29/11/2023 arretsurinfo.ch  4 min #238245

Un pouvoir faible est une force mais...

Par  Guy Mettan

Ignazio Cassis, un représentant peu estimable, qui ne rend pas la Suisse suisse

Le 13 décembre prochain, les Chambres rééliront le Conseil fédéral et choisiront un nouvel élu parmi les deux candidats socialistes retenus pour succéder à Alain Berset. Des rumeurs circulent quant à une éventuelle attaque contre le siège d'Ignazio Cassis. Sans fondement sans doute mais non sans raison, car ce dernier est de loin le maillon le plus faible du gouvernement.

Depuis son élection en 2017, il n'a jamais réussi à se hisser au nveau de sa tâche et encore moins à celui d'une Suisse souveraine, neutre et capable d'assurer sa mission séculaire de bons offices. En 2020, pour plaire à l'Administration Trump et à l'extrême-droite israélienne, il s'en était pris au directeur suisse de l'Office des Nations Unies pour l'aide aux réfugiés palestiniens. En 2022, il s'était couché devant le président ukrainien au mépris des obligations de la neutralité pourtant inscrites dans la Constitution. Et aujourd'hui, il prend fait et cause, et tout le Conseil fédéral avec lui, pour Israël sans égards pour les milliers de civils et d'enfants palestiniens également massacrés dans des bombardements atroces contraires aux Conventions de Genève.

Soyons juste, il n'est pas le seul à avoir montré des faiblesses. Alain Berset, chouchou des médias qu'il a su cajoler dans le sens du poil, notamment ceux du groupe Ringier, et qui le lui ont bien rendu, a pourtant défrayé la chronique des faits divers à plusieurs reprises, entre ses virées dans la Forêt Noire en voiture de fonction, ses frasques aériennes en avion privé et le débarquement des agents fédéraux au petit matin chez une ex petite amie. Jadis, on avait harcelé et poussé Elisabeth Kopp à la démission pour bien moins que ça.

A la tête du Département de la Défense, Viola Amherd a été servie par les circonstances. Mais avant même la guerre en Ukraine, elle avait déjà cédé aux officiers supérieurs, et notamment ceux de l'armée de l'air, qui souhaitaient un rapprochement avec l'OTAN et poussaient à un achat du F-35 américain au détriment d'un avion français ou européen, au moyen d'un appel d'offre biaisé comme l'a montré le conseiller national Pierre-Alain Fridez.

Autre déception, Karin Keller-Sutter, dont la gestion hasardeuse de la faillite du Credit suisse le printemps dernier a laissé des traces qui ont coûté des voix à son parti aux dernières élections fédérales. Quant à la benjamine du Conseil fédéral, la Jurassienne Elisabeth Baume-Schneider, on attend toujours un signe qu'elle maitriserait ses dossiers, et notamment celui de la migration. J'arrête ici car en Suisse, malgré la démocratie dont on se gargarise, il n'est pas de bon ton de critiquer son gouvernement avec trop sévérité.

Pour terminer sur une note positive, j'aimerai donc mentionner la bonne performance du petit dernier, Alber Rösti, qui déçoit en bien comme on dit dans le canton de Vaud. Il décide, tranche, taille, sans arrogance et avec un doigté certain, comme les Romands ont pu le voir avec le dossier des transports ou celui de la redevance SSR.

Dès lors la question se pose : peut-on vivre à l'aise avec un gouvernement faible ? Cette faiblesse est-elle un atout, comme le considèrent les libéraux, pour qui un gouvernement faible est la condition d'une économie forte (parce que dérégulée, le loup ayant perdu ses crocs) ? Ou un inconvénient, quand la faiblesse institutionnelle se transforme en médiocrité ou en incompétence ? La raison commanderait de répondre oui à cette dernière question. Mais le système fédéral suisse est ainsi fait que l'excellence y survient rarement, et que la médiocrité, qui est beaucoup plus fréquente, y fait moins de dégât qu'ailleurs grâce au pouvoir limité des magistrats. Et c'est très bien ainsi. Surtout ne changeons rien. Rien de pire qu'un mauvais gouvernement doté des pleins pouvoirs. Primum non nocere...

 Guy Mettan

Guy Mettan est un journaliste indépendant, écrivain et homme politique suisse. Il a notamment été directeur et rédacteur en chef de la Tribune de Genève et a fondé le Club suisse de la presse.

Crédit image:이냐치오 카시스 스위스 대통령(왼쪽)이 4일(현지 시각) 우크라이나 재건회의에 참석차 스위스를 방문한 우르줄라 폰데어라이엔 EU 집행위원장을 맞이하고 있다. /로이터=연합뉴스

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