par Cassandre G
L'Europe s'abandonne à ses fléaux. Face au vertige qui nous saisit, j'interroge nos élites, leurs récits sournois et notre mémoire oubliée, pour retenir ce qui survit quand l'espoir n'est plus qu'un souffle fragile au fond du vase.
Aujourd'hui, comme tant d'autres jours, je traverse un état de mélancolie lucide. Beaucoup, je crois, s'y reconnaîtront. Voyez-vous ce vertige nauséeux qui enserre l'âme et fait vaciller l'esprit ? Qui frappe la conscience de sursauts, d'implosions, de tristesse ? Ces choses que l'on ne partage plus... Pourquoi encore lasser ses proches ? Pourquoi les user, les désespérer, s'ils ont la chance d'être encore heureux, de profiter d'instants préservés, de fragments de magie ? Ce n'est pas le destin de tous. Et je pense sans relâche aux âmes en souffrance. Aux cris et aux peurs de ceux du Donbass et de Gaza. Non, je le regrette : il m'est impossible d'y être indifférente.
Cette mélancolie, teintée d'une amère clairvoyance, revient sans cesse. Elle s'installe. Encombrante. Absorbante. Jusqu'à épuiser notre vitalité. Elle trouble notre conscience, s'infiltrant dans nos quotidiens : faits, déclarations, sensations nauséeuses, jugements sans fondement, mépris des causes et de la raison. Nous errons dans un labyrinthe où la morale s'efface. Où l'humanité se bafoue elle-même sans retenue. Comment des postures belliqueuses, si absurdes, peuvent-elles encore s'imposer ? Comment s'installent-elles si profondément dans le déni ? Y a-t-il un infime espoir, une issue pour échapper à ce tourment ?
Les fléaux de la boîte ouverte
Comme Pandore, nous sommes face à notre propre boîte. Ce vase antique où les dieux avaient scellé tous les maux de l'humanité : la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion, l'Orgueil... ainsi que l'Espérance. La curiosité et l'insatiable désir humain de savoir ont fait s'échapper les fléaux. Nous sommes désormais confrontés à la réalité des souffrances accumulées. L'indignation nous frappe : comment avons-nous laissé ces forces destructrices se répandre ? Comment avons-nous oublié de refermer ce vase avant que le chaos ne nous engloutisse ? L'espoir, retenu au fond, reste fragile. Silencieux. Mais il persiste, dernier fil pour ne pas sombrer dans l'abîme.
La rumeur du mensonge
En cet été clément, lumineux, j'avais décidé de me préserver des médias et des réseaux sociaux. Mais il m'a suffi d'allumer une simple radio - réputée pour sa programmation musicale, légère, diversifiée - pour être brutalement rappelée à la cruauté de ces jours. L'heure fracassante des flashs d'information. Ces bulletins, qui scandent le temps universel, accaparent et bouleversent. Saturés d'absurdité propagandiste. Jouant sur l'émotionnel. Le tragique. Le polarisant. Oubliant les faits, ignorant les origines, refusant de croiser les sources. Sont-ils tous possédés ? Ou subsiste-t-il un reste d'éthique dans la conscience de ces médias qui ânonnent les éléments de langage d'une forfaiture d'État ? La rage nous submerge. La stupéfaction nous glace. Chaque mensonge creuse le vertige. Chaque mot nourrit une haine sans repos. Sans clémence.
Dans les rues, les micro-trottoirs diffusés par quelques médias alternatifs révèlent une inquiétante inculture. Des citoyens, anesthésiés par la désinformation institutionnelle, ignorent tout du conflit ukraino-russe. Mais déversent une haine viscérale contre la Russie, mêlée à un soutien aveugle au narratif israélien, trafiquant la vérité et occultant les faits. Leurs paroles trahissent la passivité et la soumission aux illusions médiatiques. Pendant ce temps, l'Europe s'enlise dans un marécage d'ignorance historique, incapable de lire ou d'interpréter les leçons de son passé trop souvent tragique.
La chute des élites
Ouvrant toujours plus largement la boîte de Pandore, l'Europe s'abandonne à un chaos qui la dévore. La guerre en Ukraine, le désengagement social, la réhabilitation implicite de figures extrêmes et la compromission avec des idéologies violentes ne sont pas des accidents : ce sont les symptômes d'un effondrement orchestré par des élites qui ont renoncé à défendre leurs peuples, au nom de projets supranationaux soumis à des puissances extérieures ou, pire, à des relents révisionnistes et nauséabonds, portés par des héritiers décomplexés des abominations nazies, semeurs de haine.
Cette faillite est amplifiée par l'inculture profonde de nos élites, pédantes et aveuglées, guidées par la doxa néolibérale unipolaire. Les Young Leaders usent de sournoiserie et de spéculation perverse, imposant leurs volontés déconnectées de toute réalité historique et sociale. L'Occident, technocratique et enfermé dans sa vision unipolaire, libère des forces destructrices qu'il ne maîtrise plus. Comme Pandore ouvrant sa boîte, il nourrit inconsciemment une apocalypse qu'il attise avec avidité.
Le projet européen, tel qu'il existe, incarne une soumission volontaire et inédite. Entre deux parties de golf dans son domaine de Turnberry, Donald Trump a signé avec Ursula von der Leyen, le 27 juillet 2025, un accord douanier éclair, imposant ses exigences économiques avec une aisance que même les pires détracteurs de l'Union n'auraient pas imaginée. La sécurité, le bien-être social et la souveraineté économique des nations sont sacrifiés au nom d'intérêts géopolitiques étrangers. L'Europe s'est donc définitivement vassalisée et bien sûr les citoyens européens n'auront, encore une nouvelle fois, rien à y redire.
L'Allemagne et la France, symboles de la dérive
Friedrich Merz a reconnu que l'économie allemande ne peut plus financer son État-providence tout en soutenant l'Ukraine, tandis que Lars Klingbeil, ministre des Finances allemand, annonce des milliards supplémentaires pour Kiev. Le message est brutal : les citoyens paieront le prix des guerres, leurs écoles, leurs hôpitaux, leur avenir, pendant que les élites ravivent les flammes de la boîte ouverte.
En France, Emmanuel Macron amplifie cette logique belliciste, plaidant pour l'envoi de troupes en Ukraine malgré l'opposition farouche d'autres nations. Lors d'une interview à TF1-LCI le 19 août 2025, il dépeint Vladimir Poutine en «prédateur, ogre à nos portes», avide de «continuer de manger» pour survivre, exhortant les Européens à ne «pas être naïfs» face à une Russie qu'il qualifie de «puissance de déstabilisation durable». D'un ton infantilisant teinté de malice théâtrale, il brode un conte acadabrantesque, absurde et terrifiant, foulant aux pieds les règles diplomatiques les plus élémentaires. Cette démesure le plonge dans le ridicule, ses paroles s'égarant en un délire extravagant, face à une telle outrance, frôlant la dérive mentale.
Comment peut-il se bercer d'illusions sur sa dignité face à un tel débordement ? Loin d'éclaircir, ces cris alarmistes masquent ses échecs intérieurs - crise sociale, désindustrialisation, fractures béantes - en ravivant la peur d'un ennemi extérieur. Matteo Salvini a lancé : «Des soldats italiens en Ukraine ? Absolument pas. Si Macron le veut, qu'il y aille lui-même, casque et fusil à la main». La convocation de l'ambassadeur italien à Paris trahit moins un désir de dialogue qu'une obsession de contrôle.
Les masques de l'hypocrisie
L'Europe, non contente de contredire ses populations, se permet aussi de réécrire l'histoire. Quand Macron qualifie la Russie de «prédateur», des voix africaines répliquent aussitôt : «Qui est le vrai prédateur ?» Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine nigériane et voix féministe mondiale, dénonce la domination des récits occidentaux et rappelle que l'Afrique n'est pas un simple décor pour les ambitions européennes, mais un continent riche d'histoires et de luttes occultées par les narratifs unilatéraux. Achille Mbembe, historien et philosophe camerounais, penseur de la postcolonie, dans des œuvres comme Critique de la raison nègre, dénonce la servitude imposée par des systèmes comme le franc CFA, qui maintiennent l'Afrique dans une dépendance structurelle. Dénoncer l'ingérence tout en perpétuant la domination corrode l'âme de l'Europe et la réduit à un théâtre d'ombres, où la vérité s'englue pour mieux se dissoudre.
Cette duplicité se prolonge sur le terrain militaire. Les mercenaires étrangers envoyés en Ukraine découvrent que la guerre n'a rien de romantique ni de lucratif. Polonais, Géorgiens, Américains, Britanniques, Colombiens deviennent chair à canon, parfois éliminés par ceux qui les enrôlaient. Ils ne sont pas des héros, mais des pions criminels soumis par pauvreté, propagande et idéologie néo-nazie, imbéciles utiles des guerres hybrides de l'OTAN. Les promesses de contrats se muent en mort ou prison ; la réalité militaire efface toute illusion.
Pendant ce temps, les budgets sociaux se réduisent : en Allemagne, l'État-providence est déclaré insoutenable, tandis que des milliards s'évaporent vers Kiev. En France, les services publics se délabrent au profit des dépenses militaires. Les peuples sont sommés de se sacrifier, pendant que les élites, formées dans les cercles fermés de Davos, se détachent des cultures et des réalités de leurs pays.
Chaque décision militaire renforce la vulnérabilité économique. Chaque compromission idéologique légitime l'extrême. Chaque conflit prolongé alimente le chaos. Les élites entretiennent ce cycle, sabotant toute négociation de paix, prolongeant les hostilités et refusant le dialogue avec Moscou. Comme l'a noté Dmitri Novikov, vice-président de la commission des affaires internationales de la Douma d'État, le bavardage médiatique européen ne sert qu'à retarder la fin de la guerre, tout en offrant aux dirigeants la posture morale du donneur de leçons. Cette réhabilitation implicite des extrêmes et cette tolérance à l'égard d'idéologies destructrices révèlent une crise éthique profonde. L'Europe s'abandonne à un vortex qui engloutit ses valeurs, ses droits sociaux, sa souveraineté, et justifie des sacrifices absurdes au nom d'une confrontation géopolitique qu'elle ne maîtrise plus.
L'espoir au fond du vase
Et pourtant, comme le vase de Pandore, une lueur subsiste. L'espoir demeure au fond, fragile et silencieux. Il ne dépend pas d'un cri, mais de notre aptitude à penser par nous-mêmes, à discerner l'illusion de la vérité, à cultiver souplesse et divergence constructive. Cet espoir, loin des idéologies fallacieuses et de la haine, est la respiration humaine qui éclaire nos chemins même au cœur du chaos. Tant que cette lumière tremble, elle nous ordonne de résister et de hurler contre la folie des pyromanes qui embrasent notre monde.
Peuples d'Europe, peuples des sans-voix : saisissons cet espoir. Non pour brandir une quelconque idéologie de plus, mais pour insuffler ensemble une humanité moins soumise, plus consciente, plus digne et sensible. Hâtons-nous de résister, tels les veilleurs de nos destins. Cherchons, créons, et que nos audaces préservent cet essentiel qui fait l'humanité. Faisons-le d'urgence, avant que la boîte ouverte ne déverse un chaos totalement irréversible.