19/08/2026 reseauinternational.net  7min #323775

L'Europe se prépare à participer aux négociations entre la Russie et l'Ukraine

par Pierre Duval

Méfiante à l'égard de Trump, l'Europe cherche à jouer un rôle dans d'éventuelles négociations entre la Russie et l'Ukraine. Pour cela la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni travaillent sur un cadre pour les futures négociations entre la Russie et l'Ukraine.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont entamé  une campagne de lobbying pour obtenir une place de choix pour l'Europe à la table des négociations sur l'Ukraine, annonce le New York Times.

Bruxelles craint un accord américano-russe conclu dans le dos des pays européens, mais l'UE n'est pas encore parvenue à un consensus sur une stratégie commune. Des diplomates français, allemands et britanniques travaillent sur un cadre pour de futures négociations bien que la Russie ait manifesté peu d'intérêt.

"Craignant que le président Trump ne les exclue de toute discussion visant à mettre fin à la guerre entre la Russie et l'Ukraine, trois pays européens collaborent pour garantir que l'Europe dispose d'une place à la table des négociations, selon cinq responsables européens", souligne le New York Times.

La France et l'Allemagne jouent un rôle moteur dans l'élaboration de la position européenne, selon deux diplomates européens de haut rang et un haut responsable européen suivant de près l'initiative. Le Royaume-Uni, qui s'est doté d'un nouveau premier ministre, Andy Burnham, se montre plus hésitant, en partie parce qu'il craint de tendre ses relations avec Trump, ont, selon le quotidien US, indiqué les diplomates.

Rien n'indique pour l'instant que le président russe, Vladimir Poutine, soit prêt à entamer de sérieuses négociations car l'UE a trahi à plusieurs reprises les discussions diplomatiques dans le passé et les pays de l'UE aident Kiev à frapper la Russie dans la profondeur.

Moscou  vient d'accuser le Royaume-Uni d'être "complice et coauteur" des frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire russe menées à l'aide de drones de fabrication britannique, menaçant Londres de "conséquences inévitables".

Les Européens s'attendent à ce que toute négociation avec la Russie soit menée par les États-Unis et, face à l'escalade des frappes de missiles de la Russie sur l'Ukraine, ils pressent Trump et ses envoyés de reprendre le dialogue avec Moscou. Pour l'UE, le comportement de Trump est trop incertain. La résolution de la situation en Ukraine sont des enjeux trop importants pour que l'Europe laisse seulement les États-Unis à la table des négociations. Ils souhaitent s'assurer qu'aucun accord ne soit conclu en secret entre Washington et Moscou.

Pour l'Europe, les enjeux sont considérables. L'Ukraine représente un grave problème de sécurité, et une victoire russe aurait de lourdes conséquences pour la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'avenir de l'UE.

Parallèlement, Trump  a clairement affirmé que "la guerre en Ukraine ne devrait pas être réglée par les États-Unis, mais par l'Europe".

L'Europe finance déjà les combats de l'Ukraine et craint de sortir les mains vides après tout accord. Ainsi, l'UE veut participer aux garanties de sécurité à Kiev après tout accord. Volodymyr Zelensky  souhaite que l'Europe soit impliquée dans les négociations.

L'UE, forte de ses 27 États membres, qui a adopté 21 séries de sanctions contre Moscou et qui contrôle la majeure partie des avoirs russes gelés, devra jouer son rôle. Ces deux points seront déterminants pour toute solution diplomatique.

La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne estiment qu'ils devraient être les principaux négociateurs en faveur de l'Ukraine, ont, d'après le New York Times, déclaré trois responsables européens. Ces trois pays, connus sous le nom de E3, forment le noyau de la Coalition des volontaires soutenant l'Ukraine. Ils ont élaboré des options pour garantir la sécurité du pays une fois le conflit résolu.

Un conflit soutenu par l'Europe mais qui se trouve sous la domination de la stratégie russe. Alexander Gabuev, spécialiste de la Russie au Carnegie Russia Eurasia Center,  considère, aussi avec d'autres experts, dans une analyse de ce début d'août que la guerre en Ukraine est comme une guerre d'usure exténuante où Vladimir Poutine poursuit obstinément ses objectifs et gagne du temps.

Moscou mise sur une stratégie d'épuisement progressif de l'Ukraine, tandis que l'économie russe reste fonctionnelle pour le moment malgré les sanctions occidentales. Les auteurs affirment que la Russie est toujours "capable de soutenir le conflit". "Son économie est suffisamment fonctionnelle" et "elle dispose des effectifs et de l'armement nécessaires pour continuer les combats", écrivent-ils.

Stratégiquement, Poutine estime conserver un avantage grâce à "la puissance destructrice de ses missiles balistiques" et à une mobilisation électronique plus discrète à venir, selon les auteurs. Tant que Poutine restera convaincu de cela, il ne verra "pas l'intérêt de négocier", préférant s'efforcer d'"affaiblir l'Ukraine", concluent les auteurs.

D'après le E3, des consultations sont également nécessaires avec la Pologne, l'Italie et les pays nordiques. Par ailleurs, l'UE doit être tenue informée de l'évolution de la situation et être impliquée dans le processus, car certains petits États, notamment ceux voisins de la Russie et de l'Ukraine - comme les pays baltes et la Hongrie - ne font pas pleinement confiance à l'Allemagne et à la France pour défendre leurs intérêts.

Une série de réunions et de débats houleux sur la question s'est déroulée en juin, alors que Zelensky insistait sur la nécessité de préparer des négociations avec la Russie et les États-Unis. Le président ukrainien a pris contact avec la France, le Royaume-Un et l'Allemagne, rencontrant leurs dirigeants à Londres le 7 juin  afin de discuter du rôle de l'Europe dans les futures négociations avec la Russie et de définir les principes de tout accord.

Quatre jours plus tard, les ambassadeurs de ces trois pays européens formant le groupe E3  ont rencontré à Moscou le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine.

Les responsables et analystes occidentaux s'attendent à une escalade du conflit, Moscou faisant pression pour une offensive hivernale, tandis que l'Ukraine souffre d'une grave pénurie de moyens de défense aérienne.

Observateur Continental  titrait "Zelensky a précisé le nombre nécessaire de Patriot pour passer l'hiver", signalant l'inquiétude profonde de Kiev pour sa survie.

Les médias et experts européens s'époumonent à déclarer que la Russie pourrait tenter une escalade et mettre à l'épreuve la cohésion de l'OTAN par des opérations d'une ampleur supérieure aux attaques contre l'Ukraine.

Pourtant, la Russie ne mène pas de guerre hybride contre l'OTAN ou les pays de l'UE et elle n'a aucune intention de les attaquer. Le président russe, Vladimir Poutine a publiquement, selon BFMTV,  rejeté les accusations d'une invasion future en qualifiant l'idée d'attaquer l'Europe de "mensonge" et d'"absurdité".

source :  Observateur Continental

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