12/04/2024 investigaction.net  21 min #246666

Affranchis des chaînes du sionisme : les dissidents d'Israël

Falasteen


(AFP)

Les dissidents d'Israël, loin d'être des sionistes de gauche, insistent sur le fait qu'une paix durable ne pourra exister que par une justice complète, pour tous.

Pour les Palestiniens, cette justice implique le droit au retour, dans la Palestine historique, des millions d'exilés1. Pour les juifs israéliens, cette justice implique le fait qu'ils ne soient pas expulsés du territoire où ils sont nés. Cette vision clairvoyante de la paix implique donc la création d'un État qui traite avec équité la totalité de ses citoyens et dans lequel chaque ethnie pourra continuer de faire vivre sa propre culture.

Mais dans « la seule démocratie du Moyen-Orient », même lorsqu'on est Israélien, pointer du doigt l'incompatibilité2 du sionisme pour une paix juste ou simplement appeler au respect du droit international peut entraîner des représailles telles que le harcèlement des autorités, une rupture sociale et des menaces contre sa famille.

Artistes engagés et répression médiatique

Le documentaire No Other Land dépeint l'occupation militaire israélienne d'un village palestinien en Cisjordanie. Réalisé conjointement par Basel Adra, palestinien, et Yuval Abraham, israélien, le film a été distingué par le prix du meilleur documentaire à la Berlinale 2024. Il a aussi été largement apprécié de l'opinion publique puisque No Other Land a remporté le Panorama Audience Award de la Berlinale, décerné par 24 000 votants.

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Mais au cœur de cette reconnaissance, se révèle un conflit dérangeant : la répression des voix dissidentes en Israël - Yuval Abraham vient d'en faire l'amère expérience.

Je vis sous une loi civile et Basel vit sous une loi militaire (...) j'ai le droit de vote, Basel n'a pas le droit de vote. Je suis libre d'aller partout où je veux sur cette Terre. Basel est, comme des millions de Palestiniens, cloitré à la Cisjordanie occupée.

Celui-ci avait déjà dénoncé au Journal International qu'à leur départ de Palestine/Israël Basel, contrairement à Yuval, avait dû se rendre en Jordanie pour y prendre l'avion, l'aéroport de Tel-Aviv lui étant interdit puisqu'il est Palestinien.

Lors de la cérémonie de remise des prix à la Berlinale, le 24 février 2024, Yuval Abraham a profité de l'occasion pour  dénoncer publiquement cette différence de traitement alors que tous deux dépendent de la même autorité israélienne : « Nous avons le même âge, je suis israélien et il est palestinien. Dans deux jours, nous allons retourner sur une Terre où nous ne sommes pas égaux. Je vis sous une loi civile et Basel vit sous une loi militaire. Nous ne sommes qu'à trente minutes l'un de l'autre, mais j'ai le droit de vote, Basel n'a pas le droit de vote. Je suis libre d'aller partout où je veux sur cette Terre. Basel est, comme des millions de Palestiniens, cloitré à la Cisjordanie occupée. Cette situation d'apartheid entre nous, c'est de l'inégalité. Il faut que ça cesse ».

Yuval Abraham soulignait ainsi que la justice est une condition inaliénable à la paix. Ce qui n'a pas manqué de déclencher un tollé dans les rangs israéliens :

Son discours a aussitôt été qualifié « d'antisémite » par la télévision publique israélienne, les deux cinéastes et leurs familles ont été menacés de mort et de viol. Yuval Abraham a dû annuler son vol retour pour Israël. Des militants de l'extrême droite israélienne se sont rendus à son domicile, ce qui a forcé sa famille à fuir vers une autre ville israélienne, illustrant ainsi la réalité des représailles subies par ceux qui, Palestiniens ou Israéliens, osent défier le statu quo.

Cette répression, soutenue par un lobby sioniste international, dépasse les frontières d'Israël. Plutôt que de reconnaître et d'apprécier l'union de deux artistes pour la justice malgré 76 ans de murs et de larmes, la porte-parole du gouvernement allemand a déclaré « qu'il est inacceptable que l'attaque terroriste du Hamas du 7 octobre n'ait pas été mentionnée ». En associant les critiques d'Israël à des actes de « violence », elle réussit à dévier le débat de l'injustice systémique à laquelle sont confrontés les Palestiniens et la participation active de l'Allemagne dans l' armement de la puissance occupante.

Le maire allemand, Kai Wegner, a enfoncé le clou en affirmant que « l'antisémitisme n'a pas sa place à Berlin, et [que] cela vaut également pour la scène artistique ».

 Vendre des armes à une armée d'occupation est déjà grave, se constituer  tierce partie au côté d'Israël dans un procès pour génocide à la CIJ aussi ; mais être un politicien allemand et accuser d'antisémitisme, un descendant de survivants de la Shoah comme Yuval Abraham, c'est le comble !

Ces politiciens allemands ont ainsi déclenché, une polémique internationale qui mettra en danger les deux réalisateurs et leur famille. Mais pointant une nouvelle fois du doigt l'inégalité entre Palestiniens et Israéliens devant de telles menaces, Yuval Abraham s'inquiète bien plus pour la vie de son ami, Basel Adra qui lui, « vit sous occupation militaire et entouré de colonies violentes à Masafer Yatta. Il court un bien plus grand danger que moi ».

Il finira par conclure « Si c'est ce que vous faites avec votre culpabilité pour l'holocauste, je ne veux pas de votre culpabilité ».

En effet, jusqu'où iront-ils, ces Allemands pour faire oublier leurs erreurs du passé ? Et comment font-ils pour toujours se trouver du mauvais côté de l'Histoire ?

L'armée comme instrument de domination du peuple indigène et moyen unificateur d'une nation...

Il est primordial de reconnaître que - bien que cette répression soit moindre en comparaison avec celle endurée par les Palestiniens - elle touche toutes les strates de la société israélienne. Journalistes, jeunes citoyens, religieux : tous ceux qui osent défier la présence sioniste ou remettre en cause ses instruments de domination, font face à la censure et à la répression.

Parmi ces instruments, l'armée israélienne se dresse en tant que pilier indétrônable. Présente dans les territoires occupés de la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), la main-d'œuvre de la jeunesse est essentielle pour continuer à maintenir son emprise sur une portion du peuple palestinien qui demeure attachée à sa terre. La contribution des jeunes Israéliens à cette force d'occupation est significative avec, dès leurs 18 ans, un service militaire obligatoire de trois ans pour les hommes et de deux ans pour les femmes.

Beaucoup feront leurs premiers pas dans les territoires occupés en tant que soldats de l'occupation. Leur premier contact avec la population palestinienne s'inscrira dans un contexte de domination, où les soldats israéliens seront perçus comme les « maîtres » de l'indigène. Ainsi, les interactions initiales entre les jeunes soldats israéliens et la population autochtone palestinienne sont structurées et encadrées par cette dynamique de pouvoir inégal qui renforce le sentiment de supériorité de fait et de droit chez les jeunes Israéliens, et le sentiment d'injustice chez les Palestiniens. À chaque génération, c'est un fossé de plus en plus grand qui, de chaque côté du mur, se creuse.

... modelée par « la propagande d'Israël »

Bercés par le mythe historique de la fondation de l'État d'Israël « d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre »3, du récit biblique de la terre promise4 et des affirmations politiques 5 selon lesquelles les Palestiniens ne méritent pas de vivre, peu de jeunes Israéliens ont l'occasion de remettre en question l'éducation qu'ils ont reçue et de réfléchir aux racines de la « violence » chez les Palestiniens.

Soit vous quittez la tribu du sionisme parce que vous avez assisté à un évènement orchestré au nom du sionisme et qui était tellement horrible qu'il vous a fait réfléchir à deux fois sur la validité de l'idéologie qui cautionnait une telle brutalité, soit vous êtes un penseur (...) qui ne cesse de méditer et de revoir les concepts et préceptes du sionisme (...)

Cette réalité persiste, sauf pour deux catégories d'Israéliens. C'est ce que décrit Ilan Pappé dans son livre «  La propagande d'Israël». Il existe selon lui, deux façons de devenir un antisioniste juif dans l'État d'Israël : « Soit vous quittez la tribu du sionisme parce que vous avez assisté à un évènement orchestré au nom du sionisme et qui était tellement horrible qu'il vous a fait réfléchir à deux fois sur la validité de l'idéologie qui cautionnait une telle brutalité, soit vous êtes un penseur (...) qui ne cesse de méditer et de revoir les concepts et préceptes du sionisme (...) ».

Pour comprendre l'ampleur de l'endoctrinement dans lequel grandissent les jeunes Israéliens, il faut donc soit avoir vécu dans la société israélienne, soit être Palestinien. Seule une extrême minorité israélienne a la chance de pouvoir remettre en cause ce pour quoi ils ont été conditionnés : la défense inconditionnelle et aveugle de l'État d'Israël, de ses politiques, de ses mythes et de ses institutions.

Pour résumer les propos d'Ilan Pappé, ceux qui parviennent à s'affranchir de cette propagande sont ceux qui ont été confrontés à la réalité brutale du peuple indigène et ceux qui ont une propension naturelle à une réflexion profonde.

Jeunes objecteurs de conscience et répression socioétatique

Sofia Orr incarne l'une et l'autre de ces deux catégories. D'abord, elle a grandi dans une famille antisioniste - bien que non militante, sa famille l'a toujours incitée à remettre en question le statu quo.

Je refuse de m'enrôler, parce que je veux créer une réalité dans laquelle tous les enfants, du fleuve à la mer, peuvent rêver sans barrières.

C'est ainsi que ses parents lui permettent à l'âge de 16 ans, de se rendre dans les territoires occupés. Elle y rencontre des colons et des indigènes de son âge.  D'égal à égal, les échanges sont fructueux : « Lorsque nous avons discuté avec des jeunes Palestiniens, l'un de mes camarades de classe leur a demandé quel était le rêve de leur vie. L'un d'eux a répondu : « Le seul rêve d'une personne enfermée dans une cage est d'en sortir ». Cette phrase est restée gravée dans ma mémoire et elle est maintenant la raison pour laquelle je refuse de m'engager [dans l'armée]  : je ne participerai pas à un système qui est le problème et non la solution ».

À 18 ans, elle est devenue ce qu'on appelle  une refuznik. Devant la base militaire dont elle a refusé de rejoindre les rangs, elle déclarera : « Je refuse de m'enrôler, parce que je veux créer une réalité dans laquelle tous les enfants, du fleuve à la mer, peuvent rêver sans barrières ».

Refuser de servir dans une armée d'occupation constitue une affirmation profonde de l'égalité fondamentale entre les individus, indépendamment de leur identité ethnico-religieuse. C'est un défi direct aux fondements de l'idéologie sioniste qui prône l'établissement et la préservation d'un État juif en Palestine, souvent au détriment des droits et de la dignité des populations autochtones palestiniennes.

En effet, au cœur du sionisme réside l'idée que la sécurité et « l'autodétermination » du « peuple juif »6 doivent être garanties à tout prix, même si cela signifie l'occupation et la dépossession des terres palestiniennes. Remettre en cause l'idée selon laquelle les droits et les aspirations des juifs devraient primer sur ceux des Palestiniens autochtones, c'est remettre directement en cause le sionisme et donc, la légitimité de l'État d'Israël à exister.

Israël, plus préoccupé par la protection de ses institutions que de ses propres civiles - comme en témoigne la  directive Hannibal7 lors des prises d'otages - semble s'enfoncer davantage dans une politique de messianisme et de répression. La condamnation de Sofia Orr à 20 jours de détention en est un exemple.

 Libérée début avril 2024, elle pourra de nouveau être appelée à servir et, si elle refuse, Sofia risque de nouvelles peines - cela a déjà été le cas pour d'autres refuzniks notoires, à l'instar d'Omer Goldman, fille d'un ancien adjoint au chef du Mossad. Le milieu antisioniste dans lequel a grandi Sofia lui offre néanmoins le répit de ne pas connaitre l'opprobre sociofamilial que subissent de nombreux autres dissidents.

Objection religieuse au sionisme et violences étatiques physiques

Israël a imposé l'exil à des millions de Palestiniens - réfugiés ou de la diaspora, isolé totalement les Palestiniens de Gaza du reste de leur peuple, et séparé les Palestiniens de Cisjordanie des Jérusalémites et des Palestiniens d'Israël.

À travers le service militaire, l'État d'apartheid a tenté de diviser à nouveau les Palestiniens des territoires de 1948 8. Il a en effet encouragé les chrétiens palestiniens citoyens d'Israël à s'engager dans l'armée. Ces derniers, conscients de la politique de morcèlement du peuple palestinien, ont évidemment catégoriquement refusé.

En effet, en Israël, certaines minorités ethniques étaient, jusque-là, dispensées du service militaire. Parmi les « Arabes israéliens »9 (Arabes citoyens d'Israël) seuls les Druzes y sont soumis. Les Palestiniens, qu'ils soient musulmans ou chrétiens, en sont exemptés. Les Samaritains qui sont des Hébreux palestiniens, qu'ils soient d'Holon ou de Naplouse, - ils peuvent bénéficier de la « nationalité » palestinienne (une nationalité qui n'existe pas en tant que telle) et de la nationalité israélienne - en sont également dispensés.

Dans cette situation, soucieuse de grossir ses rangs, l'armée israélienne lorgne sur la communauté juive ultra-orthodoxe. Communauté dispensée jusqu'ici. Mais avec une moyenne de sept enfants par femme, elle attire les convoitises du recrutement militaire. Partie intégrante de la société israélienne, les populations ultra-orthodoxes s'élèvent à 13,5% de la population israélienne et les ultra-orthodoxes ayant eu 18 ans en 2020 représentent 36% de tous ceux qui ne se sont pas engagés dans l'armée,  soit environ 24 000 jeunes. Des chiffres non négligeables donc au vu des difficultés rencontrées par l'armée israélienne à Gaza.

D'autant que parmi ces ultras, une petite communauté installée à Jérusalem est totalement antisioniste. Peu nombreux, très religieux, issus d'une immigration de la fin du 19e siècle - et jusque-là dispensés du service militaire - ils arborent souvent des drapeaux palestiniens dans le quartier de Mea Shearim en signe de protestation religieuse au sionisme. Ils sont ce qu'on appelle les juifs palestiniens.

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Leurs arguments  : le sionisme va à l'encontre totale des enseignements de la Torah - seul l'avènement du messie accordera aux juifs une souveraineté sur ce territoire et surtout, puisque d'essence divine, ce projet ne peut engendrer ni violence, ni effusion de sang. Ironie saisissante donc : le même messianisme juif invoqué par les sionistes pour justifier le nettoyage ethnique continu des Palestiniens se trouve lui aussi brandi par ces ultra-orthodoxes pour l'établissement d'un État palestinien.

Moshé Hirsch était la figure de cet engagement. Il était d'ailleurs ministre des Affaires juives de l'État de Palestine sous Yasser Arafat. Particulièrement intègres, ces ultra-orthodoxes refusent même les aides sociales dont ils pourraient bénéficier de l'État d'Israël. Mais cette intégrité dérange puisqu'Israël, qui voit d'un très mauvais œil ces alliances , n'hésite pas à mener des raids violents dans leur quartier de Jérusalem-Ouest, pour retirer un drapeau palestinien, enrôler de force les résidents, ou interpeler des  Palestiniens qui y travaillent. Certains de ces raids, dans un quartier qui était pourtant le leur bien avant l'invasion sioniste, dégénèrent en effusion de sang , faisant de cette communauté de dissidents, la cible principale de la répression physique exercée par Israël - peut-être parce que l'essence religieuse sur laquelle repose le sionisme devient le pilier même de la contestation de ces ultras et de leur plaidoyer en faveur d'une Palestine libre.

Une parole vraiment libre dans « la seule démocratie du Moyen-Orient » ?

Le métier de journaliste subit tout autant les retombées d'un tel engagement. En témoigne l'expérience d'Israël Frey. En novembre 2023, une vidéo de lui expliquant qu'il a dû fuir son domicile et se cacher est publiée sur Middle East Eye.

S'en prendre à des soldats ne constitue pas du terrorisme.

Le journaliste a dû fuir parce que des membres de l'extrême droite ont encerclé sa maison et voulaient en découdre avec ce « traitre » pour le simple fait qu'il avait récité des prières pour les enfants de Gaza. En 2022, il avait déjà été arrêté et licencié pour avoir affirmé que « s'en prendre à des soldats ne constitue pas du terrorisme ». Son expérience illustre le harcèlement que subissent ces dissidents d'Israël et les retombés professionnelles, institutionnelles et citoyennes qu'ils encourent.

D'autres journalistes israéliens plus célèbres comme  Gidéon Lévy, ont eu à risquer leur vie pour documenter les violences de l'armée et des colons dans les territoires occupés. À cet égard, Gidéon Levy souligne un dilemme crucial concernant la démocratie en Israël. « Israël veut être un État juif (...) mais il veut aussi avoir une démocratie, et cela ne fonctionne pas. Pour être un État juif, il faut une majorité juive claire (...) il y a actuellement environ 7,5 millions de juifs et 7,5 millions de Palestiniens entre le fleuve et la mer. On ne peut pas être un État juif lorsque deux peuples vivent sous votre gouvernement, sous votre occupation, sous votre régime. C'est pourquoi Israël a fait son choix et a préféré être un État juif plutôt qu'un état démocratique ».

Un conflit religieux ?

Cette question démographique soulève un aspect fondamental de la politique de « the ongoing Nakba », une Nakba qui a commencé en 1948 et qui n'a jamais cessé.

La priorité d'Israël de maintenir une démographie favorable à la population juive dans le cadre de sa politique d'État-nation10 souligne l'aspect central de la question démographique. Les musulmans palestiniens (d'Israël ou des territoires occupés) ayant en moyenne plus d'enfants que les juifs israéliens, cette politique d'un État juif nécessite un rééquilibrage démographique, par l'élimination ou l'expulsion par vagues régulières des Palestiniens - le génocide en cours dans la bande de Gaza n'a en cela rien d'incompréhensible pour les Palestiniens qui ont compris, depuis bien longtemps, le projet sioniste dans sa volonté d'expansion du Nil à l'Euphrate. D'ailleurs, Israël n'a jamais défini ses frontières dans sa déclaration d'« indépendance ».

En établissant un parallèle avec la colonisation chrétienne européenne en Amérique, on observe un schéma similaire à celui de la colonisation juive étrangère en Palestine.

Premièrement, tout comme les premiers colons sionistes en Palestine étaient juifs, les premiers colons d'Amérique du Nord étaient principalement des protestants. Dans les deux cas, ces minorités ont cherché à fuir les persécutions religieuses en Europe ; dans les deux cas, cela ne leur a pas empêché de commettre des atrocités sans nom envers la population indigène.

Puis, les colons britanniques ont justifié leur expansion et leur appropriation de terres en invoquant des arguments religieux, se percevant comme les « élus de Dieu » destinés à conquérir de nouveaux territoires. De même, les sionistes ont utilisé des notions religieuses se percevant comme « le peuple élu de Dieu » pour légitimer leur projet colonial en Palestine, affirmant un lien exclusif et divin avec cette terre.

Cependant, il est essentiel de souligner que la résistance des peuples autochtones en Amérique n'était pas motivée par des considérations religieuses, mais par la défense de leurs patrimoines et de leur dignité. De la même manière, la résistance et la cause palestinienne trouvent leurs racines dans la lutte contre l'expulsion, la colonisation et la désagrégation de tout un peuple, et non pas dans des motifs religieux.

Cette comparaison met en évidence un schéma récurrent de colonisation et d'oppression, où les colonisateurs utilisent souvent des justifications religieuses et l'argument d'autorité de Dieu, pour légitimer l'accaparement des terres des populations autochtones. Des autochtones qui résisteront, sous l'appellation de « sauvages » dans un cas, « terroristes » dans l'autre, « by any means necessary » à la colonisation sous toutes ces formes. Le fondement de la résistance et de la cause palestinienne n'est donc pas religieux.

C'est bien une colonisation de peuplement à laquelle nous sommes témoins en ce 21e siècle. Les années et les générations qui passent n'amenuisent en aucun cas la volonté et le droit au retour des Palestiniens. Et chaque génération connaitra ses résistants qu'ils soient Palestiniens ou dissidents.

Ainsi, qu'ils soient religieux ou non, apolitisés, messianiques ou de gauche, artistes, journalistes ou étudiants, les dissidents d'Israël - font face à la censure, l'emprisonnement, les raids, la violence, les menaces et l'opprobre de leur société. Ce qui les mène parfois jusqu'à l'exil . Leur tort ? Pointer du doigt les limites d'un État juif pour l'égalité, et appeler à sa fin pour laisser place à un État ou juifs, chrétiens, musulmans, bédouins, Druzes, Samaritains, Palestiniens et Israéliens sont égaux les uns aux autres, sur tout le territoire indivisible entre les deux rives.

Un jour ces dissidents d'Israël seront gravés comme les Justes de la lutte et de la grande Histoire de la Palestine. Un jour, ils recevront leur passeport palestinien.

Oui, la « seule démocratie du Moyen-Orient » qui, en 76 ans d'existence, n'a jamais réussi à proposer un plan pour le retour des réfugiés ET de la diaspora palestinienne, la « seule démocratie du Moyen-Orient » qui, en 76 ans d'existence, n'a jamais réussi à imposer la justice et l'équité de la mer au Jourdain, laissera un jour sa place pour que tous les citoyens, indépendamment de leur identité ethnico-religieuse, vivent égaux, libres et en paix dans un état palestinien, libre et souverain, de la mer au Jourdain.

Source :  Investig'Action

Notes :

1 Ceci inclut les réfugiés de 1948, les déplacés de 1967, les déportés tels Saleh Hammouri et leurs descendants et, en général, toute la diaspora palestinienne à travers le monde.

2 Le sionisme, dans sa vision la plus à gauche, consiste en la création/la préservation d'un état juif sur une partie de la terre historique de la Palestine. Cette vision nécessite la construction/la préservation d'une supériorité démographique juive et exclut donc totalement la possibilité du retour des millions de réfugiés dans leur village natal. Le sionisme dans sa forme la plus pacifique est donc incompatible avec le respect du droit international (notamment la résolution 194 de l'ONU), et encore moins avec la justice complète nécessaire à une paix durable.

3 « Ce n'était pas comme s'il y avait un peuple palestinien en Palestine (...) et nous serions venus, nous les aurions jetés dehors et nous leurs aurions pris leurs pays. Ils n'existaient pas » Golda Meir, ministre des Affaires étrangères (1956 - 1966) - Source : Jean-Pierre Bouché, Michel Collon,  Israël les 100 pires citations, Investig'Action, 2023

4 « La Terre promise s'étend du Nil à l'Euphrate. Elle comprend des parties de la Syrie et du Liban » Rabbin Yehuda Leib Maimon, 1947 - Source : Moshe Machover, Israelis and Palestinians : conflict and resolution, Haymarket Books, 2012

5 « Les Arabes sont tous les mêmes. Il faudrait tous les achever » Rafael Eitan, chef d'état-major de l'armée israélienne et ministre de l'Environnement et de l'Agriculture (1996 - 1999), Gaza, 1980 - Source : Jean-Pierre Bouché, Michel Collon,  Israël les 100 pires citations, Investig'Action, 2023

6 Shlomo Sand, «  Comment le peuple juif fut inventé » Fayard, 2008

7 La directive Hannibal veut que « mieux vaut un Israélien mort que captif » - ceci pour éviter de longues négociations ou de devoir se plier à des échanges de prisonniers. Selon cette directive, tout doit être fait pour empêcher la prise d'otage et la fuite des combattants, même si cela signifie une attaque de masse et la mort des otages ; en témoignent  les carnages du 7 octobre.

8 Termes largement utilisés par les Palestiniens « les territoires de 48 » correspondent à Israël (sans les territoires arabes occupés : TPO et Golan). Ce sont les territoires de la Palestine que se sont accaparés les colons lors de la fondation de l'État d'Israël et de la Nakba de 1948. Tandis que « les Palestiniens de 48 » désignent les Palestiniens citoyens d'Israël souvent appelé à tort les « Arabes israéliens ».

9 Le terme « Arabes israéliens » désigne tout « arabe » non juif bénéficiant de la nationalité israélienne. C'est une désignation profondément problématique, car elle tend à amalgamer deux réalités ethniques et politiques distinctes. D'une part, les Druzes - souvent originaires du Liban ou de la Syrie - constituent une communauté qui a noué des relations de coopération avec les politiques israéliennes en servant, notamment, dans l'armée israélienne. D'autre part, cette dénomination inclut les Palestiniens (chrétiens ou musulmans), qui ont une relation complexe avec l'État d'Israël et maintiennent de très forts liens avec le reste de leur peuple dans les TPO ou la diaspora. Dans une moindre mesure le terme « Arabes israéliens » désigne certains Bédouins originaires principalement des régions désertiques du sud de la Palestine historique. Beaucoup ont été déplacés de leurs terres ancestrales lors de la création de l'État d'Israël en 1948 et ont été regroupés dans des localités spécifiques, souvent appelées « villages non reconnus ». Cette désignation est doublement problématique puisqu'elle tend, en plus, souvent désigner uniquement les Palestiniens citoyens d'Israël sous une catégorie générique d'« Arabes », ce qui reflète une volonté de l'État israélien d'effacer dans le vocabulaire même les traces d'un peuple palestinien distinct. Ce terme occulte ainsi leur identité palestinienne et leur histoire spécifique en tant que peuple autochtone de la région.

10 La loi sur l'État-nation d'Israël, également connue sous le nom de « Loi fondamentale : Israël en tant qu'État-nation du peuple juif », est une loi adoptée par la Knesset le 19 juillet 2018. Cette loi constitutionnelle vise à définir le caractère national de l'État d'Israël en tant qu'État qu'exclusivement juif.

 investigaction.net

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