16/11/2019 les-crises.fr  9 min #164527

[Forum de Paris sur la Paix] Macron accuse de « pudibonderie et d'hypocrisie » ceux qui refusent les critiques

Ont participé au Forum sur la Paix  des dizaines de chefs d'États et de participants de marque.

C'est un beau succès de la Diplomatie française.

Nous en partageons les grands moments.

I. Le discours d'Emmanuel Macron

 Ouverture du deuxième Forum de Paris sur la Paix

II. Critiques

Source :  Orange, AFP, 12-11-2019

Emmanuel Macron a fustigé mardi la "pudibonderie" de ceux qui refusent de voir l'inefficacité des organismes internationaux, allusion à ses récentes critiques sur l'Otan, lors de l'ouverture du Forum de Paris sur la Paix dont il a défendu l'utilité.

"Nous avons besoin de plus de coopération", a plaidé le chef de l'Etat en ouvrant la deuxième édition de ce forum qu'il a créé l'an dernier, où sont venus une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement, dont une douzaine d'Africains, mais sans dirigeants ni américain ni russe.

"Le risque est (...) de la paresse, de se dire qu'on a des organisations (internationales), on les aime bien, ne les questionnons pas, elles ont parfois perdu leur finalité, plus personne ne comprend où elles vont, cachons ce sein que nous ne saurions voir comme on dit dans Molière, et ça sera mieux".

"Je ne le crois pas du tout, je l'ai montré parfois en heurtant certains dans cette salle il y a quelques jours. On a besoin de vérité. La pudibonderie ou l'hypocrisie ne marchent pas dans les temps qui courent, parce que nos concitoyens le voient. La paresse (...) n'est pas non plus une solution", a-t-il insisté.

Le président français répondait visiblement aux critiques de la chancelière Angela Merkel et de la présidente désignée de la Commision européenne Ursula von der Leyen - présente dans la salle - à ses récentes déclarations contre l'Otan qu'il a jugé en état de "mort cérébrale", en raison du retrait américain et de l'attaque turque en Syrie.

Le chef de l'Etat a aussi affirmé que ce Forum de la Paix, qui s'ajoute à de nombreuses autres réunions internationales, était utile car il réunissait des Etats, des ONG, des acteurs de la société civile des entreprises, seule réponse selon lui aux nouveaux défis, démographique, climatique, technologique.

Avant lui, la présidente désignée de la Commission européenne, le président congolais et le vice-président chinois avaient ouvert le forum par de grandes déclarations générales sur la paix et le rôle de leur pays ou organisation respective.

Emmanuel Macron a aussi répété vouloir éviter la division du monde autour de deux grandes puissances, Etats-Unis et Chine. "La répartition entre quelques puissances hégémoniques produit des frustrations" et n'est pas tenable à long terme, a-t-il dit.

Source :  Orange, AFP, 12-11-2019


Le Forum de Paris pour la paix tente d'inventer une autre diplomatie

Source :  Le Monde, Marc Semo 11-11-2019

Trente chefs d'Etat ou de gouvernement, mais aussi des ONG, participent à cette conférence diplomatique qui s'ouvre lundi avec un discours du secrétaire général des Nations unies.

Penser et concrétiser le multilatéralisme autrement. Le Forum de Paris pour la paix, pour sa deuxième édition, s'inscrit déjà comme le rendez-vous annuel d'une diplomatie atypique réunissant à la fois des chefs d'Etat et de gouvernement, des ministres, des dirigeants de grandes organisations internationales, d'ONG, des experts et des chefs d'entreprise. « Nous vivons une crise sans précédent de notre système international », avec une renaissance de « l'unilatéralisme parfois même chez ceux qui étaient les garants en dernier ressort de ce système international », a lancé mardi 12 novembre le président français, Emmanuel Macron, en référence aux Etats-Unis.

A l'occasion de l'ouverture de ce forum, à La Villette, le chef de l'Etat a balayé au passage les critiques suscitées par ses propos sur l'OTAN en état de « mort cérébrale », en fustigeant la « pudibonderie » devant l'inefficacité actuelle des organismes internationaux.

La crise du multilatéralisme a aussi été évoquée par la future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a promis d'initier « une véritable commission européenne géopolitique » et d'agir « pour une Europe davantage tournée vers l'extérieur ». Le vice-président chinois Wang Qishan, numéro trois du régime, a de son côté dénoncé « la montée de l'unilatéralisme, du protectionnisme, du populisme ».

« Salon de propositions »

Le Forum pour la paix veut répondre à ces défis. « Il s'agit à la fois d'un sommet, d'une conférence de haut niveau et d'un salon de propositions qui intègre des nouveaux acteurs non étatiques sans lesquels il est impossible d'affronter efficacement des questions telles que le réchauffement climatique, la gouvernance d'Internet, l'intelligence artificielle ou le développement », explique Justin Vaïsse, le directeur général du Forum. Il souligne que, « si cette énergie venant de la société est essentielle, les Etats continuent de jouer un rôle central sur la scène internationale, notamment sur la lutte contre la prolifération nucléaire ».

Source :  Le Monde, Marc Semo 11-11-2019


[Géopolitique] Les trois points à retenir du discours sur la paix d'Emmanuel Macron

Source :  La Marseillaise, Angelique Schaller, 15-11-2019

Un Macron qui se présente en leader de l'Europe voire en tête de pont du multilatéralisme : l'ambition du président français a essuyé des critiques.

L'Europe doit construire de nouveaux équilibres, avoir une voix propre et être un tiers de confiance entre États-Unis et Chine » : ainsi Emmanuel Macron a-t-il introduit mercredi le deuxième forum pour la Paix qui se déroule encore aujourd'hui à Paris. L'occasion de poursuivre sa stratégie visant à mettre sur pied une armée européenne. Stratégie qui ne fait pas l'unanimité.

1. Macron se voit comme le leader européen
Le président français a indéniablement de grandes ambitions européennes, à moins qu'il ne faille parler de grandes prétentions. La future présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a beau être dans la salle et promettre d'initier une « véritable Commission géopolitique », « une Europe davantage tournée vers l'extérieur » et marteler que « seul, personne ne peut faire face », Emmanuel Macron a bien tenté hier d'incarner l'Europe.
Une stratégie construite. Dans le droit fil du voyage qu'il vient d'effectuer à Pékin dont il revient auréolé du statut d'interlocuteur privilégié des Chinois en Europe.
Dans la foulée de son impulsion d'une collaboration avec une dizaine d'États pour une Initiative d'intervention européenne (IEI), de la mise en place d'un fonds européen pour la défense - 13 milliards sur plusieurs années, une première - ou de partenariat plus précis avec l'Allemagne pour construire des chars ou des avions. Macron veut une armée européenne pour gagner en « autonomie stratégique », concept développé dès son discours de la Sorbonne en 2017.
Dans les discours, le couple franco-allemand est sur la même longueur d'onde. Dans les faits, moins. Mais c'est surtout dans le nord de l'Europe que l'initiative est critiquée, des pays craignant trop la Russie pour fâcher le protecteur américain.

2. Multilatéralisme à géométrie variable
« L'Europe doit être un laboratoire du multilatéralisme », a également dit Emmanuel Macron. Une idée que tous les participants ont applaudi, en l'absence flagrante des États-Unis à ce rendez-vous qui a réuni des représentants d'une trentaine de pays. Si dans le discours le président français aime à mettre en avant l'Asie ou l'Afrique - « longtemps objet du multilatéralisme mais qui est en train d'en devenir un sujet » - il s'est vu recadré par Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe. « Aucun pays ou groupe de pays ne peut plus gérer seul. Amérique latine, Chine, Afrique, Inde... prennent des forces. Nos amis occidentaux ne sont pas contents. Ils dominent depuis 50 ans et veulent freiner ce processus », a-t-il notamment déclaré avant de conclure : « L'Occident ne doit pas se présenter en juge suprême qui tranche tout. »

3. Critique de l'Otan et... des Nations unies
Le président Macron était singulièrement attendu sur la question de l'Otan après l'avoir qualifié d'en état de « mort cérébrale ». Il a enfoncé le clou, fustigeant la « pudibonderie » et l'« hypocrisie » devant l'inefficacité actuelle des organismes internationaux. Sauf qu'il met au même plan l'Otan, sans envisager une seconde d'en sortir, et les Nations unies : « Les enceintes de discussion actuelles sont bloquées et les Nations unies en font partie. » Là, c'est le vice-président chinois Wang Qishan qui s'oppose : « La Chine défend l'ordre international basé sur les Nations unies. »

Angélique Schaller

Source :  La Marseillaise, Angelique Schaller, 15-11-2019

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