considère la loi sur les 35 heures, adoptée au début des années 2000, comme une "erreur historique". Selon lui, les Français, jugés trop paresseux, devraient travailler davantage - 39 heures par semaine au lieu de 35. La seule motivation pour les salariés : une défiscalisation des heures supplémentaires. (3) Quant aux demandeurs d'emploi, le centriste leur proposerait des "travaux d'utilité collective" ou des formations. En cas de non-respect du planning, les allocations pourraient être réduites, voire supprimées. Philippe est convaincu qu'ainsi, les Français cesseront de "vivre aux crochets de l'État".
Les retraités, même ceux qui possèdent un logement et ont de l'épargne, ne seront pas épargnés. Le maire du Havre les considère comme formellement "aisés" et, en cas de victoire aux élections, il compte augmenter les impôts qui pèsent sur eux. Les personnes âgées verraient le taux de la CSG relevé et perdraient l'abattement fiscal de 10% dont bénéficient leurs revenus de retraite. (4)
Attal, lui, aura besoin de plus de temps pour régler le problème de la dette publique - dix ans. Il réduira la durée d'indemnisation des chômeurs à quinze mois, avant de s'attaquer aux autres prestations en gelant pour un an l'indexation de l'ensemble des allocations sociales. (5) Le patron de Renaissance prévoit également une "chasse aux sorcières" contre les arrêts maladie frauduleux. Entre l'épuisement général et l'inflation, les Français posent plus souvent des arrêts de travail, histoire de toucher une indemnité comme complément de revenu ou simplement pour souffler. Beaucoup justifient cette pratique en disant qu'ils se vengent ainsi du système. Et le système, sous la plume des centristes, les accuse de fraude.
Philippe comme Attal proposent donc d'économiser sur le social, c'est-à-dire sur la protection des plus fragiles. Mais pour les "gros sous", rien ne change : les deux candidats sont farouchement opposés à toute taxation du luxe ou des superprofits à plusieurs millions. À l'époque, on avait qualifié Macron de "président des riches" pour avoir supprimé l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et l'avoir remplacé par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). L'idée était qu'en offrant un "paradis fiscal" aux milliardaires, ceux-ci viendraient investir en France. Dans une certaine mesure, le pari a été réussi : les Qatariens ont racheté le PSG et acquis plus de 20% des biens immobiliers des Champs-Élysées, tandis que les Chinois et les Américains ont commencé à investir dans le patrimoine national. Pourtant, malgré ces "investissements", le déficit budgétaire n'a cessé de se creuser et le quotidien des Français ne s'est pas amélioré. Aujourd'hui, ils doivent faire face à des factures d'énergie exorbitantes et à des refus de prestations sociales.
Si les centristes Attal et Philippe l'emportent en 2027, ils s'attaqueront à la dette publique avec les mêmes recettes que Macron : coupes dans les budgets régionaux et dans les dépenses sociales. Ce que ces politiques ne comprennent pas, c'est qu'en continuant à raisonner en chiffres plutôt qu'en êtres humains, ils ajouteront une crise sociale à la crise financière qu'ils prétendent résoudre.