Deux questions...

par Olivier Field

Deux questions...

Plus jeune, dans les années 70 en France, le sujet du traitement des juifs pendant la guerre est apparu dans le grand public. Des expositions itinérantes se sont mises à prospérer dans presque toutes les communes de France, révélant aux nouvelles générations mais aussi aux anciennes éloignées de l'ampleur de ce crime, un ensemble d'images, témoignages et objets liés. Au-delà des émotions et parmi tant de questions, deux m'ont taraudé longtemps sans réponse.

Personnellement qu'aurais-je fait en 1943, français, vaincu et occupé ?

Seules trois possibilités existent : la lâcheté, la collaboration ou la résistance. Toutes à des niveaux divers et hors des impossibilités de choix. Cette question est restée réminiscente puisque l'on ne revit jamais les mêmes situations et que c'est l'épreuve qui révèle l'homme.

Maintenant, et grâce à la séquence «covid», j'ai la quasi-certitude que je ne me serais pas rangé derrière la fuite de toute sorte ou la collaboration. Avoir vu l'essentiel, parmi mes plus anciens amis, et tout autant parmi les personnes croisées dans l'instant, se couler dans une incompréhensible soumission parfois montée en servilité véhémente pour ne rien contester, rien discuter, m'a ouvert les yeux. L'esprit de rébellion est vite étouffé par la protection de ses multiples intérêts, mal compris d'ailleurs, de sa tranquillité et du confort de ne pas être en charge... de rien. Comme les gardiens de camp, leurs voisins et autres, personne n'a rien vu et n'a fait que son travail sans décider de quoi que ce soit... Oui, j'ose, j'aurais caché des juifs, j'aurais résisté (... vraisemblablement).

Deuxième question : Comment le peuple allemand, au sommet de la culture, de la civilisation et des grandes avancées humaines a pu collectivement verser dans l'horreur sans frein ?

Évidemment l'entre-deux guerres, les traumatismes passés, le sentiment de fierté suite au redressement d'un pays en miettes a joué. Mais si anticorps dans la société ils y avaient, le moins que l'on a pu voir c'est qu'ils ont été bien silencieux et inefficients. Cet écart est troublant parce qu'il prouve que barbarie n'est pas forcément lié à barbares.

En 2023, quel enseignement, quelle lumière sur notre temps ? D'abord l'omniprésence du Mensonge comme outil de gestion sociale et politique est stupéfiante. Les médias occidentaux et la France tiennent superbement leur place en tête, déversent une propagande, une position partiale extrême, un refus d'informer, de donner à penser (...s'émouvoir, oui.) qui laisse pantois. Une catégorie entre lâches et collabos domine les temps d'antenne, interdisant toute critique en profondeur. Soit par intérêt propre, par couardise ou par partisanisme crasse. Les évènements récents à Gaza ont porté au paroxysme la comédie jouée. Le résultat attendu est un silence pesant de la réflexion, une peur de l'ostracisme, de l'injure crucifiante, tout comme pendant le covid où «antiscience», «complotiste», volait vite...

Au-delà des relais médiatiques, de la classe politique, des partisans communautaires, des intellectuels, saltimbanques et artistes, il y a un peuple de France qui voit poindre une faille béante dans la sincérité du discours. La France dans son ensemble est chrétienne de fonctionnement, c'est-à-dire construite sur une vraie religion d'amour (nouveau testament) qui l'a bâti et rendu exceptionnelle. Parfois carcan, le plus souvent serre où ont proliféré tant d'avancées humaines, de droits de la personne, d'idéaux splendides. Critiquez si vous le souhaitez, il n'en demeure pas moins que le résultat n'a guère d'équivalent dans l'Histoire. Espérons que la transformation de notre France initiée depuis quelques décennies, devant un parterre de lâches, de collabos et de quelques oppositions, n'ait pas éteint cette flamme... Aujourd'hui encore il va falloir se positionner.

Combien d'années avant que les générations suivantes se posent ma première question ?

Pour la seconde, comment un peuple aussi tourné vers la progression, le développement, la réussite, tel que le peuple juif peut collectivement laisser un jour de plus se dérouler les horreurs actuelles ?

Bien entendu, la peur, les traumatismes et de biens tristes, mais humains, sentiments de vengeance étouffent la raison autant que l'humanité. Ici encore, comme en 1943 le résistant se fait rare, le rejet d'une autorité devenue folle s'efface derrière le confort de ne pas se sentir responsable de ces crimes pourtant commis en leur nom, juif, israélien... Une raison autre est l'adhésion passive ou active au judaïsme qui stipule que Dieu a élu le peuple juif. Terrible anathème pour les autres, qui ne sont rien ou au mieux des serviteurs, esclaves ! Bien sûr, les temps ont changé mais comme le coran parole de Dieu, incréé, ce postulat est l'essence de ces religions, au-delà du dogme. C'est une promesse que nul ne peut contester, même si beaucoup de juifs (et de musulmans pour leur soumission à certains préceptes datés et inacceptables de l'islam ; chacun ses problèmes) ont beaucoup de distance face à cette torahisation de l'époque. Dès lors aucun frein, aucune modération, aucune réflexion n'entravera ce droit à tout, y compris à l'absurde, à l'abject, au crime ultime. C'est peut être une source de l'animosité qui a poussé, dans les rejets récurrents des juifs, les persécutions et les exactions à leur endroit, des populations diverses dans de nombreux lieux et à de nombreuses occurrences. C'est certainement une prise de risque forcée, imposée, sur 14 millions de juifs à travers le monde, alors même que jamais depuis des siècles et des siècles les juifs n'ont autant bénéficié d'une situation apaisée, ordinaire et profitable. Et hormis les boutefeux, ils le vivent très concrètement et sont anxieux de ranimer les tensions passées, qui n'ont apporté que misère, destruction et exils...

Voulons-nous un XXIe siècle soumis aux dictats des religions... ou pas de XXIe siècle du tout ? En sommes-nous arrivés à cette question ?... deux nouvelles questions.

 reseauinternational.net

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newsnet 2023-11-18 #13792

je me dis que la réaction naturelle était d'oublier tout ça, 39-45, là où les médias l'ont ravivé d'abord en prônant un devoir de mémoire. Cela a empêché au final de prendre du recul.

C'est là qu'on a commencé à marcher sur la tête. Parce qu'il s'agissait d'amplifier des faits et des souffrances. On n'impose pas un devoir de mémoire à un enfant qui s'est fait violer, par exemple ; il tente tout pour oublier ça et vivre. Sinon ce schéma prend une vie propre dans le subconscient, qui n'intègre pas la négation des choses.

Il aurait mieux valu laisser passer du temps, progresser, pour obtenir un recul sur ces faits, cette barbarie, qui nous enseigne comment elle est née, et à quel point il est important de savoir discerner les vérités émotionnelles de la réalité.