24/03/2023 ismfrance.org  6min #226037

 300 attaques de colons à Huwara, Asira al-Qibliya et Burin

« Anéantissement » en Cisjordanie

Jeremy Salt / Al-Mayadeen. La brutalité, la contradiction et l'imposture inhérentes au projet sioniste n'ont peut-être jamais été révélés de façon aussi flagrante que ces dernières semaines. En 1948/9, l'État colonial a détruit près de 500 villages et hameaux en Palestine. Jusqu'à aujourd'hui, il a détruit des dizaines de milliers de maisons dans les territoires qu'il occupe et dans les pays environnants qu'il a attaqués.

Pourtant, lorsque l'homme politique des colons, Bezalel Smotrich, a appelé à « l'anéantissement » d'un autre village, Huwara, en Cisjordanie occupée, les médias sionistes « libéraux » ont eu une une réaction horrifiée, comme si rien ne pouvait être plus éloigné du véritable esprit du sionisme.

Dans le sillage de l'assassinat de deux colons à Huwara, provoqué par celui de 11 Palestiniens à Naplouse quelques jours plus tôt, les partenaires de la coalition « extrémiste » de Benjamin Netanyahu (comme s'il n'était pas lui-même un extrémiste) ont appelé à l'utilisation du la peine de mort contre les « terroristes » palestiniens qui tuent des « Israéliens », ce qui signifie clairement les Israéliens juifs, vivant sur des terres occupées, et donc les cibles de représailles, comme l'ont toujours été ceux qui occupent la terre d'un autre peuple.

Lorsque l'État colonial a prononcé la peine de mort contre la Palestine et son peuple en 1948 et qu'il massacre des Palestiniens depuis, alors qu'il existe déjà une condamnation à mort sous la forme des « exécutions extrajudiciaires », alors que des Palestiniens peuvent être tués sans recourir aux tribunaux et sans que les tueurs soient punis, il faut se demander : pourquoi s'embêter à mettre un vernis légal sur le processus ?

Le duel entre les hommes politiques est distinct des sentiments de ceux qui ne se soucient pas de savoir où et comment les Palestiniens sont tués tant qu'ils le sont. Les parents des deux colons abattus à Huwara se sont dits réconfortés « au moins un peu » par la nouvelle que leur assassin présumé avait lui-même été tué dans l'attaque de Jénine qui a fait six morts palestiniens et des dizaines de blessés graves. Le « ministre de la Sécurité nationale » [ministre de la police] récemment nommé, Itamar Ben-Gvir, a appelé il y a quelque temps les colons de Jérusalem-Est à tirer sur les Palestiniens qui leur jettent des pierres, indépendamment du fait que la plupart d'entre eux sont des adolescents ou même plus jeunes.

Le parti de Ben-Gvir, Otzma Yehudit, a parrainé la loi sur la peine capitale, qui a été adoptée par 55 voix contre 9 au parlement de l'État sioniste. L'un de ses principaux membres, Limon Son Har Melech, a déclaré que la loi était « éthique et nécessaire ». Encore une fois, pourquoi « nécessaire » alors que des soldats, des policiers, des agents infiltrés et des colons peuvent abattre des Palestiniens dans la rue en toute impunité ?

Comme la nuit succède au jour, une vague de violence effroyable était certaine après la nomination par Netanyahu de Ben-Gvir au poste de ministre de la « Sécurité nationale » et de Smotrich au poste de « ministre des Finances ». Les deux hommes sont des colons de Cisjordanie avec un long passé d'incitations contre les Palestiniens. Netanyahu savait d'après leurs antécédents à quel point ils seraient violents. C'est pourquoi il les a nommés, ce qui le rend également coupable. Lors de l'une des dernières attaques, le 16 mars, un homme armé s'est penché sur un Palestinien blessé allongé sur le sol à Jénine et lui a tiré une balle dans la tête. C'est une pratique courante pour les soldats sionistes et les agents d'infiltration. Ils savent qu'ils ne seront pas punis pour des crimes aussi épouvantables, mais plutôt félicités pour avoir « éliminé » un autre « terroriste ».

Netanyahu a salué Smotrich pour s'être rétracté mais n'a pas condamné la déclaration. Le double jeu est de condamner les « extrémistes » des colons tout en les utilisant comme de jeunes pionniers, protégés par les soldats dansant avec eux dans les rues de Huwara, qui font chaque jour avancer le projet sioniste avec leur violence contre les Palestiniens. Ils sont l'équivalent des hooligans nazis qui ciblaient les Juifs dans les rues de Berlin en 1936/7, comme le signifie l'utilisation des mots « kristallnacht » et « pogrom » par les sionistes « libéraux » pour décrire ce qui s'est passé à Huwara.

Vandalisme des colons sionistes à Salfit, 20 mars 2023.

Les meurtres à Naplouse, à Jénine et dans les environs portent à près de 100 le nombre de Palestiniens tués en Cisjordanie cette année. Certains des morts sont des enfants, d'autres des personnes âgées, tandis que les jeunes résistants, même s'ils sont armés d'armes légères, sont pratiquement sans défense lors des assauts sur leurs villes impliquant des voitures blindées, des drones et des hélicoptères. Une tactique courante consiste à faire sauter une maison avec un missile et à tuer ceux qui survivent alors qu'ils en sortent en courant.

L'« Occident » continue de regarder ailleurs. En Australie, ce qui était important pour le lobby sioniste et ses comparses dans les médias (dont Morry Schwartz, l'éditeur du Saturday Paper et de deux magazines de commentaires sociaux et politiques modérés The Monthly et le Quarterly Essay) était que les Palestiniens invités au récent festival des écrivains d'Adélaïde, Ramzy Baroud, Muhammad Kurd et Susan Abulhawa ne soient pas autorisés à parler, ou à ne parler que dans un langage approuvé par les sionistes. Ils ne devaient pas être autorisés à décrire avec leurs propres mots les horreurs qu'eux-mêmes, leurs familles et leur peuple ont endurées pendant des décennies aux mains de l'agresseur. Ce serait « antisémite ». Au crédit de la directrice juive du festival, elle a tenu bon et ils ont eu leur mot à dire.

En même temps qu'il assassine des Palestiniens, l'État sioniste continue d'attaquer la Syrie, bombardant l'aéroport de Damas ou Halab, bombardant où il veut et quand il veut. Il viole constamment l'espace aérien libanais et renouvelle régulièrement la menace de bombarder les réacteurs nucléaires iraniens et de déclencher une guerre catastrophique. Encore une fois, « l'Occident » regarde ailleurs, ce qu'il continuera sans aucun doute à faire jusqu'à ce que les sionistes brûlent la maison. Que dira-t-il alors - qu'il n'avait rien vu venir ?

Article original en anglais publié le 19 mars 2023 sur  Al-Mayadeen / Traduction MR

Jeremy Salt a enseigné l'histoire moderne du Moyen-Orient à l'Université de Melbourne, à la Bosporus University à Istanbul et à la Bilkent University à Ankara pendant de nombreuses années. Parmi ses publications récentes son livre paru en 2008 :  The Unmaking of the Middle East. A History of Western Disorder in Arab Lands (University of California Press).

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