28/11/2022 francesoir.fr  7 min #219812

Les relations Macron-Mckinsey lors des campagnes de 2017 et 2022 visées par une enquête de la justice

FranceSoir

Une enseigne du cabinet de conseil en gestion McKinsey & Company, à Genève, en Suisse, le 12 avril 2022.

FABRICE COFFRINI / AFP

Le président de la République, Emmanuel Macron, est visé par une enquête de la justice. Selon  Le Parisien, dont les informations ont été "confirmées par le parquet national financier (PNF)", une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre dernier pour des "soupçons de financement illégal" des deux campagnes électorales en 2017 et 2022. Trois juges d'instruction visent les liens entre le chef de l'État et des cabinets de conseil, dont McKinsey, et soupçonnent, dans une seconde information ouverte le 21 octobre, des chefs de favoritisme et de recel de favoritisme. Si Bruno le Maire a reconnu dimanche des "abus" et des "dérives corrigées", Olivier Véran s'est inscrit en faux ce lundi, réfutant tout "abus" ou "dérive".

Le parquet national financier a révélé dans son communiqué avoir enclenché ces deux informations judiciaires après des signalements et plaintes émanant d'élus, de particuliers et d'associations.

Les trois juges, parmi lesquels Serge Tournaire, doyen du pôle financier au tribunal judiciaire de Paris et connu pour avoir mis en examen François Fillon ou encore Nicolas Sarkozy, seront épaulés par les services de gendarmerie.

"Tenue non conforme des comptes", "favoritisme et recel"

Ces enquêtes visant le chef de l'État et ses campagnes électorales interviennent plusieurs mois après de premières investigations ayant visé, à partir de mars 2022, le groupe McKinsey. Le cabinet, dont le siège avait été perquisitionné, a été accusé par la commission d'enquête du Sénat d'optimisation fiscale, de telle sorte que celui-ci n'aurait versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. Le PNF avait annoncé en avril avoir  ouvert une enquête préliminaire pour "blanchiment aggravé de fraude fiscale" après la publication du rapport sénatorial relatif au recours à des cabinets de conseil privés par l'État.

Le parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire sur un volet uniquement fiscal avant de décider, le mois d'octobre écoulé, d'élargir l'instruction. Ces deux nouvelles procédures ont été confiées à des juges d'instruction financiers, statutairement indépendants.

Le communiqué du PNF explique que la première de ces deux nouvelles informations judiciaires vise des chefs de "tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d'éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d'intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022". Ce sont là des chefs visés par  l'article L 113-1 du Code électoral, passibles de 3 ans de prison et 45 000 € d'amende.

La justice doit savoir si le président Emmanuel Macron n'a pas bénéficié de l'expertise de cabinets de conseil comme McKinsey, qui n'a pas comptabilisé les dépenses de campagne. La seconde information judiciaire, toujours selon le communiqué du PNF, porte donc sur des chefs de favoritisme et recel. En d'autres termes, le cabinet McKinsey a-t-il obtenu de manière indue des contrats publics ?

Une seconde information judiciaire porte donc sur des soupçons de favoritisme et recel. Il s'agit de savoir si McKinsey n'a pas obtenu de manière indue des contrats publics et si le pouvoir n'en a pas tiré profit.

L'Élysée insiste sur "l'indépendance de la justice"

Jeudi 25 novembre, l'Élysée a réagi au communiqué du PNF. Le palais affirme avoir "pris connaissance de la communication du Parquet national financier concernant l'ouverture de deux informations judiciaires à la suite notamment de plaintes d'élus et d'associations", ajoutant qu'"il appartient à la justice de conduire ces investigations en toute indépendance", rapporte  France Info.

À l'issue de la publication du  rapport sénatorial en mars 2022, Emmanuel Macron avait rejeté toute accusation de "favoritisme". "S'il y a des preuves de manipulation, que ça aille au pénal (...) On a l'impression qu'il y a des combines, c'est faux. Aucun contrat n'est passé dans la République sans qu'il respecte la règle des marchés publics, que quiconque a la preuve qu'il y a manipulation mette le contrat en cause au pénal", avait-il déclaré.

Parmi les marchés obtenus par McKinsey, figure la mission sur "l'évolution du métier d'enseignant", facturé 500 000 euros au ministère de l'Éducation nationale, la mission sur la  gestion de la crise sanitaire avec 12,33 millions d'euros dépensés, ou encore la mission sur la réforme des APL, obtenant 3,88 millions d'euros.

Le rapport sur l'emprise croissante des cabinets de conseil privés sur le déploiement des missions de l'État français a été publié le 17 mars. Les sénateurs y ont souligné "l'influence avérée" des cabinets de conseil sur les décisions publiques, le coût exorbitant des prestations pour des résultats parfois jugés médiocres, ou encore le "pantouflage" bien réel et les "risques de conflits d'intérêts".

Selon  Le Monde, des consultants ou ex-consultants du cabinet privé ont participé à la mise en place de la campagne électorale du président de la République en 2017. Des salariés de McKinsey ont également rejoint des postes au sein du parti présidentiel La République en Marche ! ou des cabinets ministériels.

Les sénateurs, qui avaient décrit un " phénomène tentaculaire", ont recommandé, pour éviter de potentiels conflits d'intérêts, d'imposer une déclaration d'intérêts en vue de prévenir tout incident en amont si bien qu'un manquement à cette obligation serait sanctionné par une exclusion des marchés publics.

Bruno Le Maire reconnaît "des abus", Véran le contredit

Dimanche 27 novembre, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire  a reconnu qu'il y avait eu "des abus" dans le passé dans le recours important des ministères aux cabinets de conseil comme McKinsey. "Ce qui compte est ce que nous faisons pour répondre aux abus qui ont eu lieu sur le recours à des cabinets de conseil extérieurs", a-t-il expliqué. Et d'ajouter : "Je pense qu'il y a eu effectivement une dérive, que cette dérive a été corrigée", notamment par une circulaire de la première ministre Élisabeth Borne demandant au gouvernement de réduire de 15% le recours aux cabinets de conseil.

Le son de cloche est différent du côté de l'ex-ministre de la Santé et actuel porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, qui prend le contrepied de son collègue et réfute tout "dérive" ou "abus" de la part du gouvernement. "Je ne sais pas ce que c'est qu'une dérive ou un abus, je sais que quand j'ai eu besoin de rattraper l'Allemagne dans la campagne vaccinale (contre le Covid-19), j'ai fait appel à une entreprise qui venait de conseiller l'Allemagne dans l'élaboration des centres de vaccination", a-t-il déclaré sur  France inter ce lundi 28 novembre. Et de souligner : Dans le cadre de la crise du Covid-19, "on n'avait vraiment, vraiment pas le choix".

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