par Vanina Delmas (Politis) 9 décembre 2020

Elles ont respectivement 9 ans, 15 ans et 24 ans. Elles vivent en Inde, en Ouganda et aux États-Unis. Licypriya Kangujam, Vanessa Nakate et Alexandria Villaseñor sont des figures de cette nouvelle génération qui se mobilise autour de l'écologie comme priorité. Portraits.
| Ces portraits sont parus dans Politis du 3 décembre 2020, dans le cadre d'un dossier sur « La galaxie climat en pleine mue » à lire en ligne ici (abonnés). |
Licypriya Kangujam, 9 ans, Inde : « Nos dirigeants ont ruiné mon enfance et mon futur »

Lors de la COP 25 à Madrid, son discours bouscule les consciences : « Quand je suis née, nos dirigeants s'étaient déjà réunis seize fois à la COP et connaissaient déjà les effets néfastes du changement climatique. Alors pourquoi devrais-je venir ici ? Je devrais retourner à l'école, jouer, étudier... Mais nos dirigeants ont ruiné mon enfance et mon futur. » Pour son 9ème anniversaire, le 2 octobre, elle demande que chaque personne plante un arbre. Souhait en partie exaucé : 240 000 arbres ont été plantés, donnant naissance à un nouveau mouvement, Monday for Mother Nature (Lundi pour mère Nature).
Vanessa Nakate : à 24 ans, une figure en Ouganda de la lutte contre le racisme environnemental

En 2019, à 23 ans, l'étudiante rejoint le mouvement pour le climat Fridays for Future et lance - seule - une grève. Puis elle fonde le Rise Up Movement, pour consolider les mobilisations et agir concrètement en installant des panneaux solaires ou des cuisinières écologiques dans les écoles. En janvier 2020, elle participe au Forum de Davos et donne une conférence de presse avec quatre autres activistes, mais la photo recadrée par l'agence AP la fait disparaître. « C'est la première fois de ma vie que j'ai compris la définition du mot racisme !, confie-t-elle dans une vidéo diffusée sur Twitter. L'Afrique est le dernier émetteur de gaz à effet de serre, mais nous sommes les plus touchés par la crise climatique. Que vous effaciez nos voix, notre histoire ne changera rien. Est-ce que ça veut dire que je n'ai pas de valeur en tant qu'activiste africaine ? Ou que les Africains n'ont pas du tout de valeur ? » Son autre combat est désormais de lutter contre le racisme environnemental, qui infuse depuis des décennies, même au sein des mouvements écologistes.
Alexandria Villaseñor, 15 ans, États-Unis : « Nous sommes capables de nous unir au-delà des frontières pour résister à toutes les oppressions »

Pour poursuivre son engagement, Alexandria fonde Earth Uprising, dont l'une des priorités est l'éducation aux sujets touchant au changement climatique. Elle fait aussi partie des seize enfants qui portent plainte contre cinq pays (France, Allemagne, Argentine, Brésil et Turquie) pour dénoncer l'inaction de leurs dirigeants comme une atteinte à la convention de l'ONU sur les droits de l'enfant. En octobre dernier, Alexandria prononce un discours très politique pour la campagne « Génération Égalité » d'ONU Femmes : « Nous avons besoin d'un changement de système pour défier le patriarcat, la colonisation et le capitalisme. Les femmes sont les artisanes de la paix du monde et les mères de la planète. Nous sommes capables de nous unir au-delà des frontières pour résister à tous les systèmes d'oppression afin de créer une planète saine et un avenir vivable pour toute l'humanité. »
Vanina Delmas
Photos : Lors des premières marches pour le climat, à Paris, en 2019 / © Eros Sana
Licypriya Kangujam / CC Dilanlekamge via Wikimedia Commons
Vanessa Nakate / CC Paul Wamala Ssegujja via Wikimedia Commons
Alexandria Villasenor / CC UN Women-Ryan Brown via Flickr.