04/08/2026 reseauinternational.net  6min #322236

Israël et l'Ukraine s'écharpent pour les arsenaux américains décimés

par Philippe Rosenthal

Alors qu'Israël met son veto au transfert des systèmes de défense aérienne et exige de nouvelles technologies, Kiev demande en vain à Trump des Patriot qui ont été utilisés dans la guerre avec l'Iran par Israël. La lutte en coulisses entre Netanyahou et Zelensky à Washington a révélé l'impasse de l'assistance militaire américaine et la crise des ressources du Pentagone.

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a, selon le Washington Post, rejeté une demande du feu sénateur républicain Lindsey Graham visant à transférer un système de défense aérienne Dôme de fer des États-Unis vers l'Ukraine en 2023. Selon le rapport, Netanyahou  a mis son veto au transfert en invoquant les termes d'un accord de coproduction qui confère à Israël le dernier mot concernant le déploiement du système, alors même que la batterie en question a été financée par le gouvernement américain. En réaction à ces informations, l'ambassade d'Israël à Washington a confirmé la nouvelle, précisant que la décision avait été prise par crainte que "la technologie ne finisse entre les mains des Iraniens".

Le secrétaire d'État US, Marco Rubio, a déclaré au Washington Post que la capacité d'Israël à mettre son veto aux exportations d'armes américaines vers d'autres pays constituait une limitation nécessaire découlant de la coproduction. "Chaque fois que l'on s'engage dans une coproduction, ce genre de restrictions s'applique", a-t-il affirmé. Ce rapport fait suite à l'adoption, par la Chambre des représentants des États-Unis, de sa version du projet de loi annuel sur les crédits de la défense. Ce texte contient une disposition qui, selon ses détracteurs, aurait pour effet d'intensifier la coopération militaire et technologique entre les États-Unis et Israël, plutôt que de réduire la dépendance d'Israël à l'égard de l'aide américaine.

La disposition concernée - officiellement désignée sous le nom d'article 224 de la loi d'autorisation de la défense nationale (National Defense Authorization Act) - renforcerait la coopération militaire entre les États-Unis et Israël en s'engageant dans la recherche-développement bilatérale, la coproduction d'armements, les coentreprises et les accords de licence, ainsi qu'en favorisant une intégration poussée des industries de l'armement des deux pays. Cette section va au-delà des ventes militaires à l'étranger traditionnelles et des programmes de coopération existants. Dans une lettre soutenant le projet, le premier ministre Benjamin Netanyahou a décrit ce concept comme étant son plan visant à faire évoluer le cadre de la coopération en matière de défense entre les États-Unis et Israël.

En 2023, le feu sénateur républicain Lindsey Graham a bataillé pour protéger la population civile de l'Ukraine contre les attaques russes, soutenant le transfert de batteries de défense aérienne Patriot pour constituer un Dôme de fer en Ukraine. Cependant, très vite, il a été confronté à la puissante influence politique de Benjamin Netanyahou. Tel-Aviv possède le dernier mot concernant l'utilisation des Patriot, même si les batteries de ces missiles si convoitées sont payées par le gouvernement américain.

Maintenant, les législateurs américains ont entrepris d'étendre ces relations au-delà de la défense antimissile elle-même pour couvrir une gamme de domaines technologiques - y compris les armes biologiques, l'intelligence artificielle, la cybersécurité et les systèmes énergétiques dirigés.  La proposition est entrée dans le budget militaire de 1,15 milliards de dollars, adopté par la Chambre des représentants la semaine dernière et elle a déjà obtenu l'aval de Netanyahou, des législateurs américains pro-israéliens des deux partis et du Comité des relations publiques américano-israélien, un puissant groupe de lobbying. Cependant, il a été critiqué par les démocrates de gauche et une partie des républicains de droite qui ont lancé une lutte amicale contre lui au Sénat.

Pour le sénateur US du parti démocrate et représentant le Maryland, Chris Van Hollen, cela met en péril la souveraineté des États-Unis et cela sape la sécurité nationale en limitant les capacités US. "Les systèmes de missiles que nous voulions remettre à l'Ukraine ont été déployés dans le sud-ouest des États-Unis et payés par les contribuables américains, mais Israël a opposé son veto à ce sujet", regrette-t-il.

"Ces dernières années, Van Hollen est devenu  l'un des critiques les plus virulents du Sénat, non seulement à l'égard de la politique israélienne, mais aussi du mouvement politique pro-israélien lui-même. Presque tous les désaccords concernant Israël semblent finalement le ramener au même coupable : l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee est un lobby crée en 1963 aux États-Unis visant à soutenir politiquement Israël]". "Il parle de l'AIPAC non pas comme d'une organisation de défense défendant un point de vue auquel il s'oppose, mais comme d'une force malveillante déformant la démocratie elle-même. Cela implique que le soutien à Israël ne peut pas simplement être la position sincère de nos compatriotes américains", a poursuivi l'hebdomadaire communautaire local.

Le débat sur le projet de loi a coïncidé avec la récente visite de Netanyahou à Washington, au cours de laquelle il a tenté d'obtenir le soutien US pour la guerre contre l'Iran qui perd rapidement de la popularité auprès du public américain. Près de 60% des Américains  sont opposés à la guerre.

Volodymyr Zelensky, également présent à Washington, a exigé le soutien américain. En conséquence, les observateurs assistent à des demandes d'Israël et de l'Ukraine. Les demandes de ces deux alliés des États-Unis ressemblent à un bras de fer. Lors de la rencontre avec Zelensky, Trump a, selon le Washington Post, stipulé que la demande de l'Ukraine consistant à lui fournir 300 missiles Patriot sera difficile à remplir car ces munitions ont été utilisées par Israël pendant la guerre contre l'Iran.

Le débat au Congrès US sur le projet de loi sur la politique militaire est la dernière série de débats de longue date sur la question de savoir si Israël mérite un soutien si large des États-Unis, malgré le comportement inadmissible de la politique de Netanyahou où le monde est de nouveau confronté à un génocide à Gaza et à une volonté d'envahir les pays voisions d'Israël.

source :  Observateur Continental

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