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18/01/2022 2 articles infomigrants.net  5 min #200777

« On redevient humain » : après des mois à la rue, des migrants retrouvent leur dignité dans un squat de Saint-Ouen

Une cinquantaine de migrants vivent dans un bâtiment abandonné de Saint-Ouen, en région parisienne. Crédit : InfoMigrants

"Squat de migrants. Nous voulons un toit." La banderole accrochée sur la devanture d'un bâtiment de Saint-Ouen, en région parisienne, donne le ton. C'est ici, dans les anciens locaux d'Europcar abandonnés depuis plusieurs mois, qu'une cinquantaine de migrants ont posé leurs affaires début janvier.

Pour la plupart originaires du Soudan, ils ont passé des mois, voire des années, dans les rues de Paris et de ses alentours. Certains viennent du camp de Bercy,  démantelé en décembre après  l'agression au sabre d'un passant, d'autres de Bagnolet ou de la porte de Clignancourt, dans le nord de la capitale. Ils sont dublinés, sans-papiers, demandeurs d'asile et même réfugiés statutaires.

Derrière ce cadenas vit une cinquantaine de migrants. Pour la plupart originaires du Soudan, ils se sont installés il y a quelques semaines dans un ancien bâtiment d'Europcar abandonné, à Saint-Ouen. 1/5

Ali nous accueille dans son nouveau lieu de vie. Ce Soudanais de 39 ans, père de deux enfants restés dans son pays d'origine, sort une clé de sa poche pour ouvrir le cadenas accroché aux grilles de l'entrée. Une manière de sécuriser le lieu et d'éviter qu'un trop grand nombre de personnes investissent le bâtiment, vaste d'environ 2 400 m2. "Ils ont déjà habité dans des squats et ils ne veulent pas que ça devienne ingérable ou qu'il y ait des conflits entre les occupants", explique Camille*, une militante venue leur rendre visite ce lundi matin. Pour réguler au mieux les entrées et les sorties, les migrants ont établi une liste des habitants et surveillent les allées et venues.

"Ici, au moins, on peut se laver avec de l'eau chaude"

À l'intérieur, l'ambiance est calme. Les exilés se réveillent doucement. Quelques-uns font leur toilette matinale dans les sanitaires, équipés d'eau chaude. Un luxe pour ces personnes qui ont connu le froid et le manque d'hygiène dans les campements parisiens.

Des migrants se réchauffent autour d'un café. Crédit : InfoMigrants

Un peu plus loin, de la fumée s'échappe d'une grande marmite remplie de café. Un petit groupe emmitouflé dans des manteaux, bonnets vissés aux têtes, s'est blotti autour de la casserole et du seul chauffage installé dans l'immense pièce principale. Le froid saisit les corps, éreintés par des années d'exil. Ali se plaint de douleurs aux muscles. "À cause de l'hiver, j'ai mal aux genoux", confie-t-il.

Les migrants peuvent bénéficier d'un peu de chaleur dans les anciens bureaux, transformés en dortoirs. Des chauffages ont été posés dans ces petites pièces où une dizaine de personnes passent leur nuit sur des couvertures, en guise de matelas.

Des petits chauffages ont été installés dans le bâtiment. Crédit : InfoMigrants

Même si le confort est sommaire, le quotidien est néanmoins bien plus vivable qu'à la rue. "Ici au moins on peut se laver avec de l'eau chaude, on peut faire nos besoins, on peut recharger nos téléphones et on peut même se faire à manger", détaille Ali. "On redevient humain".

Derrière lui, des cageots débordent de fruits et légumes : des courgettes, des carottes, des pommes de terre, des tomates, des avocats... autant d'invendus récupérés au marché de Rungis par les collectifs citoyens qui les épaulent. Des petits réchauds permettent aux exilés de se préparer des plats. Cela parait anodin mais "ça change des distributions de nourriture auxquels ils sont habitués. Ici ils cuisinent ce qu'ils veulent manger et peuvent préparer les recettes de leurs pays", précise Camille.

"Installation irresponsable"

Le squat n'en est qu'à ses prémices. La logistique se met doucement en place. Des roulements de ménage et de cuisine sont organisés. Des panneaux en tôle, stockés dans un coin, vont bientôt servir à construire d'autres chambres dans la pièce principale. Les occupants souhaitent aussi aménager une vraie cuisine.

Les habitants prennent leurs marques, avec malgré tout une épée de Damoclès au dessus de leur tête. La mairie de Saint-Ouen, citée par  Le Parisien, estime que "l'installation illégale de personnes [dans ce lieu] est irresponsable". Selon la Ville, le bâtiment "ne permet pas de garantir le respect, la dignité et la sécurité des occupants" en raison de la présence d'amiante et d'un incendie fin 2020 "qui a gravement endommagé la solidité de la structure".

Les migrants ont passé des mois, voire des années, dans les rues de Paris. Crédit : InfoMigrants

Le propriétaire a de son côté annoncé déposer plainte pour dégradation et violation du domicile. "Afin d'éviter un accident du fait de la dangerosité du site, nous demandons l'évacuation des locaux dans les plus brefs délais", a déclaré au Parisien la société foncière Gecina.

Des propos balayés par la militante Camille. "On a fait venir un architecte qui nous a assuré que la charpente [abîmée lors d'un incendie, ndlr] avait été réparée et ne présentait aucun danger", insiste-t-elle. "Pour l'action en justice, on a des avocats prêts à défendre les exilés".

Dans un communiqué, la mairie assure qu'elle "livrera un point de situation régulier jusqu'à l'évacuation du site". Les migrants, eux, comptent sur la trêve hivernale pour bénéficier de quelques mois de répit.

*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée.

 infomigrants.net

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1 occurrence 2 articles 20/01/2022 infomigrants.net  3 min #200895

Paris : un camp de migrants évacué la veille de la « nuit de la solidarité »

Mercredi 19 janvier au matin, 279 exilés sans-abri ont quitté leurs tentes installées près de l'Accor Arena de Bercy, dans le XIIe arrondissement de Paris.

Ces migrants, essentiellement originaires d'Afrique, vont être redirigés vers des centres d'hébergement d'urgence en Ile-de-France ou des accueils de jour, a indiqué la préfecture de région, qui a conduit l'opération.

Tous "vont bénéficier d'une évaluation de leur situation administrative, d'un accompagnement social, sanitaire et administratif" avant d'être "orientés vers des hébergements adaptés", a poursuivi la préfecture.