
Par Moon of Alabama - Le 21 aout 2026
Le gouvernement iranien dirigé par le président Masoud Pezeshkian se trouve dans une position difficile. La guerre que les États-Unis, Israël et leurs alliés mènent contre le pays causent d'énormes dégâts. L'économie locale souffre. Le blocus décrété par les États-Unis contre l'Iran bloque ses ventes de pétrole.
Il y a peu de chances pour le gouvernement iranien de résoudre les problèmes par ses propres mesures intérieures. D'un point de vue utilitaire et à court terme, il serait logique qu'il demande la paix.
Mais contrairement à d'autres chefs de gouvernement, le président iranien n'a pas un contrôle total sur la guerre et la paix. C'est le travail du Conseil suprême de la sécurité nationale, qui comprend le président, mais aussi les dirigeants de l'armée et du renseignement ainsi que les représentants du dirigeant qui a un droit de veto sur ses décisions. Les considérations du conseil sont axées sur le long terme et sur l'indépendance du pays. Les facteurs économiques passent au second plan.
Les appels de Pezeshkian à des négociations de paix doivent donc être considérés comme du lobbying interne :
Le président iranien Masoud Pezeshkian a déclaré vendredi qu'il était temps de mettre fin à la guerre qui dure depuis plusieurs mois au Moyen-Orient pendant que Téhéran est en position de force face à Washington.
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"Il vaut mieux que nous mettions fin à la guerre maintenant car nous sommes dans une position de pouvoir et de dignité", a déclaré Pezeshkian lors d'une réunion avec des médecins.
"Le monde entier reconnaît notre victoire et souligne que l'Amérique a attaqué nos écoles, nos hôpitaux et nos infrastructures en violation de tous les règles et est détestée dans le monde entier".
Pezeshkian faisait référence au protocole d'accord que le président américain Donald Trump a signé tout en ignorant immédiatement plusieurs de ses clauses.
Le problème avec ce souhait de revenir au protocole d'accord est que la personne en face n'est pas prête à le faire. Les États-Unis cherchent encore à changer le régime.
Alors que Pezeshkian pourrait vouloir retourner à la diplomatie, les "partisans de la ligne dure" au Conseil de sécurité peuvent à juste titre souligner qu'il n'y a personne à qui parler. Il n'y a pas de bretelle de sortie que l'Iran puisse emprunter.
L'administration Trump semble croire qu'il y a suffisamment de pétrole provenant du Golfe pour soutenir l'économie mondiale :
L'armée américaine a discrètement établi un couloir de navigation dans et hors du détroit d'Hormuz pour transporter des millions de barils de pétrole chaque jour - un succès notable alors même que cette guerre reste dans l'impasse, ont déclaré deux responsables américains à Axios.
- Dans le cadre de l'opération, en cours depuis plusieurs semaines, 15 à 20 pétroliers sont entrés et sortis du détroit chaque nuit par un chenal sud le long de la côte d'Oman.
- Environ 10 millions de barils de pétrole par jour - environ la moitié du volume d'avant-guerre - sont transportés hors du détroit et injectés sur le marché mondial de l'énergie, ont indiqué les responsables.
Ces affirmations sont bien sûr des conneries comme le montrent des sources indépendantes :
Kpler évalue de trois à 12 traversées par jour au cours des derniers jours, y compris des pétroliers, des vraquiers, des boxships et du trafic à travers la voie contrôlée par l'Iran du côté nord du détroit - pas que du pétrole du côté omanais. La méthodologie du cabinet de conseil inclut l'imagerie radar par satellite SAR, ce qui rend son comptage indépendant des transmissions AIS, qui peuvent être facilement manipulées.
Et :
Sept navires de marchandises ont navigué le long du détroit d'hormuz jeudi, soit seulement la moitié du décompte de la veille, ont montré les données du traceur de navires Kpler,...
De ce total, quatre navires sont entrés et trois sont sortis de la voie navigable, parmi ces sept navires, aucun gros transporteur de brut ou de gaz naturel liquéfié.
En plus de cela, trois gros pétroliers chinois ont fait demi-tour dans le détroit d'Hormuz au cours des dernières 48 heures.
Malgré ces faits, le secrétaire au Trésor (et négociant raté en obligations) Scott Bessent dit qu'il ne comprend pas pourquoi les prix du pétrole flambent.
Bessent a également été assez stupide pour demander à la Chine de se joindre aux nouvelles sanctions à venir contre l'Iran. Son appel a été immédiatement rejeté :
"Les sanctions et les pressions n'aideront pas à résoudre le problème", a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, aux journalistes lors d'un briefing, exhortant toutes les parties concernées à prendre des mesures responsables et à résoudre la crise par les voies politiques et diplomatiques.
Les tentatives fébriles de Bessent pour trouver des moyens de faire pression économiquement sur l'Iran indiquent à tout le monde que l'administration Trump ne veut pas reprendre les combats. Il veut maintenir le blocus sur l'Iran mais sans bombarder davantage.
Mais l'Iran ne peut pas vivre ainsi indéfiniment.
C'est pourquoi le Conseil de sécurité iranien est susceptible d'intensifier et d'accroître sa pression sur les États-Unis.
Il peut demander à ses amis en Irak et au Yémen de lancer de nouvelles attaques contre des cibles alignées sur les États-Unis. Il peut saisir des navires qui tentent de passer le détroit. Il peut attaquer les navires américains qui tentent de faire respecter le blocus.
Trump est sous pression. Le prix du pétrole, du gaz et du diesel continuera d'augmenter. La tentative ratée de Bessent d'intervenir sur les marchés des bons du Trésor démontre la nervosité de l'administration.
Je m'attends à ce que l'Iran augmente lentement ses activités contre des cibles américaines. Celles-ci ressembleront probablement à des piqûres d'épingle mais elles feront mal. Il tentera d'éviter les représailles américaines et évitera, pour l'instant, des mesures plus massives.
Il faut se rappeler que ce n'est pas la première fois que l'Iran doit lutter contre des mesures économiques hostiles :
Barack Obama @BarackObama - 1:18 UTC * 12 octobre 2012
Le vice-président Biden sur l'Iran: "Ce sont les sanctions les plus paralysantes de l'histoire des sanctions. Point".
Quand Obama a essayé, l'Iran n'a pas cédé. C'est l'administration Obama qui a dû faire des concessions (l'Iran a été autorisé à enrichir l'uranium) pour finalement arriver à un accord sur le nucléaire.
Trump devra également trouver une issue.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.