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19/01/2022 infomigrants.net  5 min #200860

Ouverture d'un nouveau Cra à Lyon, les associations dénoncent une « criminalisation de l'immigration »

Le nouveau CRA de Lyon a été ouvert lundi 17 janvier 2022. Crédit : préfecture Auvergne-Rhône-Alpes / Twitter

Lundi 17 janvier, un nouveau centre de rétention administrative (CRA) a ouvert ses portes à Lyon, dans le sud-est de la France. Ce sont ainsi 140 nouvelles places qui ont été créées, portant à 280 le nombre total de places disponibles dans les CRA de la région lyonnaise.

🔴Aujourd'hui un nouveau lieu de privation de liberté a été inauguré par @prefetrhone.
Un nouveau lieu où des hommes, des femmes et des enfants pourront être injustement, voire illégalement, enfermé.e.s.
Sale journée.#FermerLesCRA#BlueMonday

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En quatre ans, la France a doublé ses capacités d'accueil en CRA, ces structures où sont enfermés les étrangers en situation irrégulière dans l'attente de leur expulsion. Trois nouveaux centres devraient voir le jour prochainement : près d'Orléans, à Bordeaux et en région parisienne (Mesnil-Amelot). La création de ces nouveaux lieux portera à 2 157 le nombre de places en CRA, contre 1 069 en 2017.

"Aspect carcéral"

Une multiplication des lieux d'enfermement qui s'accompagne d'un "durcissement aux frontières du droit", a déclaré Paul Chiron, un responsable de l'Observatoire de l'enfermement des étrangers (OEE), lors d'une conférence lundi 17 janvier sur le sujet.

On assiste à une "carcéralisation des lieux de rétention", a pour sa part estimé Olivier Clochard, géographe et membre du collectif Migreurop. Tout dans le fonctionnement de ces lieux "rappelle les dispositifs carcéraux", a-t-il ajouté. Les CRA sont encadrés par des clôtures et des barbelés, qui évoquent les centres de détention.

De plus, comme dans les prisons où il existe des quartiers d'isolement, les CRA possèdent leurs cellules "d'enfermement dans l'enfermement", a dénoncé lors la conférence de l'OEE Maud Hoestlandt, directrice des affaires juridiques de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté.

Dans un rapport daté de 2020,  la contrôleure générale Adeline Hazan déplorait déjà que les CRA revêtaient de plus en plus un "aspect carcéral" en "décalage complet avec leur fonction".

"Atteintes aux droits fondamentaux"

Pour ces personnes enfermées en raison de leur situation administrative, c'est "un moment propice aux atteintes à la dignité et aux droits fondamentaux", a souligné Maud Hoestlandt, en diffusant des photos de cellules dotées d'un simple matelas posé sur un bloc de béton carrelé et de toilettes, "comme en garde à vue".

Selon les membres associatifs, le rallongement de la durée maximale de rétention (de 45 à 90 jours), instauré dans la loi Asile et immigration de 2018, "a conduit à banaliser ces modes d'enfermement" et permet "d'aller vers une forme de criminalisation de l'immigration", a indiqué Olivier Clochard.

Depuis le début de la crise sanitaire, les critiques envers les CRA se sont multipliées. Alors que la France était confinée, dès mars 2020, le dispositif de rétention a, lui, été maintenu.  Si moins de personnes ont été enfermées dans ces centres (près de 28 000 en 2020, contre 53 000 en 2019), elles ont cependant été exposées à de graves risques pour leur santé en l'absence de mesures sanitaires adéquates, dénonçait cet été un collectif d'associations, dont la Cimade et France terre d'asile.

"Placements abusifs"

Les CRA de l'Hexagone ont abrité de nombreux clusters depuis le début de la pandémie. Celui du Mesnil-Amelot par exemple, en région parisienne, en a connu au moins trois en un an et demi. Face à cette situation,  la Cimade a décidé en décembre dernier de se retirer temporairement du centre.

Au plus fort de la crise,  les étrangers ont continué à être placés en détention alors que les liaisons aériennes étaient suspendues pour limiter la propagation du Covid-19.

Ces "placements abusifs" ont provoqué un sentiment d'injustice "de plus en plus fort" chez les étrangers enfermés, "se traduisant par des actes extrêmes qui se multiplient, tels que des automutilations, des grèves de la faim, des départs de feu etc.", décrivait en août 2020 la Cimade.

Depuis 2017, au moins sept personnes retenues dans ces centres sont mortes. Le dernier décès en date remonte à fin novembre 2021, quand  un homme enfermé à Rouen a mis fin à ses jours.

"Obsession de l'enfermement"

Mais les CRA ne sont pas les seules structures réservées aux étrangers à être pointées du doigt. Dans  une tribune publiée lundi 17 janvier sur le site internet de Libération, un collectif de membres associatifs, d'intellectuels et de personnalités a appelé à fermer les "zones d'attente" aux frontières. C'est dans ces lieux - comme il en existe par exemple à l'aéroport parisien de Roissy-Charles de Gaulle au nord de Paris - que sont enfermés chaque année des milliers de migrants dans l'attente de leur renvoi ou de leur admission sur le territoire.

"Si les conditions d'entrée ou de séjour ne sont pas réunies, on trie, on enferme, on renvoie", énumèrent les signataires de la tribune, notamment portée par l'Anafé (Association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers).

"Par leurs pratiques, les autorités françaises violent quotidiennement les droits fondamentaux au nom d'une obsession de l'enfermement", peut-on lire dans la tribune. L'objectif, selon les auteurs du texte, est d'"exciter les peurs et instiller dans l'opinion publique l'idée que les étrangers représenteraient un danger".

 infomigrants.net

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