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25/05/2022 chroniquepalestine.com  7 min #208827

L'assassinat par Israël de la journaliste Shireen Abu Akleh est un crime délibéré

Les Palestiniens de Gaza condamnent le meurtre par Israël de la journaliste d'Al Jazeera Shireen Abu Akleh, le 10 mai 2022 - Photo : Mohammed Asad/Middle East Monitor

Par  Adnan Abu Amer

L'assassinat par l'occupation israélienne de Shireen Abu Akleh, la journaliste palestinienne de la chaîne d'information Al-Jazeera, n'était ni accidentel ni arbitraire, ni une exception aux normes.

Cet assassinat est une démarche plutôt délibérée et soutenue depuis le début du conflit. L'occupation a toujours considéré l'appareil photo, le stylo, le carnet et le microphone comme des armes hostiles qui doivent être ciblées car elles ne sont pas moins dangereuses que les fusils, les bombes et les balles.

Depuis le déclenchement du premier soulèvement populaire palestinien, l'occupation a cherché à imposer un black-out médiatique. Elle a minimisé l'importance des affrontements, a donné des informations trompeuses sur le nombre de martyrs et a essayé de garder ces nouvelles éloignées des premières pages des journaux et des bulletins d'information.

Plus tard, la tactique de l'occupation israélienne a changé et elle a commencé à dépeindre les confrontations avec les Palestiniens comme s'il s'agissait d'affrontements armés entre les deux camps. Elle l'a fait pour justifier les bombardements très violents et aveugles de quartiers résidentiels.

Bientôt, ces manifestations de masse sont devenues une riche substance pour la distorsion israélienne, alors Israël s'est efforcé de réécrire les événements par le biais d'équipes capables de manipuler les esprits et les sentiments, d'isoler le soulèvement palestinien de son contexte et de le confiner dans le cadre de la « violence » palestinienne dirigée contre les Israéliens.

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L'occupation israélienne, sa propagande et ses diplomates ont commencé à décrire les soulèvements et les confrontations à travers de fausses hypothèses, lâchant la bride aux soldats israéliens pour cibler tout ce qui est palestinien, y compris les journalistes et les agents des médias, comme dans ce qui s'est passé avec la martyre, Shireen Abu Akleh.

Avec ces fausses affirmations selon lesquelles les Palestiniens sont les agresseurs et les Israéliens sont attaqués, et que les Palestiniens ont commencé les affrontements pour que les soldats israéliens se défendent, Israël prétend que tous les crimes commis par l'armée sont une réaction à la « violence » palestinienne.

Ceci, cependant, est loin de la vérité et de l'objectivité, et est une tentative de justifier les actions de l'occupation et de les laver.

Par exemple, les correspondants israéliens ont souvent accusé le sermon du vendredi à la mosquée Al-Aqsa d'inclure des phrases incitant à enflammer les émotions des fidèles, tout en passant sous silence les scènes provocantes de soldats israéliens équipés d'armes de guerre, fouillant les fidèles de manière humiliante !

Dans le même temps, la censure militaire israélienne est un maillon important dans la chaîne de resserrement de son emprise sur tout ce qui est rapporté dans la couverture des événements palestiniens, avec un objectif en tête, qui est de ne pas condamner ou d'inculper l'occupation, même si il commet un crime manifeste en plein jour et en présence de témoins, comme dans le cas de la martyre Shireen Abu Akleh.

Cette censure dicte des positions précises à l'égard des questions de sécurité et, malgré le grand développement dont les médias israéliens ont été témoins dans les discussions quotidiennes et les affaires politiques, le côté sécuritaire le contrôle toujours, s'imposant fortement sur lui, invoquant les intérêts de sécurité comme raison.

En tant qu'élément essentiel du processus de censure, l'occupation israélienne utilise un certain nombre de termes sélectifs dans la sémantique et l'expression, notamment : « Judée et Samarie », au lieu de Cisjordanie occupée ; « saboteurs et terroristes » pour désigner les combattants de la résistance ; « Palestiniens » au lieu du peuple palestinien ; des « opérations préventives » au lieu d'incursions ; des « travaux d'ingénierie » au lieu de passer au bulldozer des terres agricoles ; des « mesures de sécurité » au lieu de la vengeance et de la punition et des « opérations locales de d'anticipation d'attaques » au lieu d'assassinats des Palestiniens.

Ces termes contribuent à la promotion de la pièce de théâtre préparée par l'armée. Bien que l'armée soit celle qui commet les crimes, à travers ce vocabulaire elle produit un affichage qui cache les détails de ses crimes, et les médias se portent volontaires pour promouvoir cette farce.

Dans le même temps, les journalistes palestiniens ont fait l'objet de menaces et persécutions répétées à leur encontre, dans le but de les empêcher de leur travail dans le cadre des violences exercées par l'occupation contre les Palestiniens.

Dès lors, l'occupation israélienne joue un rôle flagrant d'incitation à l'encontre des journalistes, ce qui confirme que le tueur israélien tente de justifier ses crimes en calomniant les victimes et en les accusant d'être la cause d'un crime qu'elles méritent !

Cela nous rappelle le célèbre dicton de Golda Meir lorsqu'elle disait : « Je ne pardonnerai pas aux Palestiniens parce qu'ils forcent nos soldats à les tuer ». C'est comme les accusations israéliennes de la martyre, Shireen, de s'être rendue dans une zone de sécurité sensible du camp de Jénine !

Il existe plusieurs méthodes adoptées par l'occupation israélienne pour promouvoir ses mensonges contre les journalistes, notamment en questionnant le fait que des Palestiniens sont tués aux mains de soldats et de colons, en fabriquant des mensonges sur les circonstances de leurs meurtres et en défendant un faux équilibre entre l'occupant et les personnes sous occupation, entre le tueur et ceux qui ont été tués.

L'occupant a adopté plusieurs méthodes pour promouvoir la position officielle, en omettant le récit palestinien, en n'invitant pas des orateurs palestiniens dans des émissions publiques mais que des Israéliens qui accusent des Palestiniens qui n'ont personne pour les défendre.

Pendant ce temps, les médias arabes, dont Al-Jazeera, continuent d'accueillir des orateurs israéliens, prétendant laisser de la place à tous les points de vue

Toutes les informations couvrant les événements et les reportages sont fournies par des sources officielles gouvernementales et militaires, sans aucun rapport sur la souffrance du peuple palestinien, dans le but évident de maintenir les Palestiniens complètement isolés du monde. Même quand on parle de victimes palestiniennes, elles sont considérées comme de simples numéros.

Les médias israéliens, audio, visuels et imprimés, rapportent le nombre de morts et de blessés, tous abattus par l'armée, sans mentionner leurs noms, âges, lieux de résidence ou les circonstances de leur martyre.

Ce qui est encore plus dangereux que tout ce qui précède, c'est que l'occupation israélienne pratique une étrange politique de propagande depuis le début du conflit avec les Palestiniens, basée sur la culpabilisation de leurs victimes.

Pour l'occupation israélienne, ils ne sont pas morts parce que l'armée israélienne les a tués mais, plutôt, parce que leurs corps « ont fait face » aux balles, comme l'a déclaré l'un des journalistes israéliens.

Cela signifie que l'occupation ne se soucie pas du meurtre des victimes palestiniennes, mais plutôt de l'énergie qu'il faut à un soldat israélien pour les tuer.

Immédiatement après le martyre de Shireen Abu Akleh, divers commentaires israéliens ont été diffusés pour justifier son assassinat, affirmant qu'il n'y a pas de « guerre propre ». Par conséquent, Israël n'a aucun regret pour les blessures infligées à des civils palestiniens, y compris des journalistes, dans le cadre de sa guerre contre la résistance.

Auteur :  Adnan Abu Amer

* Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias de l'université  Umma Open Education à Gaza, où il donne des cours sur l'histoire de la Cause palestinienne, la sécurité nationale et lsraël.Il est titulaire d'un doctorat en histoire politique de l'université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l'histoire contemporaine de la Cause palestinienne et du conflit israélo-arabe. Il travaille également comme chercheur et traducteur pour des centres de recherche arabes et occidentaux et écrit régulièrement pour des journaux et magazines arabes. Son  compte Facebook.

13 mai 2022 -  Middle East Monitor - Traduction :  Chronique de Palestine

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